Le Père Jean Verdet

Pré­sen­ta­tion du dé­funt par le Père Jac­ques Cail

Cher Amis,
L’af­fec­tion, l’es­time ou l’ami­tié nous re­groupent ce matin dans la même peine part­agée et, plus en­core, au fond, dans le mystère du départ d’un pro­che qui nous était cher, pour l’in­connu d’une vie toute autre en Dieu. No­tre réflex­ion, dans son im­puis­sance, et avant de se tourner en prière, es­saye de re­con­stituer l’iti­né­raire que no­tre ami a eu à suivre pour répon­dre à la mis­sion que le Seig­neur lui avait con­fiée.
Pere_Verdet
Né le 6 mai 1922 à Belley, de Jo­seph Verdet, phar­ma­cien, et de Jeanne Gardaz, Jean Verdet ai­mait à dire avec mal­ice qu’il était venu au monde dans le bu­reau de M. le Maire de Belley. Ef­fec­tive­ment, à cette époque, M. et Mme Verdet vi­vaient dans l’im­meuble qui est ac­tu­el­le­ment l’Hô­tel de Ville et leur of­ficine de phar­ma­cie en oc­cu­pait le rez?de?chaussée. Cinq ans au­para­vant était né son frère Fran­cisque, qui al­lait mal­heure­use­ment mourir à l’âge de 16 ans, en 1933. Déjà, l’an­née pré­cédente, En 1932, la vie fa­mil­i­ale fut pro­fondément bouleversée par le dé­cès du Papa puis par celle de son frère Francisque, âgé de 16 ans. Jean se ret­rouva seul avec sa Ma­man, une ma­man ex­trême­ment at­ten­tive à son édu­ca­tion et qui oc­cupa, as­su­rément, une très grande place pen­dant toute sa vie.
Il fit toutes ses études au Collège La­mar­tine, de Belley, dont il garda un ex­cel­lent sou­ve­nir et dont il était fier. (L’As­so­cia­tion des An­ci­ens Elèves a de­mandé à M. l’Abbé L. Brun de la re­pré­senter ici ce matin). Nous ne sa­vons pour­tant pas grand?chose sur cette pé­ri­ode, car Jean, par ail­leurs si ex­pan­sif, n’a ja­mais aimé, semble?t?il, se rac­on­ter lui?même, si bien que nous ig­no­rons, en­tre autres, quelles in­flu­ences ont pu faire naître en lui le désir du sac­er­doce.
En oc­to­bre 1940, il en­tre au Grand Sémi­naire, avec deux autres la­mar­ti­ni­ens qui, eux, se re­tir­eront au bout d’un an. Pour ces je­unes collé­gi­ens, qui se trou­vaient tout à coup plon­gés dans une nom­bre­use com­munauté de sémi­naristes en­soutanés, la plupart mar­qués par la for­ma­tion du Petit Sémi­naire, l’adap­ta­tion ne de­vait pas être très fac­ile. De son côté, Jean lui?même leur parais­sait aux séminaristes comme hors du com­mun, avec sa vi­tal­ité bouil­lon­nante, son style pas tou­jours très ec­clési­as­tique et ses énor­mes bouta­des ; mais il avait très bon coeur et il fut vite adopté. Il ap­pré­cia beau­coup lui?même les ami­tiés qui l’en­tou­raient. Il s’at­tacha par­ticu­lière­ment aux réunions de no­tre cours, dont il était se­cré­taire, tou­jours mé­ti­cu­leu­se­ment at­ten­tif au suivi de nos ren­con­tres se­mes­triel­les.
Au cours de l’an­née 1942, ses études furent coupées par les Chantiers de Je­un­esse, qui rem­pla­çaient le ré­gi­ment du­rant l’oc­cu­pa­tion al­le­mande. Quelques mois après son re­tour à Belley, il ne put échap­per à l’em­bri­gade­ment pour le S.T.O., le serv­ice de tra­vail ob­li­ga­toire en Al­le­magne, et il fut déporté du côté de Berlin. Nous n’en sa­vons pas da­van­tage, car Jean n’en par­lait ja­mais.
