« SOYEZ SAINTS, COMME MOI, LE SEIGNEUR, JE SUIS SAINT »

 

Après l’exorde du Sermon sur la montagne, Matthieu a regroupé un certain nombre d’enseignements de Jésus qui montrent comment les disciples doivent entendre et pratiquer la loi. Pas de théorie, ni, à proprement parler, de prescriptions vraiment nouvelles, mais quelques exemples aux traits parfois grossis à dessein, pour orienter dans le bon sens la conduite concrète et quotidienne des disciples, face à toutes les situations, même inédites que, par définition, un code législatif ne saurait prévoir.

 

« Oeil pour oeil, dent pour dent ». C’est la loi, dite « du talion » (Exode 21, 24). Il s’agit, en effet, d’un principe qui mettait fin aux surenchères de la vengeance privée et aux cruelles représailles exercées sans fin entre les groupes ou les clans. A la violence aveugle et sans frein, la loi substituait une juste proportion entre, d’une part la gravité du crime commis et du tort causé, d’autre part le châtiment et la réparation.

 

 

Jésus se place sur un tout autre terrain que celui des codes de justice sans lesquels il n’y a pas de société de droit. Il ne demande pas de se conduire en naïfs, et encore moins de démissionner devant l’injustice et la violence. Mais il dit fermement: En toute circonstance, soyez artisans efficaces de paix, d’amour et de réconciliation, prêts à aller éventuellement jusqu’à des « excès »: tendre l’autre joue, abandonner son manteau et tunique, donner à qui demande même abusivement. En cela aussi Jésus accomplit la loi. En effet, le livre des lévites, qui a fait sien le principe « Oeil pour oeil, dent pour dent », interdit la haine même en pensée, la vengeance et la rancune. Cette interdiction est faite en raison du commandement de l’amour du prochain : « Soyez saints, comme moi, le Seigneur, je suis saint ». De cette sainteté et de cet amour infini de Dieu, Jésus est personnellement la révélation suprême.

 

 

Deux nouveaux exemples de la manière dont les disciples doivent accomplir la loi et les prophètes: opposer le bien au mal; aller au-devant des besoins de tous, quelle que soit la manière dont ils s’expriment; aimer jusqu’à ses ennemis et demander à Dieu de leur pardonner. Le mal n’est pas surmonté quand nous y répondons par une dureté équivalent. Quand on rend le mal pour le mal, on rentre dans le circuit infernal. En effet, le mal qu’on a subi, au fond, reste extérieur à nous; mais quand on  le rend, ce mal remporte une victoire supplémentaire, car il rentre en nous. Jésus veut ouvrir une autre route à l’humanité: vaincre le mal par le bien, répondre à la haine par l’amour. Que l’Esprit de Dieu nous aide à vivre cette parole dans notre quotidien. « Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein. Et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude. » ( Prière d’ouverture du 7ème dimanche ordinaire.)

 

Père Aimé  OWAH, Curé