Décès de Mgr Georges Lagrange, évêque émérite de Gap

Le 11 décembre 2014,
Mgr Georges Lagrange, évêque émérite de Gap,
est décédé à Bourg-en-Bresse.
Ses obsèques seront célébrées
en l’église Saint-André-et-Saint-Vincent de Châtillon-sur-Chalaronne,
le lundi 15 décembre 2014 à 14h30.
Nous le recommandons à vos prières.

Mgr Lagrange

Georges Lagrange est né le 23 novembre 1929 à Châtillon-sur-Chalaronne, paroisse dont Saint Vincent de Paul fut curé au XVIIème siècle. Après une scolarité à Châtillon, puis à l’institution Saint-Pierre de Bourg, il entra en 1948 au Grand Séminaire de Belley. Après son service militaire, il rejoignit le Séminaire universitaire de Lyon en 1953, et fut ordonné prêtre le 29 juin 1955, en la cathédrale Saint-Jean de Belley, par Mgr Paulissen (Mgr Maisonobe, évêque de Belley, était décédé quelques mois auparavant, et son successeur Mgr Fourrey n’a été sacré que le 9 août 1955).

 

De 1955 à 1958, il fut vicaire à Notre-Dame de Bourg. Il fut alors nommé aumônier diocésain de la Jeunesse Agricole Chrétienne, jusqu’en 1964. A cette date, il partit comme prêtre Fidei Donum à Alger, comme aumônier national de l’Action Catholique Rurale d’Algérie. Il revint en 1966 en France, où il exerça le ministère d’aumônier national adjoint du mouvement Chrétiens en Monde Rural. En 1972, il devint Curé des paroisses de Saint-Didiet-d’Aussiat, Saint-Sulpice et Curtafond (dans l’actuel groupement paroissial de Montrevel – Attignat – Saint-Trivier), et aumônier au lycée du Sacré-Coeur de Bourg (actuel Lycée Saint-Pierre). En 1983, il partit à nouveau comme prêtre Fidei Donum, à Dakar, comme directeur diocésain de la catéchèse. Il revint dans le diocèse en 1986, où il fut Curé de Montluel, Pizay, Sainte-Croix et Romanèche, et président de l’Association sacerdotale Lumen Gentium.

 

Le 11 juillet 1988, à l’âge de 58 ans, Saint Jean-Paul II le nomma évêque de Gap. A cette occasion, Mgr Bagnard déclarait : « Le Saint-Père choisit comme nouvel évêque de ce diocèse un prêtre dont l’expérience pastorale est à la fois profonde et étendue. Son zèle sacerdotal a marqué durablement les nombreux jeunes et les diverses paroisses au service desquels il a exercé son ministère. Ceux qui l’ont approché connaissent sa fermeté dans la foi et la solidité du travail qu’il a accompli, particulièrement dans le domaine de la catéchèse, de la prédication et de la liturgie. Transmettre fidèlement l’enseignement du Christ et promouvoir l’intelligence de la foi auprès des laïcs, mais aussi de ses frères prêtres a été sa tâche de prédilection. » (Message du 11 juillet 1988).

 

Il fut ordonné évêque au Sanctuaire de Notre-Dame du Laus le dimanche 18 septembre 1988, par Mgr Thiandoum, archevêque de Dakar, Mgr Panafieu, archevêque d’Aix-en-Provence, et Mgr Bagnard, évêque de Belley.

 

Mgr Georges Lagrange, était très attentif à l’évangélisation, à la mission. Pendant le Jubilé de l’an 2000, il déclarait : « Je désire que, dans notre diocèse de Gap, le grand Jubilé de l’an 2000 soit le départ d’une nouvelle évangélisation ». Il avait auparavant affirmé : « L’évangélisation n’est jamais faite une fois pour toutes. Il faut continuellement évangéliser, quotidiennement réévangéliser. » (Reconstruire la Liturgie, 1997). Pour le Carême du Jubilé, Mgr Georges Lagrange promulgue ainsi une Lettre pastorale intitulée Pour une nouvelle évangélisation (mars 2000). Il créa une nouvelle Maison diocésaine à Gap, avec un Foyer de prêtres retirés, des locaux administratifs, le Service de Catéchèse et de Formation, et un espace d’accueil.

 

En février 2003, à la suite d’un accident cérébral, Mgr Georges Lagrange demanda un collaborateur : Mgr Jean-Michel di Falco Léandri fut alors nommé évêque auxiliaire. Le 18 novembre 2003, Mgr Georges Lagrange, ayant remis sa démission au Pape, devint évêque émérite de Gap, et revint dans les Pays de l’Ain. Il résida à Seillon-Repos, puis au Bon Repos à Bourg, où il est décédé le jeudi 11 décembre 2014.

 

Ses obsèques ont été célébrées en l’église Saint-André-et-Saint-Vincent de Châtillon-sur-Chalaronne, son village natal, le lundi 15 décembre 2014 à 14h30.