De re­tour à Belley en 1944, il ter­mina ses études au Sémi­naire, for­te­ment aidé, il faut le sou­ligner, par l’ami­tié de l’abbé Mi­chel Mondesert, fu­tur évêque aux­ili­aire de Grenoble, qui ve­nait d’être nommé pro­fesseur de dogme en oc­to­bre 1944, et qui re­sta, même évêque, son con­seil­ler spiri­tuel. Fi­na­le­ment, Jean put être or­donné prêtre par Mgr Amédée Maisonobe, en la Cathédrale de Belley, le 29 février 1948.
De mars à juin 1948, dans l’at­tente d’une nomi­na­tion, il prêta main?forte à la pa­roisse du Sacré?Coeur de Bourg. La nomi­na­tion ar­riva le 27 juin : En juin 1948, il re­ce­vait comme pre­mier poste, ce qui était tout à fait ex­cep­tion­nel à l’époque pour un nou­veau prêtre, la charge de curé de Druillat et Varambon, en même temps que celle de vi­caire aux­ili­aire de Pont-d’Ain. Il n’y re­sta que 4 ans et demi, mais son dy­na­misme et sa jo­vi­al­ité laissèrent un sou­ve­nir du­ra­ble chez les je­unes de ces pa­rois­ses.
En­suite, ce fut son re­tour en Bugey : le 11 dé­cem­bre 1952, il était nommé curé de Sault-Brenaz, où il al­lait rester 12 ans. Curé de Sault-Brenaz, Il des­ser­vait aussi, avec une sym­pa­thie toute par­ticu­lière, la pa­roisse de Souclin. En 1954, à la mort de l’abbé Jusseau qu’il vé­né­rait, il hé­rita, en plus, de la charge de Villebois.
Le 10 sep­tem­bre 1964, il s’en­fonçait da­van­tage en Bugey en de­ve­nant curé de Tenay, avec Chaley comme an­nexe. Il s’y ajouta Argis à par­tir de 1976 et Hostiaz en 1979. Il eut même à des­ser­vir Torcieu, Arandas et Conand pen­dant six mois en 1979. Vrai­ment, son séjour à Tenay sem­ble avoir été comme le som­met de sa vie sac­er­do­tale. Il en éprouva, dès son ar­rivée, une joie mani­feste et s’at­tacha avec ar­deur à lancer ses pa­rois­si­ens dans les re­nou­vel­le­ments de­mandés par le Con­cile. Il était épaulé en cela par son doyen, l’abbé Jo­seph Delorme, curé de Saint-Rambert. Le 22 no­vem­bre 1979, il reçoit lui?même, en plus, pour trois ans, la re­spon­sa­bil­ité à la fois des doy­en­nés de Saint-Rambert et d’Ambérieu en Bugey « en vue, dit le texte, de fa­vo­riser le tra­vail en com­mun des deux équi­pes sa­cer­do­ta­les ».
Mais, déjà sans doute, le mal ter­ri­ble qui al­lait ronger sa vi­tal­ité jusqu’à la fin de sa vie, le di­abète, com­mençait-il à miner sa santé. A sa de­mande, prob­able­ment, il dut pren­dre, le 17 juil­let 1980, un poste moins lourd, qui, du moins, le ra­me­nait plus près de ses origi­nes : ce­lui des pa­rois­ses de Bregnier-Cordon et de Saint-Benoit. Celle de Bregnier com­prenait depuis 1972, les com­munes et an­ci­ennes pa­rois­ses d’Izieu et de Murs.
Mal­gré des dif­fi­cultés et des fa­tigues de plus en plus sen­si­bles, il se dévoua dans ces pa­rois­ses pen­dant 11 ans en­core, por­tant même son aide oc­ca­sion­nelle aux prêtres voisins de l’Isère, jusqu’au jour où, le 28 juin 1991, il fut com­plète­ment dé­chargé de tout min­istère pa­rois­sial et auto­risé à pren­dre sa re­traite à Izieu. Il con­ser­vait ce­pend­ant la re­spon­sa­bil­ité, qu’il avait depuis un cer­tain nom­bre d’années, d’au­mô­nier du Mou­ve­ment Chré­tien des Re­trai­tés pour les deux zones pas­torales du Bugey?Sud et de Ain?Rhône, re­spon­sa­bil­ité qu’il al­lait gar­der jusqu’en 2001.
