Le Père Paul Sauchay

Le père Paul Sauchay est dé­cé­dé à Seillon-Re­pos (Pé­ron­nas) le 28 août 2011, à l’âge de 89 ans. Ses fu­né­railles ont été présidées par le Père Évêque, entouré d’une vingtaine de prêtres, en l’église de Fois­siat, mer­cre­di 31 août. L’in­hu­ma­tion a eu lieu au ci­me­tière de Fois­siat.

Le Père Paul Sauchay était né le 20 août 1922 à Foissiat. Ordonné prêtre le 29 juin 1954, il fut d’abord vicaire à Notre-Dame de Bourg, de 1954 à 1962. Il fut ensuite successivement curé de Saint-Jean-sur-Veyle, St-Laurent-sur-Saône (1966-76) et Beaupont (1976-83). Il fut aussi aumônier de zone du MRJC (1967). En 1983, il devient aumônier du Monastère de la Visitation de Montluel (1983-985) et membre du Conseil presbytéral (1984). En 1985, il reçoit la charge pastorale de Loyettes, Blyes, Proulieu et Saint-Vulbas. Après une année à Cuet (1991-92), il est nommé auxiliaire dans le secteur de Châtillon-sur-Chalaronne, en résidence à Sulignat. En 1998, il devient chapelain au Sanctuaire d’Ars jusqu’à son entrée, en 2003, à la Maison de retraite de Seillon-Repos, à Péronnas, où il est décédé au matin du dimanche 28 août.

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Homélie du P. Philippe Perdrix – Foissiat – 31 août 2011

« Heureux les pauvres… » En déclamant cette charte du bonheur, Jésus a dessiné son propre visage. Et le prêtre qu’était Paul Sauchay, dès sa préparation au sacerdoce à Montréal-la-Cluse avec le Père Babolat, n’avait qu’un désir : celui d’imiter Jésus-Christ et, pour reprendre la belle expression du Saint Curé d’Ars, de « continuer l’oeuvre de Rédemption sur la terre ».

Jésus est « le pauvre » par excellence

Les contemporains de Jésus, comme beaucoup d’entre nous aujourd’hui, auraient souhaité un Messie « riche », puissant, barrant la route à toutes sortes de mal. Certes, il est bien le « tout-puissant », mais le « tout-puissant en Amour » au point, comme dit l’Apôtre Paul, de renoncer à son titre et à ses privilèges pour se faire serviteur, mendiant de notre amour jusqu’à nous laver les pieds. « De riche qu’il était, il s’est fait pauvre, devenant obéissant jusqu’à mourir sur une croix »‘. C’est de son Père qu’il avait tout à recevoir.

Paul Sauchay percevait ses pauvretés, ses limites, les heures sombres que connaît le prêtre quand il se prend à désespérer face à un monde qui semble oublier Dieu ou résolument s’en passer. Paul a fait l’expérience de ses pauvretés, n’ayant pas de peine à croire à l’existence du Diable, celui qui, par tous les moyens, cherche à tenter l’homme de s’approprier toutes choses au lieu de tout recevoir. L’homme de la terre de Bresse qu’il était savait le prix à payer pour semer et récolter, mais il savait aussi qu’un paysan ne peut qu’attendre le miracle de la vie, de la floraison. N’avait-il pas à recevoir, de même dans la prière, le salut de ceux qui lui étaient confiés ? Sa très grande famille, qu’il chérissait par-dessus tout, ses amis proches et la seule évocation de sa terre de Foissiat lui ont été une aide précieuse dans les périodes difficiles à traverser.

Jésus est l’artisan de la justice et de la paix

La paix dont vit Jésus vient de cet ajustement à la volonté de son Père. Il ne dit rien, il ne fait rien qui ne lui soit dicté par l’Esprit d’amour qui l’unit à son Père. Bien des auditeurs auraient souhaité entendre Jésus se mettre en valeur. Or, ce qu’il dit, ce qu’il fait se rapporte toujours à Dieu. La source de la justice, la source de la paix se trouve dans ce résumé de tout l’Evangile : « Aimez Dieu. Restez unis à Lui et partagez le regard d’Amour qu’il pose sur chacun de ceux qui vous entourent ».

