Décès du Père Victor Gorlier

Mgr Pascal Roland, Évêque de Belley-Ars,
les prêtres et les diacres du diocèse,
recommandent à vos prières
le Père Victor Gorlier
décédé à Bourg-en-Bresse le 30 décembre 2012 à l’âge de 95 ans.

Ses funérailles seront célébrées en la chapelle des soeurs de Seillon le vendredi 4 janvier 2013 à 15 h. Il sera ensuite inhumé dans le carré des prêtres au cimetière de Bourg-en-Bresse.

Né en 1917, originaire d’Ambérieu-en-Bugey, le Père Victor Gorlier a été ordonné prêtre le 21 mars 1943. Il fut d’abord surveillant à St Nicolas à Bourg en Bresse (1942-1945) puis curé à Bouligneux (1945-1947), Versailleux (1947-1950), Ferney-Voltaire (1952-1958), Villars les Dombes (1958-1962), Ozan (1962-1978). Il fut enfin aumônier de la Maison-mère des S?urs de la Croix de Jésus à Groissiat de 1978 à 2004, date à laquelle il avait pris sa retraite à Seillon-Repos.

Vous trouverez ci-dessous le mot d’accueil et l’homélie prononcés par le Père Roger Hébert, Vicaire général, lors de ses obsèques.

***

Nous sommes réunis pour accompagner le père Victor Gorlier et rendre au grâce au Seigneur pour sa vie donnée. Le père Gorlier était originaire d’Ambérieu-en-Bugey, c’est là que j’ai appris à le connaître quand j’y étais vicaire. Je le revois venir en été à la messe de semaine, quand il passait quelques jours chez sa soeur. Il arrivait avec son chapeau de paille et comme il n’était jamais bien pressé de repartir nous prolongions souvent la conversation à la cure autour d’un rafraichissement. Il aura été beaucoup marqué par l’expérience de la guerre, expérience dont il parlera abondamment tout au long de sa vie.

Ordonné le 21 mars 1943, il aurait fêté dans quelques mois ses 70 ans d’ordination, ses différentes nominations le conduiront d’abord à St Nicolas où il fut surveillant, puis à Bouligneux, Versailleux, Ferney-Voltaire chez les Marmousets où il résidait tout en accomplissant un ministère sur Prévessin, Ornex, puis Villars les Dombes, Ozan et enfin Groissiat qu’il quittera en 2004 pour s’installer à Seillon-Repos.

Il aimait particulièrement jouer avec les dates en se référant aux anniversaires, aux fêtes que ces dates évoquaient. Né le jour de la fête de Notre Dame du Mont Carmel, il en cultivera une amitié spirituelle toute particulière pour Thérèse de Lisieux. Et comme il est mort le jour de la Saint Roger, c’est bien volontiers que je préside cette célébration au nom de notre évêque qui est retenu par la prédication d’une retraite et qui me charge de vous transmettre sa profonde communion dans la prière.

Pour terminer ce mot de présentation, évidemment, je ne peux pas ne pas évoquer le fait que le père Gorlier était membre du Prado, fils spirituel du père Antoine Chevrier. J’ai mis au dos de la feuille de chant quelques passages de ses écrits spirituels. Son appartenance au Prado lui a vraiment donné un amour des pauvres, des gens simples auprès de qui il se sentait bien.

Que le témoignage de sa vie donnée comme prêtre au service de l’Église de notre diocèse nous fasse vivre cette célébration comme une grande action de grâce nous invitant à nous donner nous-mêmes toujours davantage. Au cours de cette célébration, nous prierons aussi de manière toute particulière pour les vocations afin que les jeunes puissent entendre l’appel que le Seigneur leur adresse et qu’ils puissent à leur tour découvrir la joie d’une vie donnée.

***

Homélie

Il nous est tous arrivé, comme prêtres, de connaître ces moments de grande joie, à l’image des 72 disciples, et de venir, dans la prière, auprès du Seigneur lui dire notre bonheur d’avoir vécu une belle préparation de Baptême ou de mariage, un bon temps de caté avec les enfants ou les jeunes, une belle visite avec des personnes loin de l’Église et il y a tant d’autres occasions de vivre de telles joies. C’est vrai que ces bons moments du ministère nous font expérimenter une grande joie, nous avons donné notre vie au Seigneur et comme il nous est bon de nous rendre compte que notre passion est partagée, que ce que nous semons porte du fruit non pas pour nous en glorifier mais pour que Dieu soit glorifié, que son règne gagne du terrain.