Il était tel­le­ment éprouvé qu’on avait peine à re­con­naître l’homme fou­gueux, à la vi­tal­ité presque pro­vo­cante, qui dé­bor­dait du be­soin de se dépenser. On pou­vait se rap­pe­ler no­tam­ment le temps (peut?être était?ce déjà à Sault-Brenaz) où il es­tima que sa charité sac­er­do­tale pou­vait se por­ter sur un ter­rain in­ex­ploré, le se­cours aux malades et aux bles­sés. Il passa un bre­vet de se­cour­iste, puis devint lui?même for­ma­teur de se­cour­istes à trav­ers le dépar­te­ment, et même ex­ami­nateur. Dans le même temps, il par­ticipa ac­tive­ment à l’or­gan­i­sa­tion du don du sang.
A noter aussi qu’il avait depuis longtemps pris con­science de l’inté­rêt que pou­vait pré­senter sa mai­son d’Izieu, mai­son fa­mil­i­ale de sa mère. Il imag­ina d’en faire un havre de paix, qu’il ap­pela « Béthanie », ou­vert à toute per­sonne ou fa­mille désire­use de pas­ser quelques jours dans le calme, mais, bien mieux, d’y créer comme un foyer de res­sour­ce­ment spiri­tuel. Dans ce but, il pensa d’abord lé­guer sa pro­priété au diocèse, mais, comme l’Evêché ne sem­blait pas dis­posé à suivre cette ori­en­ta­tion, il re­tira sa propo­si­tion et Il fonda, le 1er sep­tem­bre 1980, l’As­so­cia­tion « Vivre en Béthanie », chargée de tout faire pour la réal­i­sa­tion de son in­tui­tion.
Il se­rait in­juste de ne pas sou­ligner que, s’il a pu se dépenser et dis­per­ser sa gé­né­ro­sité de tous cô­tés, il y fut très ef­fi­cace­ment aidé, d’abord par sa Ma­man, qui, après l’avoir soutenu tout au long de ses études, l’ac­com­pagna en­suite dans chacune de ses pa­rois­ses, depuis Druillat jusqu’à Tenay, où elle de­vait mourir en avril 1977. En­suite, il eut la chance de bé­néficier des serv­ices de Mlle Mar­celle Paccard, an­ci­enne in­sti­tu­trice de Morestel (un de ses neveux, dia­cre du diocèse de Grenoble, cé­lèbre en ce mo­ment avec nous). Elle vint en ren­fort déjà au pres­bytère de Sault-Brenaz, puis re­sta l’aide?au?prêtre de no­tre Ami jusqu’à Izieu. Elle?même, très han­di­capée par les misères de l’âge, dut le quit­ter, après quelques 40 ans de dévoue­ment, en l’an 2000, pour en­trer dans une mai­son de re­traite où elle al­lait mourir cinq ans après, à l’âge de 85 ans. Le re­lais fut heure­use­ment as­suré par Mme Hé­lène Lievraz, qui déjà lui avait été d’un pré­cieux se­cours à Tenay et qui passa en­suite la plus grande par­tie de son temps à Izieu, avec un dévoue­ment in­lass­able et très dé­li­cat. En­fin, l’aide d’un homme se fai­sant de plus en plus né­ces­saire, à me­sure que Jean de­ve­nait im­po­tent, il eut la chance de bé­néficier de la pré­sence con­stante et du savoir?faire de M. Maurice Billard, qui fut vrai­ment son bâton de vieil­lesse.
C’est ainsi que, pre­nant peut?être en compte tout le souci qu’il avait eu lui?même pour les autres sous les for­mes les plus di­verses, le Seig­neur lui a mé­nagé, à trav­ers des épreu­ves phy­siques et mo­rales as­su­rément très dou­loure­uses, une fin de vie en­tou­rée d’ami­tié dans la com­pag­nie des per­son­nes que je vi­ens de citer et aus­si des mem­bres de sa fa­mille d’Izieu. C’est ici qu’à l’ap­pro­che de Noël, le Seig­neur est venu l’ap­pe­ler, dans la nuit de di­manche à lundi der­nier, pour l’in­tro­duire dans la paix du Noël défi­ni­tif.
A nous main­te­nant de l’ac­com­pag­ner de­vant Dieu no­tre Père, en ad­res­sant un ap­pel con­fi­ant à sa misé­ri­corde pour le par­don des fai­blesses que Jean a pu avoir, comme chacun de nous, et en pré­sen­tant à la lu­mière éblou­is­sante de son amour tout ce qu’il y a eu de beau dans sa préoc­cu­pa­tion des autres con­stam­ment en re­cher­che.