Pèlerins d’Emmaüs — Diocèse de Belley-Ars

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Pèlerins d’Emmaüs

Les Pèlerins d'Emmaüs, Rembrandt, Musée du Louvre

Homélie du troisième Dimanche de Pâques de l'année A, le 26 avril 2020, en confinement.

 

En ce temps de confinement, où nous sommes tous douloureusement privés de la célébration commune de l’Eucharistie dominicale, il est providentiel d’entendre le récit des Pèlerins d’Emmaüs. Parce que celui-ci nous conduit à approfondir le sens de l’Eucharistie et il nous prépare à participer à la messe d’une manière renouvelée.

 

A la messe, comme sur le chemin d’Emmaüs, la rencontre avec le Christ s'articule autour de 2 éléments essentiels : la Parole partagée et le Pain rompu. On parle habituellement des 2 tables : la table de la Parole et la table de l’Eucharistie.

 

Si vous avez bien écouté le verset introductif à la proclamation de l’Evangile, celui qui est encadré par le chant de l’Alléluia, (au passage je vous invite à toujours bien prêter attention à ce petit verset, car c’est lui qui, à chaque fois, met en relief l’aspect particulier de l’Evangile sur lequel l’Eglise nous demande de concentrer notre attention). Si vous avez bien écouté, donc, il ne vous aura pas échappé qu’aujourd’hui celui-ci centre notre attention sur la table de la Parole. Tout simplement parce que c’est la première. C’est elle qui conduit logiquement à la table de l’Eucharistie. Nous écoutons le Verbe. Et ensuite le Verbe se fait chair.

 

Je vous répète ce verset, qui se présente sous forme d’une prière : " Seigneur Jésus, ouvre-nous les Ecritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles "

 

C’est providentiel que notre attention soit ainsi attirée sur la table de la Parole, puisqu’en ce temps de confinement, provisoirement, c’est l’unique table à laquelle absolument tout le monde peut avoir part. Cette coïncidence est à discerner comme un appel de Dieu à mieux nous nourrir à la table de la Parole  et à nous préparer à participer d’une manière renouvelée à la table eucharistique.

 

Alors, considérons comment cette histoire d'Emmaüs nous rejoint et révèle ce qui est en jeu dans la célébration de l'Eucharistie dominicale.

 

Que voyons-nous ? Deux disciples, Cléophas et son compagnon, Remarquez bien que saint Luc ne donne pas le nom du 2° disciple… C’est comme dimanche dernier pour le frère jumeau de saint Thomas ! Cet anonymat n’est certainement pas un hasard. Ne serait-ce pas plutôt fait à dessein, pour que chacun d’entre nous puisse se reconnaître dans ce 2° disciple ?

 

Ces deux disciples quittent donc Jérusalem… Ils sont en train de décrocher de la foi. Ce sont en quelque sorte des fuyards.
D’une part, ils tournent le dos au lieu capital de la mort de Jésus. D’autre part, ils abandonnent les autres disciples, ceux avec lesquels des liens fraternels ont été patiemment tissés par Jésus durant 3 ans. " Ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé " Pas difficile d'imaginer leur conversation ! Une conversation négative qui génère la désespérance.

 

Cela peut nous faire penser à certaines de nos fréquentations et de nos conversations qui nous enferment dans une vision pessimiste de l'existence humaine.

 

Nous le constatons souvent en ce temps d’épreuve, où certains échanges, sur les réseaux sociaux notamment, nous font percevoir la réalité uniquement de manière négative. Certains développent des théories du complot. Tandis que d’autres imaginent une punition divine et évoquent la fin du monde.

 

" Or tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha et il marchait avec eux. " Remarquez bien : Jésus ne nous lâche jamais. Il nous rejoint toujours, où que nous allions, quoi que nous fassions. Bref, il ne nous abandonne jamais à notre misère.

 

Jésus est donc là, bien présent aux côtés des disciples, sur la route d’Emmaüs. " Mais leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas. " constate l’évangéliste. Parce qu’ils sont tournés exclusivement sur eux-mêmes, enfermés dans leurs tristes pensées, ils sont incapables de percevoir la présence de Jésus Vivant et incapables de goûter la joie de cette présence consolante.