Paul Sauchay évoquait souvent les images rurales qui avaient marqué son enfance et sa jeunesse, et probablement fait germer sa vocation, reçue derrière les boeufs, comme le prophète Amos. Dans ses homélies, il évoquait ces boeufs massifs qui traînaient le soc de la charrue, permettant ainsi à la terre labourée d’accueillir une semence prometteuse de fruit. C’était sa façon de nous inviter à nous « retourner », à nous convertir pour écouter et appliquer la Parole de Dieu. Il accordait une place essentielle à l’enseignement de la Parole qu’il avait méditée pour lui-même, elle était son bonheur et sa paix.

Jésus pleure et fait miséricorde

« Que de fois j’ai voulu te rassembler, Jérusalem, comme une poule rassemble ses poussins et tu n’as pas voulu ». Dieu est toujours prêt à pardonner, mais l’homme refuse de se mettre à genoux. Jésus n’a donc que ses larmes à opposer aux refus d’amour qu’il rencontre. Ces mêmes larmes que l’on retrouve sur le visage de Marie à La Salette.

J’ai entendu, de la bouche de Paul, que les temps les plus heureux pour lui avaient été sa vie rurale à Foissiat et les 5 années passées au service du Sanctuaire d’Ars, à l’ombre du bon et saint curé Jean-Marie Vianney, dont il partageait le goût pour la vie rurale et pour cette préférence pastorale accordée à la confession : « On ne peut pas comprendre la bonté que Dieu a eue pour nous d’instituer ce grand sacrement de Pénitence ». Un prêtre qui confesse mesure cette bonté, cet amour infini. Il communie aux sentiments de ce Père qui court au-devant de son fils prodigue pour lui remettre son habit neuf et son alliance. J’ai parfois vu pleurer le confesseur d’Ars et j’ai pensé que c’étaient des larmes causées par ceux qui ne mesuraient pas l’offense faite à Dieu : « Oh, mon ami, je pleure de ce que vous ne pleurez pas ! » Mais je crois aussi que c’étaient des larmes de bonheur, car « toutes les fautes sont comme des grains de sable face à la grande montagne des miséricordes de Dieu ».

Jésus est insulté, persécuté

Jésus n’a pas opposé de résistance face à ses persécuteurs. Et son amour et sa ferveur devenaient plus intenses, au fil des heures où il n’avait plus que la ressource de s’abandonner entre les mains du Père.

Paul Sauchay aimait la vie, les rencontres vraies, les dialogues concernant les enfants, les jeunes, la famille, la vie professionnelle, la foi et ses engagements… Il aimait retrouver ses confrères autour de la table conviviale de la cure. Mais, par dessus tout, il redoutait la maladie, les défaillances du corps susceptibles de paralyser son ministère. Comme Jean-Marie Vianney, il aurait aimé « rester jusqu’à la fin du monde ». Pourtant, bien entouré, mais totalement dépendant durant ces huit dernières années, il a compris comme tant d’autres à la suite du Christ que la pastorale, ce n’est pas qu’une activité au service de l’Eglise. La pastorale, c’est aussi la communion à la Passion et à la Croix par lesquelles Jésus sauve le monde. Paul n’a jamais quitté la présence du Seigneur, soutenu par la Vierge Marie, la Mère de tendresse qu’il affectionnait particulièrement, Celle qui prie avec nous chaque jour et qu’il a priée jusqu’à l’heure de sa mort.

Jésus déclare « heureux » les coeurs purs : ils voient Dieu.

Jésus ne cessait de VOIR Dieu son Père à l’oeuvre dans tous les actes d’amour qu’il posait ou dont il était le témoin.

Merci, Paul, de nous avoir aidé et de nous aider encore à « VOIR » Dieu. Et à faire un pas de plus vers la Béatitude.

