Lettre pastorale pour l’année de la miséricorde

 

29 novembre 2015
1er dimanche de l’Avent

Chers amis,

 

Comme vous le savez, le 13 mars dernier, le pape François a annoncé la célébration d’une année sainte de la miséricorde. Ce jubilé extraordinaire débutera par l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Pierre de Rome le 8 décembre 2015 en la solennité de l’Immaculée Conception et se terminera le 20 novembre 2016 en la solennité du Christ Roi de l’Univers.

 

 

Mgr Roland Ars

 

« Une année de grâce »
 

Une année sainte ou jubilé est une « année de grâce » (voir Luc 4, 18) qui célèbre les bienfaits de Dieu pour son peuple. C’est un temps privilégié destiné à mettre en valeur l’indulgence de Dieu et son amour viscéral pour chacune de ses créatures humaines.

 

A la racine de cette pratique, on trouve le jubilé juif, prescrit tous les 50 ans par les commandements du Lévitique (Lev 25, 8–55). Cette année-là les juifs célébraient leur libération de l’exil de Babylone par la remise des dettes et l’affranchissement des esclaves.

 

Pour les chrétiens, l’année sainte ou jubilé revient tous les 25 ou 50 ans, pour célébrer d’une manière spéciale la victoire du Christ sur le mal et la mort.

 

Il peut aussi y avoir des jubilés extraordinaires. C’est le cas de celui-ci. Il s’agit d’un jubilé thématique. Il appuie sa force sur le contenu central de la foi, en se proposant d’appeler de nouveau l’Eglise à sa mission prioritaire, celle d’être le signe et le témoin de la miséricorde divine en tous les aspects de sa vie et de son apostolat.

 

Pour comprendre tout le sens de ce jubilé, je vous invite à vous reporter au texte préparatoire de l’année de la miséricorde, la bulle d’indiction Misericordiae Vultus. Le pape François y explique notamment : « Il y a des moments où nous sommes appelés de façon plus pressante à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu ce jubilé extraordinaire de la miséricorde, comme un temps favorable pour l’Eglise, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace » (n° 3).
Vous avez certainement repéré que le thème de la miséricorde constitue comme le fil rouge de l’enseignement du pape François. Dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, qui nous expose comme le programme de son action, il écrit en effet : « l’Eglise vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde, fruit de l’expérimentation de l’infinie miséricorde du Père et de sa force de diffusion » (n° 24).

 

Pour ce qui est de notre diocèse, le jubilé débutera dimanche 13 décembre, par l’ouverture solennelle de la porte sainte de la basilique d’Ars. La porte est un symbole fort de la démarche jubilaire, en écho à la parole de Jésus qui affirme : « Je suis la porte » (Jean 10, 9).

 

Franchir la porte sainte, c’est comme prendre un nouveau départ, pour entrer dans une étape nouvelle de sa vie de foi. C’est opérer une démarche de conversion et répondre à l’appel du Seigneur Jésus, qui nous invite à accueillir la miséricorde du Père ; à nous réjouir d’être ainsi aimés de Dieu ; et à vivre davantage de la miséricorde, sous la conduite de l’Esprit Saint, notamment par l’exercice des œuvres de miséricorde.

 

Cette porte de la miséricorde introduira à un itinéraire de pèlerinage proposé à l’intérieur du sanctuaire d’Ars. La démarche possible tout le long de l’année pourra se faire au choix, individuellement, en famille, et de préférence en groupe paroissial, avec tout un parcours de préparation, à l’aide du livret jubilaire « Heureux les Miséricordieux ».

 

J’ai retenu aussi la suggestion faite lors de la dernière session du conseil presbytéral, celle de portes ponctuelles en divers lieux du diocèse, pour une journée de la miséricorde (par exemple en archidiaconé ou en doyenné). Je souhaite que ce soit non seulement l’occasion de valoriser le sacrement du pardon, mais également d’approfondir l’écoute de la parole de Dieu sur la miséricorde et de déployer de nouvelles œuvres de miséricorde pour répondre aux besoins de notre temps.

 

Jubilé ArsMgr Roland Porte Sainte

 

Trois orientations pour ce jubilé

 

Lors de cette année jubilaire, il ne s’agit pas de surajouter des choses, mais de faire en sorte que toute l’action pastorale ordinaire se développe autour de l’axe central de la miséricorde divine, qui nous conduit au cœur de la foi. La miséricorde doit s’exprimer au milieu des trois orientations prioritaires que j’ai données aux prêtres.