 

Parfois, lorsque nous nous rendons à la messe, nous sommes aussi centrés sur nous-mêmes et nous ne percevons pas suffisamment la présence de Jésus qui nous rejoint !

 

C'est pourquoi à l'ouverture de la célébration eucharistique le prêtre commence par dire à l’assemblée : "Le Seigneur soit avec vous !" Par cette adresse, il nous invite à nous réveiller et à nous rendre disponibles à la présence du Seigneur qui nous précède. 

 

Les 2 compagnons de Jésus lui racontent ce qu'ils ont vécu Ils rapportent avec chaleur leur expérience de la rencontre du Seigneur : " Cet homme était un prophète puissant par ses paroles et ses actes devant Dieu et devant tout le peuple." " Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! " 

 

Remarquez : d’une part, ils parlent de tout au passé : " Nous espérions " D’autre part, leur vision des choses est exclusivement terrestre : ils espéraient un messie de nature politique !

 

Que de fois, j'entends, moi aussi, des chrétiens qui parlent au passé ! Et de manière affective et sentimentale, sans beaucoup d’intériorité ! Ils évoquent la joie du Dieu de leur jeunesse : " Quand j'étais enfant de chœur " " Quand j'étais scout " " Quand je fréquentais le patronage avec l’abbé untel… " etc. Ils parlent avec émotion d'une époque de joie, de lumière, du dynamisme d'une vie nourrie de la foi, de la prière, des sacrements, de la fréquentation assidue d'autres chrétiens. Mais c'est avec tristesse, avec nostalgie. Il n’y a pas eu de maturation…

 

Aujourd’hui comme hier, les disciples de Jésus butent lorsque survient la croix. " Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. " Lorsque survient l’épreuve et que l’on expérimente l’échec à vues humaines, on a vite fait de baisser les bras et de manquer de foi.

 

Comme les disciples d’Emmaüs, on a bien sûr entendu parler de la Résurrection de Jésus, mais cela est demeuré une réalité abstraite… " A vrai dire nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques uns de nos compagnons sont allés au tombeau et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui ils ne l’ont pas vu. "  

 

C’est pourquoi Jésus nous invite à relire l'Ecriture avec Lui. " Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? Et, en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Ecriture, ce qui le concernait. "

 

Remarquez que c’est exactement ce que fait également l’apôtre Pierre dans son discours du jour de la Pentecôte (entendu dans la 1° lecture). Il relit les événements passés : l’action de Jésus, sa condamnation et sa crucifixion, puis  sa résurrection d’entre les morts. Et il en donne toute la signification à la lumière du psaume 109, qui, par le fait même, acquiert lui-même une plénitude de sens.

 

Jésus, comme Pierre nous conduisent au centre : le mystère pascal. Nous rêvons fréquemment d'une religion facile et dominatrice. C’est-à-dire que nous sommes tentés d'évacuer le mystère de la croix.

 

Nous butons devant la souffrance et la mort. Mais si nous acceptons de l'écouter, de nous laisser guider, Jésus nous ouvre à l'intelligence des Ecritures. 

 

Certes, comme les disciples d'Emmaüs, nous avons entendu les Ecritures. Mais sans véritablement comprendre. Le déclic s’opère lorsque nous découvrons que le sommet de la Parole de Dieu, le sommet de la Révélation divine, c'est la Croix et la Résurrection. 

 

La démarche prioritaire que Dieu nous demande d’effectuer en ce temps de confinement, c’est de commencer par nous laisser enseigner, d’accueillir Jésus montrant comment toutes les Ecritures parlent de lui et manifestant comment elles trouvent leur accomplissement en sa personne.

 

Il nous apprendra à entrer avec lui toujours davantage dans le mystère pascal, le mystère de sa mort, de sa résurrection et du don de l’Esprit Saint. C’est-à-dire le mystère de l’amour trinitaire. Il nous apprendra à comprendre et accueillir le merveilleux dessein de Dieu, d’en saisir la continuité et la cohérence profonde. 

 

Alors seulement, comme les disciples d'Emmaüs, nous pourrons exprimer cette humble demande à Jésus : " Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse "

 

Demandons à Dieu de ne pas rater la rencontre avec lui dans la Parole qu’il nous adresse et implorons-le : " Seigneur Jésus, ouvre-nous les Ecritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles "    

 

+ Pascal ROLAND