Décès du P. Jean-Louis Sanahuja

 

Mgr Pascal Roland, Évêque de Belley-Ars,

les prêtres et les diacres du diocèse de Belley-Ars

recommandent à vos prières

 

l’Abbé Jean-Louis Sanahuja,

décédé à l’hôpital Fleyriat, le 10 décembre 2018, à l’âge de 73 ans.

 

Le corps du défunt sera exposé à partir de mardi après-midi dans la chambre funéraire des Pompes funèbres Jollet, à Oyonnax.

Ses funérailles seront célébrées le Vendredi 14 décembre, en l’église Saint-Léger d’Oyonnax, à 14h30. Il sera inhumé par la suite dans le caveau familial, à Béziers.

 

 

Jean-Louis Sanahuja est né à Béziers en 1945. Il passe sa jeunesse à Agde, puis à Versailles. Après son service militaire, il fait carrière dans la marine, d’abord comme pêcheur sur les Bancs de Terre-Neuve, puis comme officier dans la marine marchande. Après un accident, il se convertit et entre dans la communauté des Béatitudes, puis il arrive dans le diocèse de Belley-Ars, au séminaire d’Ars, en 1991 ; à partir de 1993, il continue sa formation au séminaire d’Aix-en-Provence.

 

Ordonné prêtre le 30 juin 1996, il est nommé au service des paroisses du groupement de Bellegarde-sur-Valserine (1996-1998), puis curé de Champagne-en-Valromey, Belmont et Sutrieu (1998-1999), des groupements de Hotonnes et Artemare (1999-2003), du groupement de Pont-de-Vaux (2003-2007), et enfin du groupement d’Echallon (2007-2015). Il fut également curé des paroisses de Giron et Saint-Germain-de-Joux (2009-2014). Depuis 2015, il était auxiliaire dans le groupement paroissial d’Oyonnax, en résidence à Echallon.

 

 

 

 

 

Témoignages sur le P. Sanahuja

 

Très cher Père Jean-Louis SANAHUJA

Les quelques propos que je rapporterai sont essentiellement issus de l’article autobiographique écrit par vous-même dans le Journal « Jeune Marine » de Juillet Août Septembre 2012.

Mais pour commencer, juste un rappel de quelques dates qui vous feront bien rire, j’en suis sûr – et nous avons souvent ri ensemble. Vous êtes né le à Béziers le 13 novembre 1945, le même jour que Saint Augustin, ce qui ne vous rendais pas peu fier. Mais vous êtes retourné vers le Père le 10 décembre dernier, jour anniversaire de votre ordination diaconale, il y a 23 ans. Nous célébrons vos funérailles aujourd’hui 14 décembre en la fête de Saint Jean de la Croix, Prêtre et Docteur de l’Eglise, qui est aussi votre Saint Patron. C’est également aujourd’hui l’anniversaire – je vous cite – de votre « première journée de liberté avec le Seigneur » après avoir définitivement quitté la mer à Douala au Cameroun, le 13 décembre 1988, il y a 30 ans exactement.

Pour beaucoup de personnes votre parcours ressemblait à une énigme, pour d’autres un destin exceptionnel qui les fascinait. Mais l’on mesure, au travers de ces quelques dates, combien, pour le Bon Dieu, il n’y a pas de hasard. Le Bon Dieu savait bien, lui, où il vous emmenait et il a mené votre barque et même votre super tanker pétrolier le « Pierre Guillaumat » de l’aurore au couchant. Et c’est lui qui tenait la barre sans beaucoup de visibilité avec un horizon parfois brumeux. Vous étiez toujours amusé de nous rappeler, et les enfants s’en souviennent encore, que le « Pierre Guillaumat » était tellement vaste et imposant qu’on aurait pu y mettre la Cathédrale Notre Dame de Paris…

Mais vous n’étiez pas du genre à enfermer le Bon Dieu… Beaucoup trop épris de justice – Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés –, de liberté… et au final d’absolu. Cela a commencé à moto, en aidant des personnes paumées, en pratiquant la plongée pour ramasser les coraux à 80 mètres de profondeur en Méditerranée, en dessinant sur les cartes maritimes et caricaturant vos collègues, en vous engageant dans les campagnes de pêche en Atlantique Nord sur Terre Neuve ou en voyageant sur les océans du monde entier… et cela s’est terminé sur l’éperon rocheux d’Echallon – je vous cite – « dans une situation semi-ermitique et heureux de ma solitude. Ce n’est pas la solitude qui est dangereuse, au contraire elle est belle. C’est l’isolement, lui, il tue ». Nous savons combien ces derniers mois et ces dernières semaines ont été, pour vous, difficiles, avec les vents contraires de la maladie surtout après ce rendez-vous manqué avec l’Eternité, il y a un an. Vous êtes partis sur la pointe des pieds, avec la discrétion et l’humilité qui vous caractérisaient et la force du marin dans l’épreuve : faire face.