Simple témoignage ou l’histoire d’une vocation

par Paul Sauchay, écrit à Ars en 1997

Je suis né à Foissiat le 20 août 1922 dans le canton de Montrevel-en-Bresse. Mes parents étaient cultivateurs, pauvres matériellement, qui ont élevé dix enfants dont je suis l’aîné. C’est grâce à leur foi et à l’éducation qu’ils nous ont donnée, tant par leur exemple que par leurs enseignements, que je suis devenu prêtre, tardivement, il est vrai, mes parents sont sûrement, après Dieu, à l’origine de ma vocation. Je suis ce qu’on appelait à l’époque une vocation tardive. Dès que j’ai pu, j’ai travaillé à la ferme avec mes parents. Ensuite, j’ai été domestique de ferme depuis l’âge de 16 ans jusqu’à mon départ aux chantiers de jeunesse, en Chartreuse, l’hiver 1942-1943. En juillet 1943, j’ai dû partir en Allemagne, pour le S.T.O.. Jusqu’en mai 1945 à la Libération, aux chantiers et en Allemagne, j’ai connu la faim. Et selon une parole du Père Carré, dominicain, célèbre prédicateur de Carême à Notre-Dame de Paris : avoir faim, ce n’est pas seulement avoir envie de manger, mais c’est avoir envie et besoin de manger et n’avoir rien à manger. Mais ce dont j’ai eu le plus faim, ce n’était pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu et des sacrements. Dès que j’ai eu trouvé une église catholique en Allemagne, je suis allé à la messe le dimanche, mais sans rien comprendre de ce qui était dit car je ne comprenais ni le latin ni l’allemand. Heureusement, des jocistes de Paris m’ont envoyé un petit colis dans lequel il y avait un petit missel avec les lectures des messes dominicales, des prières, un chemin de croix et quelques cantiques. Ensuite, j’ai rencontré un dimanche à la sortie de l’église un Français à qui j’ai dit ma souffrance de ne pas pouvoir me confesser et communier. Et j’ai eu la joie d’apprendre que dans cette église il y avait 3 prêtres qui parlaient le Français. Dès lors, j’ai pu recevoir le sacrement de pénitence et d’Eucharistie. Evidemment, je n’étais pas prêtres et j’ignorais que je le serai un jour. Voici un peu comment les choses se sont passées. Lorsque j’étais enfant de choeur, il y avait eu une fête de tous les enfants de choeur du canton, à Cuet, le Pays de Saint Pierre Chanel, premier martyr d’Océanie. Après la messe de ce pèlerinage, mon curé m’a appelé et m’a demandé : « Paul, est-ce que tu n’as jamais songé à être Prêtre ? » Et j’ai dit non. Il n’a pas insisté. Je devais avoir 11 ou 12 ans. Mon curé est mort, j’avais 14 ans. Les jours ont passé, les années aussi. La guerre est venue, et j’ai continué à travailler comme ouvrier agricole. Mais le Bon Dieu est comme le Petit Prince de Saint Exupéry : quand il a posé une question, il attend et veut une réponse. Si bien qu’un soir d’hiver 1940 après une réunion à la paroisse, le vicaire me retient et me dit : « Paul, n’as-tu jamais pensé à être prêtre ? » J’ai réponde ce que je viens de dire et j’ai ajouté : « J’ai 18 ans. Je ne suis pas retourné à l’école après mon Certificat d’études. Je suis domestique de ferme, non, je ne peux pas, c’est trop tard maintenant, ce n’est pas possible ». Il m’a répondu : « Il n’est jamais trop tard pour devenir prêtre, mais on en reparlera ». Ensuite l’abbé est retourné à Gex, où il était vicaire avant la guerre. Et le temps a continué de s’écouler. Je suis donc allé aux chantiers de jeunesse et en Allemagne. Après la libération, je suis retourné chez mon patron. C’est un soir du mois d’août 1946 que tout a changé. Après une journée de battages, j’étais allé à une réunion à la paroisse, sans même me changer. Lorsque je suis arrivé, le prêtre : « Après la réunion, tu m’attendras, j’ai à te parler ». J’ai donc attendu. Et il m’a dit : « Paul, n’as tu jamais songé à être prêtre ? » Et je me suis presque mis en colère : « Mais qu’est-ce que vous avez donc tous ? Vous êtes le troisième à me poser la même question. Et j’ai déjà dit non deux fois, lorsque j’avais 11 ou 12 ans, parce que mes parents avaient besoin de mon pour les aider. La 2ème, parce que je voulais continuer à aider mes parents avec le petit salaire que je gagnais, et puis j’avais 18 ans et je n’étais pas retourné à l’école depuis l’âge de 12 ans. Maintenant, j’en ai 24, ce n’est pas possible. Et puis j’aime travailler la terre. Je pense aussi à une jeune fille en vue du mariage, non ce n’est pas possible. » Le prêtre m’a bien écouté, puis il m’a dit : « Oui, je te comprends. Tu aimes ton métier, tu penses au mariage, à ton âge, c’est normal. Tu n’a pas étudié depuis 12 ans. Tu as donc bien des raisons de vouloir continuer à la culture et de vouloir fonder un foyer. Mais, si le Seigneur a besoin de toi ? » Nous avons discuté longtemps. Puis, je suis rentré chez mon patron. Mais je n’avais pas sommeil. Au lieu de me coucher, j’ai pris mon chapelet et j’ai prié, et j’ai pleuré, comme jamais de ma vie je n’avais pleuré. Je me rendais compte que j’étais en train de lutter contre Dieu et que le vainqueur, ce serait lui. Cela m’a travaillé plusieurs jours. Finalement, un soir, je suis allé voir l’Abbé. Et je lui ai dit : « Dites, Père, ce que vous m’avez dit l’autre soir, c’était sérieux ? » « Comment, c’était sérieux, bien sûr que c’était sérieux ». « Alors, j’ai pensé : 3 fois la même question, par 3 prêtres différents, à 6 ans d’intervalle chaque fois, c’est peut-être bien que le Bon Dieu veut que je devienne prêtre ». Et au mois de janvier 1947, je suis parti au séminaire de vocations tardives à Montréal-la-Cluse. Ca été très dur. Surtout la 1ère année. En octobre 1949, je suis entré au Grand Séminaire de Belley. L’année de philosophie n’a pas été facile, mais ensuite, en théologie, je suivais sans peine. J’ai été ordonné prêtre en 1954, il y aura 43 ans le 29 juin prochain. Après mon ordination, j’ai été nommé vicaire à Notre-Dame de Bourg où je suis resté 8 ans et où j’ai été très heureux. Lorsque je suis allé au séminaire, je ne peux pas dire que j’aimais l’Eglise, je la connaissais mal. Mais j’aimais le Christ et je n’ai qu’un désir, c’est d’être comme lui, fidèle à la mission qui m’est confiée. Fidèle à l’Evangile, au Pape, à mon Evêque. Et je voudrais surtout pouvoir révéler à tout le monde l’immense tendresse de Dieu.

