Le Père Jean Pirat

VARENNES ST SAUVEUR (71) – VIRIAT – PONT DE VAUX – SERRIERES DE BRIORD – FEILLENS – CHALAMONT – POLLIAT – PERONNAS – Mgr Guy Bagnard, Évêque de Belley-Ars, la communauté des prêtres de Seillon-Repos, les prêtres et les diacres du diocèse recommandent à vos prières
le Père Jean PIRAT ancien curé de Polliat décédé à l’Hôpital Fleyriat (Viriat), le 24 mars 2011, à l’âge de 79 ans. Ses funérailles seront célébrées en l’église de Varennes-Saint-Sauveur (Saône-et-Loire), le samedi 26 mars 2011 à quatorze heures. L’inhumation aura lieu au cimetière de Varennes-St-Sauveur.

Le Père Jean Pirat était né à Varennes-St-Sauveur le 9 mars 1932. Ordonné prêtre le 29 juin 1961 à Belley, il fut d’abord vicaire à Crépieux-la-Pape (dépendant alors du diocèse de Belley) puis à Viriat en 1963 et à Pont-de-Vaux en 1965. En 1969, il est nommé curé de Serrières de Briord, Bénonces et Montagnieu et, en 1974, s’y ajoute Seillonnaz; En 1981, il devient curé de Feillens et Vésines. En 1989, il est nommé curé de Chalamont, Lent, Dompierre et St-Nizier-le-Désert. Il sera doyen du secteur de Chalamont-Villars de 1992 à 1997, année où il devient curé de Polliat, Confrançon, Buellas, Montcet et Montracol. Il prend sa retraite à Seillon-Repos en 2001. Il connaît de multiples soucis de santé et c’est lors d’une hospitalisation à Fleyriat qu’il est décédé, ce jeudi 24 mars 2011 à 19 h, à l’heure des premières vêpres de l’Annonciation.


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Le père Michel Comtet, au moment de l’homélie des funérailles, a donné un témoignage d’amitié que nous publions ici :

Jean avait horreur des compliments publics et il n’aimerait pas que, devant son cercueil, nous lui fassions le panégyrique d’usage. Je rapporterai simplement, en trame décousue, les conversations personnelles que nous avons eues ces derniers temps dans sa chambre de Seillon, où la musique était l’ambiance de la vie ordinaire.
Dans la situation difficile où il se trouvait, aux prises avec ce mal insidieux qui l’a finalement terrassé, entre des grimaces régulières que lui arrachait la douleur de ses pieds, immanquablement nous évoquions nos souvenirs communs, comme les vieux combattants parlent de leur guerre.

« Tu te rappelles quand nous faisions les fous dans le verger qui descend vers le Sevron à la ferme du « Mour’chy »  (mot patois pour Malichy, hameau de Varennes) ? Qu’est-ce qu’on a pu rire ! Mais on ne se rappelle pas de quoi et ta maman Marie se demandait ce qui nous arrivait. »

On s’était connu à Saint-Nicolas, comme deux fils de paysans qui se trouvent dans un enclos bien gardé, avec des exercices à toutes les heures : ça nous pesait vraiment et on se défoulait en se racontant des histoires de chez nous en patois ; on avait inventé un scénario où Méli (Emile-lui) et Pronbeu (Petitbois-moi) débattaient de leurs problèmes dans toutes sortes de situations : on avait fait ainsi une scène où Méli et Pronbeu apprenaient le latin avec la conjugaison de Rosa et au sujet de laquelle ils se demandaient pourquoi il fallait changer la fin du mot alors qu’en patois, ça ne changeait pas !

Cette amitié, ainsi que celle d’autres camarades, nous a suivi durant tout le petit séminaire et a été notre force identitaire dans un moule où la discipline s’imposait à tout instant. Ce fut une période plus difficile pour lui que pour moi, car sa timidité le mettait souvent en défaut…parce que dans la lune.

En classe de littérature de seconde, on s’était retrouvé tous les deux aux bans de la classe, parce qu’on n’avait pas pu mémoriser je ne sais quelle tirade d’une pièce de Racine, Andromaque je crois. Le père Lamberet ne nous avait pas valorisé aux yeux des copains ! Jean en avait beaucoup souffert.