 

La première consiste à développer la communion fraternelle. Saint Jean-Paul II avait écrit « Faire de l’Eglise la maison et l’école de la communion : tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes profondes du monde » (Jean-Paul II, Novo millennio ineunte, n° 43).

 

Il précisait ainsi les quatre éléments d’une spiritualité de la communion : elle consiste avant tout en un regard porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Cela veut dire la capacité d’être attentif, dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme « l’un des nôtres »… La capacité de voir surtout ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu : un « don pour moi ». Enfin : savoir « donner une place à son frère », en portant les fardeaux les uns des autres et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies…

 

La deuxième orientation est la sortie aux périphéries existentielles. Comme nous le recommande sans cesse le pape François, nous ne devons pas craindre de sortir hors de nos espaces habituels. Il nous faut oser abandonner nos cercles connus et rassurants, pour témoigner à tous de ce qui nous anime en profondeur et proposer la foi largement. Nous nous sentons certes faibles et fragiles, fort démunis face à l’immensité de la tâche. Mais cette pauvreté constitue une véritable chance, car elle nous configure davantage au Christ pauvre et crucifié !

 

Bon nombre de nos contemporains s’affolent, nourrissent de la crainte devant les incertitudes économiques et sociales, face aux menaces terroristes, aux risques écologiques, et aux déséquilibres mondiaux. D’autres s’angoissent dans une société décadente qui se sécularise et qui est, au moins en apparence, indifférente à la foi chrétienne ; en raison aussi de la présence de plus en plus importante de personnes de culture musulmane ; et en raison également de manifestations d’hostilité à la foi chrétienne de la part de certaines autorités politiques.

 

C’est dans ce contexte social que nous avons à proposer la foi de façon nouvelle et audacieuse. Aidons les gens à lire les signes des temps et à se rendre accueillants au Seigneur qui ne nous abandonnera jamais ! Et puis il ne nous faut jamais oublier que c’est le propre de la foi chrétienne que d’être en dialogue : osez donc le dialogue avec les incroyants et avec les musulmans de votre entourage immédiat ! Annoncez-leur la miséricorde divine !

 

Comme vous le savez, le pape François vient de lancer un appel pour l’accueil des réfugiés, relayé par les évêques de France. Il faut certes se préoccuper d’éradiquer les situations politiques et économiques qui provoquent les hémorragies de populations, ainsi que les filières de passeurs qui exploitent la misère des gens. Il faut également être conscients que l’accueil est un engagement lourd et durable qui exige des compétences spécifiques, des moyens humains, immobiliers et financiers, donc un investissement de beaucoup de monde en partenariat. Mais n’est-ce pas une occasion de développer la dimension diaconale de nos communautés paroissiales et d’annoncer la Bonne Nouvelle ?

 

La troisième orientation, dans la dynamique du récent synode, est la pastorale de la famille. Je demande qu’une attention particulière soit portée à la préparation au sacrement de mariage, lointaine, proche et immédiate. Notre diocèse n’est pas en retard pour ce qui est de la formation affective, relationnelle et sexuelle des jeunes, mais il conviendrait de développer encore les initiatives afin d’en faire profiter un maximum de jeunes. Il s’agit aussi d’améliorer et d’enrichir les parcours de préparation au sacrement de mariage, de vivre cette préparation dans une dynamique catéchuménale et d’y associer l’ensemble de la communauté paroissiale, notamment pour assurer un accompagnement des jeunes couples.

 

Miséricorde Jubilé

 

L’année 2016 sera celle de plusieurs grands rendez-vous à ne pas manquer. D’abord le 175e anniversaire du martyre de saint Pierre Chanel, avec des pèlerinages au sanctuaire de Cuet, mais également à Wallis et Futuna. C’est aussi l’année des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cracovie. Merci de stimuler et soutenir les jeunes susceptibles de prendre part à ces JMJ ! Et puis notez bien le rendez-vous diocésain du 26 juin 2016 pour une grande journée de la famille à l’abbaye Notre-Dame des Dombes !

 

Comme nous le recommande le pape François : « Au cours de ce Jubilé, laissons-nous surprendre par Dieu. Il ne se lasse jamais d’ouvrir la porte de son cœur pour répéter qu’il nous aime et qu’il veut partager sa vie avec nous ».

 

Ma prière vous accompagne. Je compte aussi sur la vôtre ! Bien fraternellement.

 

+ Pascal ROLAND

Jesus Miséricordieux

Aide-moi, Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide.

 

Aide-moi, Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférente à ses douleurs ni à ses plaintes.
Aide-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun un mot de consolation et de pardon.

Sainte Faustine KOVALSKA

 
2015-11-29 - Lettre pastorale
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pour l’année de la Miséricorde