Décès du P. Michel Comtet

 

M. l’Abbé Michel Comtet est décédé à Seillon-Repos, le 30 décembre 2018, à l’âge de 86 ans.

Ses funérailles ont été célébrées à Saint-Trivier-de-Courtes, vendredi 4 janvier, et il a été inhumé dans le caveau familial au cimetière de Saint-Trivier.

Né en 1932 à Antony, ordonné prêtre à Notre-Dame de Bourg le 17 décembre 1960, il fût successivement vicaire à Hauteville et à Oyonnax ; en 1975, il est nommé curé de Bellignat puis d’Arbent, Groissiat et Martignat ; vicaire paroissial puis curé doyen de Bellegarde puis de Châtillon-en-Michaille et de Montanges de 1986 à 1993 ; curé de Culoz et Ceyzérieu (1993-2002) et doyen du secteur du Colombier ;  administrateur paroissial de St-Just et Montagnat en 2002.

Admis à la retraite en 2008, il assura des services à Foissiat jusqu’en 2013 où il se retira à Seillon-Repos. Depuis 2014, il était assistant au service des archives historiques.

 

 

Homélie du P. Pierre Le Bourgeois

« Dans le mystère de la Nativité, celui qui par nature est invisible se rend visible à nos yeux ; engendré avant le temps, il entre dans le cours du temps. » Chers frères et soeurs, ces mots de la deuxième préface de la nativité prennent une dimension particulière alors que nous accompagnons, que nous prions avec et pour notre frère le père Michel Comtet.

Et cette même préface continue ainsi : « Faisant renaître en lui la création déchue, il restaure toute chose et remet l’homme égaré sur le chemin de ton Royaume ».

 

Certes, c’est l’oeuvre de Dieu qui s’accomplit, l’oeuvre de l’artiste divin qui est ainsi manifestée. Mais ces mots peuvent également exprimer l’oeuvre de l’artiste qu’était le père Michel Comtet. Son regard, son attitude vis-à- vis d’une des créations qui prenaient forme sous ses mains, peuvent nous donner de comprendre le regard que le Seigneur pose sur chacun d’entre nous, la manière dont le Seigneur vient et veut nous donner d’entrer par l’oeuvre de Rédemption qui se révèle dans le divin petit enfant de la crèche.

 

 

« Viens et vois la beauté de Dieu qui se manifeste dans cette oeuvre ! », aurait pu dire le père Comtet d’une manière inimitable, est en quelque sorte un écho du « Voici l’Agneau de Dieu ! » proclamé par Jean-Baptiste en montrant Jésus. Cette beauté, il désirait en chercher le sens, et, comme les disciples de Jean le Baptiste, il se mettait alors à la suite de Jésus.

Prêtre il cherchait à transmettre ce qu’il avait découvert. Il le faisait avec une joie communicative, une véritable joie d’enfant. On retrouve cette joie dans l’annonce d’André à son frère Simon : « ‘Nous avons trouvé le Messie’ – ce qui veut dire : Christ. » Prêtre, il célébrait cette joie de la rencontre avec Dieu non seulement dans l’Eucharistie mais également dans la prière personnelle contemplative auprès du Seigneur ou même dans la nature, et dans la prière communautaire, par le chant des psaumes,  la célébration des offices de la liturgie des heures, le bréviaire.

N’est-ce pas ce à quoi nous sommes appelés par le psaume que nous venons d’entendre ? « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles. » Oui, le Seigneur fait des merveilles par les nombreux talents qu’il a donnés au père Michel Comtet et que celui-ci a su mettre au service de tous. Chanter, accompagner, animer, ne l’a-t-il fait jusqu’au bout, à Seillon Repos où, avec le Grand John, il animait la messe et accompagnait une petite chorale. Certes, cela apportait de l’animation et créait peu à peu des liens avec tous ceux qui y participaient. En même temps, n’y avait-il pas au fond de lui-même autre chose de plus essentielle qui voulait transmettre ? Ces chaleureux « Salut, frère ! », « Au revoir, frère ! » n’étaient pas de simples formules de politesse. C’était l’expression de ce qu’il portait au fond de lui-même et qu’il voulait nous donner de vivre : le désir d’une authentique fraternité enracinée dans le Christ.

C’était vrai pour nous ses frères prêtres. Il nous témoignait ainsi que la fraternité ne se décrète pas mais qu’elle se vit. Elle se vit au travers des amitiés qui peuvent se nouer au sein d’un presbytérium. Mais plus fondamentalement, elle se vit parce que, prêtres, avec ce que nous sommes, nos tempéraments et notre histoire, nous avons tous choisi de vivre pour le service du Christ et de l’Église, pour le service de l’Autel et de l’Évangile, pour le service de la sainteté du Peuple de Dieu.

C’était vrai aussi pour tous ceux qu’il rencontrait. Il invitait ainsi à redécouvrir le vrai sens de la fraternité qui s’enracine dans la grâce baptismale, ou même dans le fait que toute personne humaine est créée à l’image de Dieu et nous avons tous le même Père qui est au Cieux. Il nous invite ainsi à vivre en harmonie avec ce que nous sommes en vérité !

Chers frères et soeurs, chacun nous avons reçu du père Michel Comtet. Chacun d’entre nous nous portons l’une ou l’autre anecdote. Sachons faire mémoire en nous rappelant que, parfois un peu provocateur, le père Michel Comtet nous renvoie vers ce qui est essentiel pour ne pas nous arrêter à l’accessoire.