Je lui disais aussi : « Tu avais une voix merveilleuse et en tant qu’instrumentiste, je n’ai jamais entendu une voix aussi juste que la tienne pour chanter sur toutes les gammes avec les dièses, les bémols et les bécarres (et il riait de bon coeur). Tu as d’ailleurs animé fortement la liturgie de Seillon quand tu y es arrivé en 2001. On avait discuté la mise pages du carnet de chants que tu avais fait. Au grand Séminaire, tu étais notre professeur de chants et tu nous faisais chanter le Grégorien avec des intonations et des expressions dignes des Bénédictins. »

Par contre, durant le ministère, on ne s’est jamais rencontré et on n’a jamais travaillé ensemble ; moi, j’étais dans le Bugey, lui en Bresse-Dombes, Feillens, Chalamont, Polliat. Et il me parlait du souci qu’il avait de ses paroissiens, de ce qu’on appelle dans le milieu ecclésiastique, la charité pastorale. Il reconnaissait que cela n’avait pas été toujours facile parce qu’il voulait que les choses soient bien « carrées » et, mon Dieu ! la vie de nos gens n’est pas forcément du papier à musique ! Il fallait composer, faire avec, ce qui lui était difficile ; étant très exigeant pour lui-même, il l’était aussi avec ses paroissiens, mais il voulait tellement qu’ils rencontrent le Christ-Jésus.

Et nous échangions souvent sur cette recherche du Christ, spécialement au sujet de la souffrance ; quand les médecins lui ont avoué qu’ils ne pouvaient plus grand-chose pour lui, il me demandait conseil sur toutes sortes de thérapie qu’il entreprenait…peine perdue ! Et c’est bien sur la communion aux souffrances de Jésus qu’il puisait son courage, « un énorme courage » malgré des moments de désespoir profond. « Tu vois, me disait-il, à ma mort, il faudra chanter la Résurrection de Jésus : Je crois, mais c’est pas facile de croire quand on souffre… Je crois qu’il nous aime infiniment et qu’il veut que nous vivions pour toujours. » Il était très pieux, bien plus que moi, et me partageait le fruit de ses méditations, mais accueillait volontiers et avec joie le rappel qu’on lui faisait de la Parole de Dieu. Ainsi, Albert qui faisait partie de son cercle d’amis, lui rappelait un jour ce passage du Ps 91 : « Le juste grandira comme un cèdre du Liban dans la maison du Seigneur…Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! Pas de ruse en Dieu mon rocher ! » Lui qui avait tant hésité pour se faire prêtre, il reconnaissait devant son ami que Dieu est fidèle quand on lui donne sa vie et, qu’en lui, « il n’y a pas de ruse », – ça lui avait fait chaud au coeur !

D’un tempérament très scrupuleux, il s’est toujours demandé ce qui était le mieux et comment arriver à le faire, autant dans sa vie spirituelle que dans sa vie sacerdotale. Ces confidences m’agaçaient souvent et, pour couper court, je lui rappelais la phrase de saint Jean que nous avons entendu tout à l’heure et qu’il avait souvent lu dans les cérémonies : « Devant Dieu, nous aurons le coeur en paix ; Dieu est plus grand que notre coeur et il connaît toutes choses… » On partait alors sur le thème de la miséricorde infinie de Dieu qui se sert de nous tous, prêtres, chacun à sa manière, « chacun avec son violon » pour annoncer l’Evangile, sans forcément en voir les résultats !

Et le dernier mot de notre conversation avait été : « Je ne sais pas si je pourrais aller voir la partie de la maison familiale que Gisèle a aménagée à côté d’Hubert ». Et il me disait l’importance de sa famille dans sa vie, comme d’un pot nourricier d’où il avait reçu la foi de ses parents et l’estime profonde de la grandeur du sacerdoce. Lors d’un repas de fête de la maison de Seillon auquel il m’avait invité, il m’énumérait les différentes branches de sa famille qui allaient venir, et je sentais combien il tenait à les recevoir.

En effet, Jean savait bien recevoir, il était profondément bon. Nos conversations se terminaient toujours modestement par une boisson, un gâteau, un chocolat.

On avait discuté au sujet du jour de la visite du Christ qu’il attendait dans sa souffrance lancinante selon l’Évangile proclamé à l’instant : « Amen, je vous le dis : il prendra sa tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. » Et Jean de s’exclamer : « Tu te rends compte, Jésus va nous servir avec son « devanti » ! » (le tablier de travail des paysans).

Ps 33 : Je cherche le Seigneur, il me répond
De toutes mes frayeurs il me délivre,
Qui regarde vers lui, resplendira,
Sans ombre ni trouble au visage !

En ce mois de mars qui t’a vu naître et où la nature que tu aimais tant commence à resplendir de sa propre résurrection, Jean, nous te souhaitons aujourd’hui une « bonne fête éternelle » avec tous ceux de ta famille qui t’ont précédé et avec tous les prêtres défunts, nos aînés, qui nous ont appris le service du Corps du Christ, l’Église que tu as servi de ton mieux.