Le Père Pierre Curnillon

Il était né à Mont­luel le 26 mars 1924 et fut or­don­né prê­tre le 29 juin 1951 – le même jour que le pape Be­noît XVI. Il fut suc­ces­si­ve­ment curé de Pas­sin-en-Val­ro­mey (1952 – 1964), de Mont­réal-la-Cluse (1964-1985) et de Di­vonne-les-Bains (1985-1995). En 1995, il se re­tire à Hau­te­ville où il est nom­mé ani­ma­teur spi­ri­tuel de la Pas­to­rale de la san­té sur le Pla­teau et au­mô­nier de plu­sieurs mai­sons de soins : Bel­le­com­be, Man­gi­ni et l’Es­pé­rance. En 2005, il prend sa re­traite et con­ti­nue de ren­dre des ser­vi­ces. Après une hos­pi­ta­li­sa­tion dé­but 2011, il est ac­cueilli, le 26 avril, à la Mai­son de Seillon-Re­pos où il est dé­cé­dé le 20 juillet 2011. Ses fu­né­railles ont été pré­si­dées par le Père Évêque, au Foyer pa­rois­sial de Mont­réal-la-Cluse, le sa­me­di 23 juillet. Il a été in­hu­mé dans le ci­me­tière de Pas­sin, sa pre­mière pa­roisse.

Homélie des funérailles

Il y a quelques mois, le 6 janvier, une religieuse de Marie-Auxiliatrice que je connaissais bien, Sr Christiane-Marie, est décédée rapidement après 36 années de dialyse. La S?ur qui l’a présentée à ses obsèques a dit cette phrase : « Nous sommes encore sous le choc, tout en étant si heureuses pour toi ! »

Cette phrase m’a surpris parce qu’elle est inhabituelle, mais elle peut être utilisée pour Pierre. Nous sommes tous tristes de son départ, nous sommes « encore sous le choc », mais nous pouvons être heureux pour lui. Il est enfin entré dans la paix. Le voir souffrir depuis plusieurs mois devenait très douloureux pour ceux qui l’entouraient et il aspirait à ce que le Seigneur vienne vite le chercher. Il est désormais heureux. Il aurait aimé que ce départ se fasse le 29 juin, jour de ses 60 ans d’ordination sacerdotale : il n’en est pas très loin !

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur lui, tellement sa forte personnalité a marqué ceux qui l’ont côtoyé. Il ne laissait personne indifférent. Il n’avait pas une personnalité banale. Je me souviens de quelqu’un qui disait : il a de la classe ! Il était d’une grande exigence avec lui-même… et avec les autres ! Il avait le don d’entraîner chacun à donner le meilleur de lui-même. Et comme il allait au bout de ce qu’il entreprenait et qu’il était perfectionniste, il fallait forcément faire de même ! Il n’aimait pas les choses faites à moitié !

Il a été marqué par le Concile de Vatican II et a tout fait pour le faire vivre et découvrir à ceux qui lui ont été confiés. Le chant d’entrée exprime ce désir, cette passion qu’il a eue de construire l’Église Corps du Christ. L’introduction qu’il a faite au chant explique cela : « Un corps qui grandit dans la diversité et la complémentarité de ses membres… Telle est l’EGLISE née de l’ESPRIT. Telle est l’Eglise que nous avons essayé de bâtir, ensemble, dans chacune de nos paroisses, au long de ces années, avec foi, ferveur et joie… Que ce rassemblement pour le dernier « Adieu » à votre ancien curé vous invite à rendre grâce pour tout le passé… et vous incite à poursuivre votre tâche. » Oui, que la cérémonie de ses funérailles invite chacun de nous à rendre grâce pour ce que nous avons reçu de lui et nous encourage à prendre notre part à l’Évangile, comme le dit si bien le début de l’épitre aux Philippiens, qu’il a choisie pour première lecture. Comme Paul, il portait dans son soeur tous ceux qui lui avaient été confiés durant ses différents ministères. Il priait pour eux chaque jour. Il a fait sienne la phrase de cette lecture : « Oui, Dieu m’est témoin que je vous aime tous tendrement dans le soeur du Christ Jésus. »

Quand on sait les problèmes de santé qu’il a eus durant tout son ministère, on se demande où il a trouvé la force de tant de choses !

Certainement tout d’abord dans une grande volonté et un grand courage. Il avait du tempérament ! Jusqu’à ce dernier cancer, la maladie ne lui a pas résisté !

Certainement ensuite dans une foi profonde. Une foi enracinée dans le Seigneur. Il n’a pas choisi l’évangile de Jean 21 ? « Pierre, m’aimes-tu ? » ? par hasard. Une foi active, qui s’est déployée dans de nombreux camps et pèlerinages, des kermesses, une vie liturgique forte, la construction du Foyer, etc. Il parle à la fin de cette cérémonie de la « joie » qu’il a eue à évangéliser avec toute sa foi, avec un souci tout particulier pour les jeunes. Les derniers jours, il a dit au Père Georges Guiffray qu’il partait « dans une confiance totale ». Il m’a dit aussi, alors qu’il souffrait beaucoup :  « Heureusement que j’ai la foi ! »

Une grande grâce de sa vie de prêtre a été aussi d’avoir à ses côtés Simone Charvet. C’était une femme cultivée, pleine de finesse, artiste. Il n’aurait pas fait tout ce qu’il a fait sans elle. Après son décès en 2004, il n’était plus tout à fait le même.

Beaucoup d’entre nous auraient sans doute encore des choses à dire..! Il était aussi un grand lecteur, un chercheur de vérité. Il citait souvent le verset de saint Jean : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière. »

Pierre m’a encore dit de remercier le Père Roger Hébert, vicaire général, et Madame Colette Rigollet, de l’évêché, pour leur aide de ces derniers mois.

Au revoir, Pierre. Je sais que tu vas continuer à prier pour tous ceux que tu as connus. Comme chacun de nous, tu avais aussi tes limites et tes faiblesses, mais elles ne m’intéressent pas aujourd’hui. Elles sont peu de choses devant l’infini de la miséricorde de Dieu. Au revoir ! Nous te disons tous merci pour ce que tu as été.
Amen.

Pierre Darmedru

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