Et puis il y a eu toutes ces rencontres, qui sans le savoir, vous ont amené ou ramené progressivement à la foi. D’abord vos grands-mères qui vous emmenaient à la messe. Tout petit, votre jeu était de dire la messe dans un latin approximatif qui faisait bien rire l’assistance. Cela vous mettait en colère car vous ne supportiez pas le sacrilège. Et nous connaissions votre dévotion au Mystère Eucharistique qui était le cœur de votre vie. Puis la lecture de la Bible offerte à un anniversaire. Puis les recollections et retraites. Vous notez dans votre journal de bord : « En 1987 je participe à un temps de recollection, un week end dans un couvent. Sur le thème du Pardon. Grand moment ». Puis celle de février 1988 « le thême de la retraite était « aimer Dieu » et c’est ce qui m’est arrivé, le coup de Grâce ». Puis la retraite de 3 mois à l’Abbaye de Sénanque « retraite au long cours » selon l’expression même de Monseigneur BOUCHEX, alors évêque d’Avignon. Puis l’entrée dans la communauté des Béatitudes où vous occupiez la cellule du « Bienheureux CHARBEL » à qui votre barbe de Moïse vous identifiait tant… La rencontre avec Lanza del Vasto, disciple de Gandhi, apôtre de la non-violence et chrétien qui vous a beaucoup marqué – Heureux les artisans de paix, ils seront appelés Fils de Dieu –. Les rencontres avec le Pape Jean-Paul II. Et toujours les conseils du Père Jacques Marin, prêtre ouvrier, l’affection de Monseigneur Bagnard et la vôtre Monseigneur, et de tant de prêtres du Diocèse de Belley-Ars dont vous étiez si proche.

Car vous êtes un peu, Cher Père Jean-Louis SANAHUJA, de la race des Saint Pierre – pas des poissons, mais des Apôtres –, entier, la tête dure et finalement le cœur doux et humble – Heureux les doux, ils obtiendront la Terre Promise – Et Dieu vous a mené par le cœur… Oui, il y a décidemment quelques ressemblances avec Saint Pierre que vous avez suivi comme Marin puis comme Pêcheur d’Hommes. Et puis il y a cette fidélité à vos amis marins qui vous ramenait tous les ans à Fécamp pour la Saint Pierre, la fête patronale ancestrale du Pardon des pêcheurs, pour célébrer l’Eucharistie avec votre grande famille des Terre Neuvas. Pour rien au monde, vous n’auriez manqué cette grande fête.

Je vous cite encore une fois : « Ma vie est un voyage de cap-hornier en route pour Valparaiso, qui signifie en Espagnol la Vallée du Paradis. Le problème c’est que sur cette route, il y a le foutu Cap Horn. C’était dur… mais je l’ai passé ! après le Horn, la grâce.

Jusqu’au Horn, c’est-à-dire jusqu’à la conversion. J’ai vécu un temps de préparation, d’apprentissage. J’ai transporté une cargaison, par tout temps, sur presque toutes les mers, ce qui m’a formé à mon vrai métier : transporter le petit Peuple de Dieu qui m’est confié, de là où il se trouve jusqu’à Dieu (Valparaiso) par le chemin de la sainteté qui passe par le Horn. Je n’ai donc pas abandonné le métier de marin. Je l’ai mené au bout. La boucle de la vocation est bouclée. »
Cher Père Jean-Louis SANAHUJA, que Saint Pierre mesure tout ce que vous avez fait pour nous, votre famille, vos paroissiens, vos amis et qu’il vous accueille au Paradis. Et que, par vos prières, nous puissions vous y rejoindre un jour, « là-bas ».