 

Obsèques Mgr LagrangeAccueil du cercueil de Mgr Lagrange par Mgr Di Falco,
son successeur comme évêque de Gap

 

Homélie pour les funérailles de Mgr Georges Lagrange

(Châtillon sur Chalaronne, 15.12.2014)

Colossiens 1, 24 – 2, 3 / Psaume 22 / Matthieu 11, 25-30

 

 

 

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange »…

 

En relisant les nombreux écrits et prédications de Mgr Georges Lagrange, on peut être frappé de la dimension trinitaire et aussi eucharistique qui affleure régulièrement dans son enseignement. Il vaut la peine de parcourir le livre qu’il publia en 2001, dans l’élan du grand Jubilé : « Gloire au Père par le Fils dans l’Esprit Saint », avec en sous-titre : « La vie chrétienne : vie trinitaire et eucharistique ». Ce livre est comme une petite somme théologique et pastorale, le fruit de ses inlassables recherches et questionnements, fruit aussi de sa contemplation et de sa prière, une synthèse qui montre, dit-il, « la grande cohérence de tous les éléments de la foi et de la vie chrétiennes, autour de deux réalités centrales : le Dieu unique en trois Personnes, et l’Eucharistie, célébration trinitaire ».

 

Le Père Lagrange (comme on continue souvent de l’appeler familièrement ici dans le diocèse) a été un battant et un combattant, ce qui l’a amené parfois hors des sentiers battus. Il nous a raconté un jour comment, jeune étudiant au Collège Saint Pierre de Bourg-en-Bresse, et supportant mal l’internat, il avait fugué pour rejoindre à pied Châtillon, avant d’être ramené manu militari par son père à l’institution. Grand érudit, très autodidacte (ce qui explique sans doute cet épisode de la fugue), il s’est formé sur le terrain, aussi bien dans le ministère paroissial que dans l’action catholique rurale, d’abord dans le diocèse, et puis comme aumônier national en Algérie et comme aumônier national adjoint à Paris.

 

 

Obsèques Mgr LagrangeLa messe était célébrée par Mgr Di Falco, Mgr Roland, Mgr Nault, les P. Pelletier et Martial, ainsi que par une trentaine de prêtres des diocèses de Gap et de Belley-Ars.

 
Passionné pour la communion dans la vérité

C’est là qu’il va vivre de près la crise profonde de mai 68, une crise qui rejaillit également dans l’Eglise, dans ces années d’après-Concile, à travers de nombreuses remises en questions. Face à ce flou doctrinal et pastoral, Georges Lagrange réagit et approfondit. Il comprend qu’il y a un corpus de la foi qui ne peut être bradé et sans lequel l’évangélisation tourne à l’agitation. Lui, l’intellectuel, mais très attaché à son terroir – d’où notre célébration, ici, à Châtillon –, très engagé dans le monde rural, proche aussi durant des années du monde scolaire, il gardera toujours un grand souci des petits («Père, Tu l’as révélé aux tout-petits »…) : ce peuple des fidèles, ce christianisme populaire que nos cogitations et programmations pastorales, dans les années 70, ont parfois risqué d’oublier voire de mépriser.

 

Avec quelques amis prêtres, curés et théologiens de Paris et de la province, il fonde l’association sacerdotale Lumen Gentium, dans un souci de fraternité et de communion doctrinale, pour approfondir la lettre et l’esprit du Concile Vatican II, dans une herméneutique de continuité – comme on dirait aujourd’hui – et non pas de rupture. Permettez-moi de le dire : je fais partie de ces prêtres qui ont beaucoup reçu du Père Lagrange. Alors qu’il était curé de campagne, qu’il lisait et travaillait beaucoup, il nous faisait des topos très construits et éclairants, avec aussi son humour décapant. Il nous a communiqué sa passion pour la vérité et son grand amour de l’Eglise. Pas de communion dans l’Eglise sans le service exigeant de la charité ; pas de communion dans l’Eglise sans le service exigeant de la vérité. Ce sera sa devise épiscopale : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). Il nous citait la parole du saint évêque François de Sales : « Une vérité qui n’est pas charitable provient d’une charité qui n’est pas véritable ». L’existence ici à Châtillon d’une chapelle qui ne vit pas la communion avec le Pape et avec l’Eglise était pour lui une grande souffrance, et aussi le symptôme des divisions et des profondes blessures dans l’Eglise.

 

La formation spirituelle des jeunes lui tenait également à cœur et l’a conduit jusqu’à Dakar pour travailler au service de la catéchèse, auprès de son ami le cardinal Thiandoum.

