Qu’est ce que l’évangélisation ?

L’année de la foi s’est ouverte le 11 octobre, pour le cinquantième anniversaire du début du Concile Vatican II. Dès le 12 octobre, une conférence sur la nouvelle évangélisation se tenait à Bourg-en-Bresse, avec le P. Paul Destable.

L’année de la foi s’est ouverte le 11 octobre, pour le cinquantième anniversaire du début du Concile Vatican II. Dès le 12 octobre, une conférence sur la nouvelle évangélisation se tenait à Bourg-en-Bresse, avec le P. Paul Destable.

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A ? Retrouver toute la richesse, toute l’ampleur des mots lorsque nous parlons d’Évangile, d’Évangélisation, de Nouvelle Évangélisation.

1 – Évangile

L’Évangile, parlons-en d’abord au singulier ! St Marc, lorsqu’il commence par ces mots : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ fils de Dieu » veut dire : commencement de l’Acte sauveur de Jésus Christ pour tous les hommes.

De même, saint Paul, qui emploie souvent le mot évangile, ne désigne pas un livre (pas encore écrit à ce moment-là !) mais fait référence à l’évènement de salut en Jésus Christ. Un tel évènement appelle d’abord des témoins, et dans un second temps seulement, des enseignants, des experts.

Le coeur de l’Évangile, dans saint Paul, c’est « l’hymne aux Philippiens », qui rappelle l’abaissement de Jésus, venu parmi nous, mort sur la croix, pour être ressuscité puis élevé à la droite du Père. La nouveauté est ici du côté de Dieu ! C’est Lui qui a l’initiative. Nous, croyants, nous avons à nous « couler » dans ce double mouvement, afin que le Christ nous entraîne jusqu’à partager sa vie de Fils de Dieu.

2 ? Attention à ne pas réduire le sens des mots que nous employons

Ne ramenons pas les mots à la vision bien trop limitée que nous avons des réalités immenses, inimaginables que ces mots désignent. « Dieu » (cf. le commandement d’Ex. 20,7 : « Tu ne prononceras pas à tord le nom du Seigneur ton Dieu ») ; le salut ; la vie éternelle, etc. Nos contemporains nous en voudraient d’affaiblir le sens de ces mots !

3 – Évangélisation

Relisons la finale de l’évangile selon St Matthieu : « De toutes les nations faites des disciples, et baptisez-les… ». Il y a rupture avec la logique habituelle maître-disciple. Dans la tradition juive, un maître forme des disciples, qui deviennent maîtres à leur tour. Mais ici, tous sont appelés à être et rester disciples d’un seul : Jésus. Et si nous-mêmes, nous sommes envoyés, c’est pour que ceux qui nous écoutent deviennent disciples de Jésus. Si nous les baptisons, c’est pour qu’ils soient plongés dans la vie même de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit.

Dans l’exhortation apostolique du pape Paul VI, « Evangelii Nuntiandi » (1975), un texte qui reste d’une grande actualité, la question suivante est posée, dès le début (n°4) : « L’Église aujourd’hui se trouve-t-elle, oui ou non, plus apte à annoncer l’Évangile ? » 50 ans après le Concile Vatican II, nous pouvons encore nous poser cette question !

Et encore, au n°18 : « Le but de l’évangélisation est donc bien ce changement intérieur et, s’il fallait le traduire d’un mot, le plus juste serait de dire que l’Église évangélise lorsque, par la seule puissance divine du Message qu’elle proclame, elle cherche à convertir en même temps la conscience personnelle et collective des hommes, l’activité dans laquelle ils s’engagent, la vie et le milieu concrets qui sont les leurs. »

L’évangélisation concerne donc tout homme et tout l’homme, pas seulement en lui le sentiment religieux.

Finalement, évangélisation rime avec conversion. Autrement dit, l’évangélisation, comme la conversion, est un processus qui n’est jamais complètement terminé.

4 ? Nouvelle Évangélisation

C’est le pape Jean-Paul II qui le premier emploie le terme en 1979. Il s’agit de susciter un nouvel élan, de prendre conscience de l’urgence d’annoncer l’Évangile. « Toute génération nouvelle est un nouveau continent à évangéliser » dit-il.

Le défi se présente encore, face à l’évolution de la société dans nos pays occidentaux : notre culture a été profondément marquée par le christianisme ; mais alors, comment en faire sentir la nouveauté ? Quelles seront les communautés qui aideront à donner une nouvelle saveur à l’Évangile ? Nous sommes hélas des « demi-savants », ceux qui croient savoir, mais ignorent qu’ils ignorent ! Comment être à nouveau « étonnés » ?