Bertrand SOVICHE

Paroissien et ami

 

Je voudrais vous partager mon expérience d’accompagnement spirituel avec le père Jean-Louis Sanahuja.

Comme vous le savez, le père Jean-Louis était marin.

Sur ce sujet, j’avais voulu m’amuser un peu en lui posant une énigme. Un jour de vacances en Bretagne, tandis que mon beau-frère nous sortait en mer sur son voilier, j’envoyai un sms au père Jean-Louis : « Je passe à bâbord la bouée du cochon et à tribord la maison de l’amiral. Où suis-je ? » Dans la minute il répondit : « Tu quittes la rade de Lorient et tu fais route vers Groix. » En effet, j’étais exactement à cet endroit. Mais de toutes façons, étant mon accompagnateur spirituel, il savait ordinairement dans quelles eaux je naviguais.

Il avait été marin pêcheur et avait aussi commandé de très gros bateaux. Je me rends compte, maintenant que je fais le bilan de plus de vingt ans d’accompagnement avec lui, que le père Jean-Louis usait à mon égard de ses connaissances en navigation. Il avait par exemple quelques métaphores : plutôt que le « psy » qui, disait-il, regarde le chemin passé pour expliquer où l’on en est, il préférait le père « spi » (remarquez l’inversion) qui, comme cette voile hissée à la proue du bateau, capte le vent (de l’Esprit) et fait avancer vers le large.

 

La métaphore est édifiante mais personnellement, après toutes ces années d’accompagnement, je me reconnais moins dans ces voiliers agiles gonflés par le vent que plutôt dans ces immenses tankers remplis de pétrole noir, ces lourds méthaniers chargés de matières dangereuses que le père Jean-Louis commandait à la fin de sa carrière de marin.

Ainsi me pilotait-il avec patience. Pour ma part, je me prenais au début pour un catamaran dans une régate et j’aurais aimé qu’il me dirige avec réactivité, qu’il me donne toutes sortes de conseils et barre nerveusement. Lui savait qu’un méthanier prend plus de dix kilomètres pour virer et qu’on ne peut rien brusquer. Or c’est grâce à cette patience que je me suis véritablement converti, lentement, lourdement, et que maintenant je fais bonne route.

En revanche, l’accostage de ces monstres de la mer est minutieux. Il s’opère au mètre près et se pilote au joystick. Mes accostages avaient lieu au moment des confessions lorsque, remorqué par la Vierge Marie, les anges et tous les saints j’approchai du quai pour décharger ma cargaison noire et polluante. Le père Jean-Louis trouvait alors le propos précis et juste pour que j’aborde sans heurt et que j’ouvre les cales. Amarré en sureté, je lui livrai tout ce que j’avais sur le cœur. Il délivrait alors le billet de permission, une pénitence légère, la récitation d’un psaume ou d’une prière exactement adaptée à mes besoins pour un nouvel appareillage.

 

Mais le meilleur souvenir que je conserve de nos séances d’accompagnement est le suivant. Nous venons de terminer un bon repas ; c’est toujours ainsi que nous débutions nos rencontres parce que, quant à moi, je tiens mieux la mer le ventre plein. Je lui fais comprendre que nous pouvons commencer. Il a toujours attendu que j’engage l’échange, sans doute pour s’assurer que je suis bien sur le pont avant d’appareiller. Pendant que je cherche mes mots, se met en place un moment de silence. Passent quelques minutes pendant lesquelles je ne trouve toujours pas quoi dire et le silence dure. Comme lui ne dit rien non plus, alors ce silence s’installe. La présence du bon Dieu, cependant, se fait petit à petit sentir. Le père Jean-Louis allume une cigarette et fume tranquillement, toujours sans rien dire. De mon côté mon âme se dilate et mon cœur s’emballe, je suis en train de prendre une douche spirituelle. Nous voici bientôt un bon quart d’heure sans parler, l’un en face de l’autre, dans la paix de l’Esprit. Quand il a terminé sa clope, il écrase le mégot sur le bord de l’assiette puis dit de sa voix grave : « … et voilà. »

Le cap est bon, la route est sûre vers le salut. Sur la passerelle, le capitaine surveille d’un œil la navigation dans la nuit tranquille, tandis que le bateau fend les eaux à bonne allure sous une pluie d’étoiles.

Michel Goasampis