 

 

Obsèques Mgr Lagrange

Le P. Pillet a prononcé l’homélie

 

Un évêque entre crise et renouveau

Mgr Georges Lagrange a été durant quinze ans l’évêque du diocèse de Gap. Dans ses enseignements comme dans son action pastorale, il était plutôt carré, comme l’était sa corpulence. Il n’était pas l’homme des demi-mesures, il ne supportait pas les atermoiements, les faux-semblants, les compromissions. Il mettait en garde contre tous les extrémismes, les sectarismes, de tous bords, et qui ont en commun de s’ériger en nouveau magistère et de ne pas construire l’unité. Placé comme évêque aux avant-postes du combat pour la vérité – il en reçut quelques coups –, il restait simple et bon, accueillant et disponible, aimant et faisant aimer la Liturgie, très attaché aussi au sanctuaire de Notre-Dame du Laus.

 

Il avait gardé l’esprit militant de l’action catholique et il encourageait prêtres et laïcs à travailler à la nouvelle évangélisation. Il n’avait de cesse de communiquer à ses diocésains la solidité de la foi et le souffle évangélisateur de Jean-Paul II qu’il vénérait. Ne l’a-t-on pas vu sauter en parachute pour entraîner les jeunes à participer aux JMJ de 97 ?

 

Comme d’autres de ses pairs, à cette époque plutôt agitée, Mgr Lagrange a été, selon l’expression du cardinal Marty, un « évêque pour temps de crise » ou encore « un évêque entre crise et renouveau », selon le titre du livre autobiographique de Mgr Gaidon. Ces évêques ont souvent payé de leur santé leur clairvoyance et leur vigilance au milieu des luttes intestines dans l’Eglise. Est-il besoin d’insister?

 

Obsèques Mgr Lagrange

« Ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ »…

Depuis onze ans, Mgr Lagrange avait dû prématurément remettre sa charge et être accueilli en maison de retraite. Le moment était venu pour l’homme de contact, de parole et d’action, d’entrer plus avant dans le silence et l’intimité de son Maître. C’est « un autre désormais qui lui mettrait sa ceinture »… (Jn 21,18). Il allait faire partie lui-même de ces petits, de ces pauvres à qui sont révélés les mystères du Royaume. C’était une souffrance pour sa famille, pour ses confrères, pour ses amis, de le voir ainsi progressivement diminué, fragilisé par la maladie. Devenu très dépendant, il avait souvent ce geste de saisir sa croix pectorale qu’il gardait fidèlement sur son cœur. La Croix : notre ancre de salut, notre arme de victoire, quand tout semble vaciller et sombrer.

 

Un témoignage, celui du P. André Perdrix, aumônier de la résidence Bon Repos à Bourg : « Chaque samedi, avant de célébrer la Messe, je suis allé visiter le Père Georges. Samedi dernier encore, j’ai prié près de lui, j’ai chanté des airs de l’Avent et comme souvent, par le chant, il remuait les mains, me regardait et souriait. Je l’ai béni. »

Obsèques Mgr Lagrange L’église Saint-André-et-Saint-Vincent de Châtillon-sur-Chalaronne

 

Quel grand mystère que celui de nos vies, de chacune de nos vies ! Dans son livre, nous trouvons ce passage, comme une confidence de la spiritualité profonde qui l’anime – avec des propos étonnamment prémonitoires. Après nous avoir fait contempler, avec éblouissement, le mystère de l’amour trinitaire, il dit ceci : « Il en va de même de notre vie filiale, qui remonte également vers le Père pour lui rendre gloire. Est-il besoin de souligner l’aspect proprement enthousiasmant que prend alors la vie morale pour le chrétien dont toute l’existence devient louange et glorification de Dieu ? Bien sûr, comme le sacrifice du Christ Lui-même, l’offrande de notre vie garde son aspect crucifiant. Il s’agit toujours d’accomplir dans notre propre chair ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ. Mais saint Paul y trouvait sa joie ! »

 

Frères et sœurs, nous confions notre cher Mgr Georges Lagrange à la Miséricorde du Père. Il a vécu un long Avent, dans l’attente du Jour de la rencontre de son Sauveur. La couleur de l’Avent, c’est aussi la couleur des funérailles : la couleur du ciel avant l’aurore, pour les pèlerins que nous sommes, en marche vers la Lumière. Il n’aimait pas que les funérailles ressemblent à des canonisations. Il insistait en disant que, faute de prêcher sur les fins dernières, notre espérance chrétienne s’en trouvait affadie, et parfois pervertie. Il avait, comme l’a dit Saint Jean-Paul II du Curé d’Ars, la passion du salut des âmes. Et c’est pourquoi nous prions pour lui. Et c’est pourquoi nous prions pour nous. Tout en bénissant le Père de tout ce qu’Il a pu nous donner à travers son fidèle serviteur.

 

Obsèques Mgr LagrangeMgr Roland a béni le cercueil de Mgr Lagrange

 

 

Oui, « gloire au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint ! » Amen.

 

Abbé Michel-Jean Pillet

Diocèse de Belley-Ars

Obsèques Mgr Lagrange