Alors, dépassons quelques simplismes :
-* La nouvelle évangélisation n’est pas la seule affaire des communautés nouvelles (bien que celles-ci soient évidemment les bienvenues sur ce terrain !) Tous sont appelés à y contribuer.
-* Le concept « ancien » de l’évangélisation n’est pas caduc. Ce n’est pas un « produit démodé » qu’il faudrait reconcevoir. A toutes époques, il y a eu des saints qui ont ?uvré pour l’évangélisation et qui, bien que marqués par le contexte de leur temps, nous éclairent encore aujourd’hui sur ce qu’est la mission. Comme dit le proverbe : « Un vieux pommier ne donne pas de vieilles pommes ! »

Il y a cependant des défis nouveaux à relever : il faut donc un sursaut dans la foi et dans la proposition de la foi. La nouvelle évangélisation ne sera pas une « technique » nouvelle mais un élan nouveau.

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B ? Du Christ évangélisateur à une Église évangélisatrice

1 ? Le Christ, premier évangélisateur

Ne parlons pas du Christ au passé, en disant qu’il « a été » le premier évangélisateur. Il est, aujourd’hui, le premier évangélisateur. Nous participons à l’évangélisation actuelle que réalise le Christ.

Mais penchons-nous sur sa manière d’évangéliser, selon les évangiles : est-ce qu’il évangélise seulement quand il fait des enseignements ? St Marc, dans les chapitres 4 et 5, place dans une même journée de Jésus 4 paraboles et 4 récits de miracles. C’est dire que les actions de Jésus et son enseignement forment un tout. Et sa présence même au milieu de nous participe à son acte d’évangélisation.

2 ? Le Christ nous évangélise par ses questions

Notamment, attardons-nous sur un aspect marquant de cette présence du Christ : les questions qu’il pose. Elles sont nombreuses. Parmi les plus connues : « Que cherchez-vous ? » ; « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » ; « Pour vous, qui suis-je ? » ; « Pierre, m’aimes-tu ? » La Parole de Dieu n’est pas seulement enseignement, elle est dialogue d’Alliance de Dieu avec l’homme.

Le Christ attend de nous des réponses libres. Il suscite notre créativité, il balise notre chemin, car on n’a jamais fini de répondre à ses questions !

De ce fait, le chrétien n’est pas celui qui a réponse à tout, qui est blindé dans ses certitudes. Mais il est capable de se tenir debout et confiant devant les grandes interrogations de l’existence. Peut-être le contraire de la foi est-il d’être bardé de réponses toutes faites, d’être enfermé dans le matérialisme ambiant ou dans le rêve de la toute puissance…

Ceci nous dispose à aborder la nouvelle évangélisation dans notre monde occidental, où se développe la sécularisation des esprits, faisant suite à la sécularisation déjà ancienne des structures de la société. Aujourd’hui, la non croyance fait partie de la normalité ; la vérité est d’ordre pragmatique ; les décisions se prennent en regardant les sondages d’opinion, et non plus en se référant à des convictions profondes… Cette sécularisation n’est pas en soi antireligieuse, mais la foi est une option possible, sans plus. On se situe en-deçà des réflexions de type spirituel.

Dans ce monde, les chrétiens ont à poser les questions, là où il y a trop souvent des réponses courtes et superficielles !

3 ? Le Christ nous évangélise par ses paraboles

Avec les paraboles du Christ, nous sommes spontanément à l’aise : voilà au moins un langage clair, imagé, facilement compréhensible… Donc, pensons-nous, il suffit de redire ces paraboles, et d’en inventer d’autres qui vont faire mouche pour de nos contemporains.

Pourtant dans l’Évangile, il n’en va pas ainsi : les disciples eux-mêmes ne comprennent pas, il faut que Jésus leur explique longuement la parabole du semeur. En fait, les paraboles sont reçues comme des énigmes, parce qu’au plus profond, elles sont référées au mystère du Christ jusque dans sa mort et sa résurrection. Dans la parabole du semeur, la semence, c’est le Christ lui-même ! Comme l’écrit saint Jean, « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jn 12, 24).

Donc notre langage ne sera audible et crédible que si nous passons nous-mêmes au creuset du mystère pascal. Si nous témoignons de « l’expérience vécue par un amour qui se met en peine. » C’est ainsi qu’ont évangélisé des témoins comme l’Abbé Pierre, Mère Térésa… Les plans de communication peuvent être utiles, mais dans un second temps seulement !

« Comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? » demande Jésus (Marc 4, 13) Et nous, comment reconnaîtrons-nous et comprendrons-nous les paraboles d’aujourd’hui, les « signes des temps » ? Éprouvons la dynamique qui unit témoignage de vie et annonce explicite. Il n’y a pas de parole crédible sans conversion de celui qui annonce.

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C ? Une Église évangélisée pour être une Église évangélisatrice

1 ? Ne pas nous situer dans un rapport marchand

Ce serait une première tentation : faire jouer la loi de l’offre et de la demande. L’offre du côté de l’Église, et la demande du côté de la personne en recherche. Mais cette personne n’est pas un client potentiel ! Dans toute personne accueillie, c’est le Christ lui-même qui nous dit : « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7). Et le succès mesurable (une communauté dont l’effectif s’accroît, par exemple), bien qu’il nous réjouisse, n’est pas un critère de vérité évangélique.

2 ? Sommes-nous la première génération à rencontrer des difficultés ?