Cher Michel, au jour de son ordination, alors qu’il va s’abandonner dans les mains du Père et qu’il se confie à l’intercession de tous les saints du Ciel, l’ordinand entend juste avant cette grande prostration : « Que Dieu lui-même achève en vous ce qu’il a commencé ! » Aujourd’hui, dans l’action de grâce et confiant en la Miséricorde du Père, uni à nos frères prêtres et à tous ceux qui prient avec toi et pour toi, je tiens à redire : « Par l’intercession de Notre Dame, qu’ici nous invoquons sous le vocable de Notre Dame de Bellor, que Dieu lui-même achève en toi, ce qu’il a commencé ! »

 

Témoignage de Paul Cattin,
archiviste diocésain

Sous une écorce d’apparence rugueuse, entre la casquette et la barbe fournie, se cachait un homme, un prêtre, sensible et cultivé, volontiers poète et contemplatif, mais aussi un homme de pensée et d’action, un historien alliant l’analyse et la synthèse, un artiste polyvalent, aussi bien joueur d’instruments que bon sculpteur.

 

Doué de ses mains, il a laissé partout où l’ont conduit ses nominations successives, des souvenirs tangibles de ses talents : ici une Vierge à l’enfant, là un mobilier d’église ou la restauration d’une statue de bois mutilée. Et aussi, dans ces mêmes paroisses, il a mis par écrit, en « cahiers », comme il disait, ses recherches historiques.

La restauration de l’église d’Arbent, à laquelle il participa lui-même manuellement, figure parmi ses plus belles réalisations et il rédigea sur ce bel édifice gothique un ouvrage bien documenté. A Culoz, il fit paraître un article sur la construction de l’église au XIXe siècle, et un autre sur le passage des Autrichiens en 1814 et 1815. A Montagnat il rédigea un livre très érudit sur la vie des habitants au XVIIIe s., synthèse des sept « cahiers » de documents d’archives ou de notes prises auprès des habitants de sa paroisse. Grâce à ses talents de sculpteur, le baptistère ancien, relégué pendant un siècle comme socle pour la Croix des Curnillats, put retrouver enfin sa place à l’église (voir ci-dessous). A Foissiat, il s’aménagea un atelier de sculpture, et en même temps étudia le destin tragique d’un prêtre sous la Révolution, et écrivit une histoire de l’église de cette commune.

 

Depuis sa retraite à Seillon-Repos, soit depuis plus de quatre ans, il participait activement au classement des archives diocésaines où il fit une dernière apparition il y a quelques jours seulement, malgré son état de santé. Mais les recherches qui le passionnaient le plus au cours de ces dernières années, étaient la sculpture romane et les prêtres pendant la grande Guerre.

Une bonne partie de ses travaux sur les prêtres paraîtra prochainement dans la revue Gorini, fruit d’un dépouillement minutieux de la Semaine religieuse, des archives diocésaines qu’il connaissait bien, ou de journaux de prêtres qu’il transcrivait parfois entièrement pour en assurer la pérennité.

 

 

Mais parallèlement, il poursuivait ses études sur la sculpture romane de l’Ain et particulièrement sur celle les chapiteaux dont il essayait de percer le symbolisme. Et il y a quelques jours encore il étudiait ceux de l’église de Druillat pour pouvoir achever sa grande synthèse sur la sculpture romane de la Bresse et de la Dombes. Cet art passionnait le sculpteur qu’il était lui-même, mais c’était aussi l’enseignement religieux et spirituel qu’on pouvait en tirer, qu’il recherchait vraiment.

En 2009, il écrivait à propos de son ami Joanny Catherin ces mots qu’on peut appliquer à lui-même : « Ce qui caractérise l’homme ce n’est pas d’abord sa science et sa culture, mais la volonté qu’il avait de mettre ce qu’il savait au service de ses paroissiens, de la commune et de toute personne de passage. Ce n’était jamais pour se faire valoir, mais pour aider à comprendre les richesses de notre patrimoine… C’était un homme parmi les hommes avec qui il faisait bon échanger sur n’importe quel sujet, discuter ou simplement bavarder de tout… et de rien, mais souvent d’histoire ! ». A ces propos on peut ajouter que ses recherches historiques, loin de l’éloigner de son ministère, le rapprochaient au contraire des gens de toute condition qu‘il venait questionner. Et quoi de plus évangélique que les simples mots qu’il disait en quittant ces personnes à peine rencontrées : « au revoir Frère ! ».

 

 

A Montagnat, le P. Comtet avait repéré, au cours de ses déplacements dans sa paroisse, une cuve baptismale gothique servant de socle pour une croix au hameau des Curnillats. Cette belle cuve avait sans doute été sortie de l’église lors de la reconstruction de l’édifice vers 1860, et se trouvait maintenant là, au milieu d’un petit carrefour.

Aussitôt il envisage de la remettre en place dans l’église. Derechef il se rend chez Jean-Pierre Bersot, le marbrier de la commune voisine, y fait transporter la cuve, retaille lui-même le pourtour tout épaufré, sculpte un socle octogonal bien adapté, et le 18 mai 2007, il peut faire replacer cette belle oeuvre gothique dans l’église paroissiale qu’elle n’aurait jamais dû quitter (photo ci-dessus).

Mais il fallait aussi refaire un socle à la croix, et, dans le même élan, pourquoi ne pas en profiter pour remplacer la croix elle-même, alors en bois, par une nouvelle en pierre ? Toujours chez son ami le marbrier, il repère les éléments nécessaires, les réadapte lui-même au ciseau et au burin, et dès le 22 juillet 2007, la bénédiction de cette nouvelle croix peut avoir lieu en présence de la municipalité et d’une petite foule de paroissiens.

Le maire, Monsieur Yvan Chichoux, le remercia chaleureusement : « Votre ministère dans la paroisse restera gravé dans la pierre et la mémoire des habitants ».

Cette nouvelle croix des Curnillats, menacée par les manoeuvres des cars scolaires, est actuellement en cours de déplacement pour un endroit tout proche et plus sûr.