C’est merveilleux d’être prêtre, d’annoncer la Parole de Dieu, d’être ministre des sacrements de l’Eucharistie, de la Réconciliation, du pardon et de la miséricorde de Dieu. Le ministère du Prêtre est d’une beauté extra-ordinaire, une Grâce et une très grande joie. Jamais je n’ai regretté d’être prêtre, bien au contraire. Jamais je ne saurais assez remercier le Seigneur de m’avoir appelé à la vocation sacerdotale. Pour tant de grâces et de joies je peux dire « Misericordias Domini, in aeternum cantabo ». Oui, les miséricordes du Seigneur, je les chanterai éternellement.

En terminant, je ne veux surtout pas oublier la Sainte Vierge Marie. J’ai eu la joie et la grâce d’être ordonné prêtre en 1954, qui était une année Mariale pour le centenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, par le Pape Pie IX en 1854. Ensuite, j’ai été nommé vicaire à Notre-Dame de Bourg. C’était comme si Marie me conduisait. Mais je l’avais tant aimée et priée depuis mon enfance. En labourant avec des boeufs, j’ai dit tant de chapelets. Et cette fameuse nuit du mois d’août 1946 tout proche de la Fête de l’Assomption, j’ai dit avec tant d’ardeur mon chapelet et c’est là que j’ai compris que je devais me soumettre à la volonté de Dieu. Aussi, je dois dire un très grand merci à Notre Dame. Qu’elle me garde fidèle comme elle l’a été.

Si des jeunes lisent ce récit de ma vocation et si le Seigneur les appelle, alors qu’ils disent « OUI ». Ils ne le regretteront pas. Je leur souhaite d’être aussi heureux que je le suis d’être prêtre.