Autre tentation : considérer que dans le passé, c’était beaucoup plus simple. Mais y a-t-il une période de l’histoire où l’on pouvait devenir chrétien sans se convertir ? Jésus lui-même a été rejeté par son peuple, saint Paul a fait d’impeccables discours à Antioche et à Athènes, sans connaître le succès. Et s’il a écrit aux communautés qu’il avait fondées, c’était avant tout pour les inviter à régler leurs problèmes internes !

3 ? Relever les défis d’aujourd’hui ? Opérer un discernement

Les défis d’aujourd’hui, le pape Benoît XVI les relève dans sa lettre Porta Fidei.

Il y a en a au moins quatre, qui sont des provocations à manifester ce qu’il y a de meilleur en nous, grâce à Dieu !

-* Le pluralisme religieux et celui des repères éthiques, désormais bien implanté dans notre société. Le défi est d’affirmer notre foi sans tomber dans un repli identitaire, sans devenir une « contre-culture ». Contribuer ainsi au service du bien commun, en révélant à tous le mystère de Dieu et aussi celui de l’homme. Veiller à ce que l’humanité ne se déshumanise pas.
-* L’indécision ou l’indifférence (cette dernière étant plus apparente que réelle), qu’on peut combattre en vivant fraternellement, de manière joyeuse : donner envie de se décider, de s’engager pour le Christ.
-* La montée des sagesses païennes, qui affirme par exemple : « le bonheur, c’est maintenant, et maintenant seulement ». Pourquoi annoncer l’Évangile à cette société qui élimine toute espérance, qui rabaisse ses prétentions à donner de sens à la vie ? Tout simplement par charité ! Offrir à l’autre, par amour, ce qui nous donne le bonheur de croire et de se savoir aimé de Dieu, promis à une vie qui ne finira pas !
-* Autre défi : aller à la rencontre de tous ceux qui cherchent la vérité avec droiture : « Devenir plus humain, qu’est-ce que ça veut dire ? » Cela nous pousse à participer aux grands débats qui agitent actuellement la société française : mariage, fin de vie…

« Que personne ne devienne paresseux dans la foi » (Porta Fidei, n°15). N’en restons pas à des slogans, des idées reçues, des bilans comptables… C’est du coeur de notre expérience spirituelle que nous avons à parler. Rien à voir avec de la propagande ! La puissance du Christ s’exerce à partir de notre faiblesse. Nous sommes les disciples du Christ mort et ressuscité. Il s’agit d’assumer, nous aussi, tout ce qui fait notre humanité.

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D ? Quelques repères

1 ? La première annonce

Elle n’est pas le tout de l’évangélisation, mais il faut bien commencer par là ! Comment prendre des initiatives et créer des occasions pour cette première annonce ? Rappelons d’abord que la « voie royale », c’est le rayonnement des chrétiens, en famille (prier avec ses enfants…) entre amis, au travail !

Citons Dominique Wolton : « Informer n’est pas communiquer ». Nous sommes saturés d’informations, mais communiquer suppose une relation et même une négociation entre deux personnes : l’autre est un partenaire. La première annonce va se situer du côté de la communication et non de l’information.

Par ailleurs, la première annonce porte sur le Christ, et non pas sur les agissements de tel ou tel groupe chrétien. Elle est ce qui invite à une première rencontre avec le Christ. A nous de repérer les moments où nous pouvons la vivre.

D’une manière générale, l’évangélisation est un acte du Christ. Nous n’en avons pas la maîtrise ! Mais c’est à nous de créer les conditions favorables pour qu’elle ait lieu ; voilà notre responsabilité. Une personne qui rencontre le Christ sera toujours pour nous une surprise, et non le produit de nos efforts. Et s’il n’y en a qu’une seule, ce sera déjà formidable !

2 ? La paroisse comme acteur d’évangélisation

Quelle est la qualité de notre accueil, de notre dialogue pastoral en paroisse ? Comment formons-nous les personnes chargées de l’accueil ? En étant au service des questions, même maladroites, qui sont portées par les gens qui viennent demander un service à l’Église, la paroisse leur permet de prendre conscience qu’ils sont fils et filles de Dieu.

La paroisse a un rôle important à jouer dans l’évangélisation en étant signe au coeur d’une population, habitant sur un territoire. Elle seule peut rejoindre des personnes isolées, qui ne seraient membres d’aucun réseau. Elle témoigne notamment en étant le lieu d’une fraternité pour la mission, par la qualité de la collaboration entre prêtres, diacres, laïcs.

Conclusion

Pour se préparer à la nouvelle évangélisation, tenons ensemble trois approches inséparables :
-* Approche théologique : faire exister la question de Dieu et témoigner du bonheur de croire dans une société sécularisée ;
-* Approche pastorale : susciter des communautés revivifiées par la foi ;
-* Approche spirituelle : le sommet de la vie spirituelle est la charité. Trouver par exemple des convergences entre Diaconia 2013 et la nouvelle évangélisation.

Nous ne sommes pas des « queues de comète ». Et si, à l’image du premier verset de saint Marc, nous nous pensions comme… un commencement ?

Résumé rédigé par Daniel REVAUD