Dans ces expériences de grande joie, il nous faut entendre, nous aussi cette mise en garde de Jésus : « ne te réjouis pas de tes réussites ; mais réjouis-toi d’abord parce que ton nom est inscrit dans les cieux. » C’est vrai que si nous ne pouvons nous réjouir que lorsque la réussite est au rendez-vous de nos ministères, il risque d’y avoir de grandes périodes grises et ternes car la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. Et cela ne signifie pas forcément que nous nous soyons installés dans une certaine tiédeur, nous pouvons vivre et exercer notre ministère avec ardeur sans connaître beaucoup de réussites. Nous nous adressons à des libertés et, mon Dieu, que le mystère de la liberté est complexe !

C’est donc une mise en garde salutaire que le Seigneur fait aux 72 et au-delà d’eux à tous ceux qui exercent un ministère, il ne veut pas casser notre enthousiasme, mais nous préserver pour que nous ne tombions pas dans l’aigreur, le pessimisme, la déprime lorsque le ministère sera plus aride. Si nous savons nous réjouir de ce que nos noms sont inscrits dans les cieux, du fait que Dieu nous aime et nous connaît personnellement, alors même dans les moments les plus éprouvants, nous ne perdrons pas notre sérénité.

Mais voilà, cette attitude n’est pas toujours simple à vivre. On peut même dire qu’elle est réservée à une élite. Quand je dis élite, comprenez bien ce que je veux dire, il ne s’agit pas d’une élite au sens où le monde entend habituellement ce mot en pensant qu’il s’agit d’un groupe de privilégiés, de ceux qui sont bien nés. Non ! C’est même tout le contraire. Juste après avoir fait cette mise en garde, Jésus exulte sous l’action de l’Esprit-Saint en explicitant cela : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. » Ainsi donc le secret de la vraie joie nous est livré mais il seuls les pauvres sont capables de le comprendre et de le partager.

Un pauvre, par définition, c’est celui qui n’a rien même pas des succès qui constitueraient déjà une véritable richesse. Pour le pauvre, le seul motif qui puisse le tenir dans la joie, c’est bien de savoir que son nom est inscrit dans les cieux, qu’il est connu et aimé de Dieu. Je me rappelle encore cette marche que j’ai faite avec des familles du quart-monde à l’initiative de la communauté du Sappel juste après Pentecôte 2012. Dans le petit groupe avec lequel je marchais, j’entendais cette femme nous expliquer ses galères, son compagnon l’avait abandonné, on lui avait retiré ses enfants, elle ne trouvait que des petits boulots. Et elle rajoutait presque à chaque fin de phrase : « mais si j’avais pas connu le Bon Dieu, qu’est-ce que je serai devenue ? » Sa pauvreté l’avait conduit à entrer peu à peu dans le secret de cette joie promise par le Seigneur : « ne te réjouis ni de ce que tu possèdes, ni de tes réussites ; mais réjouis-toi d’abord parce que ton nom est inscrit dans les cieux. »

Voilà le secret qu’il nous est donné de découvrir quand on fréquente les pauvres. Voilà la joie dans laquelle on entre progressivement quand on devient soi-même un peu plus pauvre. En choisissant d’entrer au Prado, c’est ce chemin qu’a choisi d’emprunter le père Gorlier, le chemin d’une fraternité plus grande avec les petits et les pauvres. La pauvreté, il l’a expérimentée lui-même bien des fois dans sa vie et tout particulièrement dans ses dernières années particulièrement avec ce handicap de la surdité. Mais on pouvait être frappé, en le visitant, de cette bonne humeur qui l’habitait, signe qu’il entrait dans ce mystère de la vraie joie.

Quand je prêche en prison ou quand je visite des détenus dans leurs cellules, je rencontre de vrais pauvres, bien déstabilisés par l’épreuve qu’ils font traverser à d’autres et qu’ils traversent eux-mêmes ; avec eux, j’aime bien prendre cette image pour parler de Dieu : je leur dis que Dieu est comme un orpailleur. Vous avez sûrement déjà vu à la télé ces chercheurs d’or qui plongent leur tamis dans le lit d’une rivière ; quand ils le ressortent, il est plein d’eau boueuse, en le secouant et en le mettant dans l’eau courante, peu à peu la boue disparaît et apparaissent des pépites d’or si précieuse. Oui, Dieu est un orpailleur, capable de faire jaillir de l’eau boueuse de nos pauvretés des pépites d’or. Livrons-nous à son amour purificateur pour entrer chaque jour un peu plus dans le mystère de la vraie joie, mystère dans lequel notre frère Victor est maintenant plongé tout entier pour l’éternité.