Messe pour les vocations : De quels prêtres Dieu a-t-il besoin ?

 

Notes homélie de la messe pour les vocations, Ars, vendredi 3 août 2018

Lectures du Vendredi 17° semaine T.O. (Jérémie 26, 1-9 ; Ps 68 ; Mt 13, 54-58)

 

Il est courant d’affirmer que nous avons besoin de prêtres. Nous nous employons régulièrement à prier pour les vocations. Et nous avons raison de le faire, puisque Jésus lui-même nous commande de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Mais, de quels prêtres avons-nous véritablement besoin ? Et pour quoi faire ? Si nous manquons de prêtres, les raisons sont multiples et complexes, mais n’est-ce pas en partie parce que notre demande ne serait pas ajustée ? Sommes-nous vraiment disposés à accueillir des pasteurs selon le cœur de Dieu ? Ou cherchons-nous seulement à susciter des fonctionnaires du culte ?

 

La parole que Dieu nous adresse aujourd’hui nous enseigne que les ministres que Dieu désire nous donner sont des hommes dont le comportement doit être prophétique. C’est-à-dire des hommes qui parlent et agissent au nom de Dieu de manière libre et courageuse. Et non pas des prestataires d’un service religieux, se conformant simplement à une attente humaine.

 

Considérez plutôt ce qui se passe déjà du temps du roi Joakim, avec le prophète Jérémie. Le prophète est chargé de parler au nom du Seigneur. Cette mission se révèle ne pas être une situation confortable pour lui, car il doit prêcher la conversion et sa parole dérange ceux auxquels il s’adresse. Il doit se garder de la tentation de retrancher un mot de la Parole de Dieu, c’est-à-dire d’éliminer ce qui est exigeant. Cela va le situer en porte-à-faux vis-à-vis de ses frères. Il reçoit la délicate mission de mettre en garde le peuple de Dieu et annoncer qu’en l’absence de conversion, celui-ci court immanquablement à sa perte. Parce qu’il est au service de Dieu, qui veut la vérité et la vie, le prophète doit dénoncer courageusement les chemins de mort. Il doit annoncer que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se détourne de son péché et qu’il vive. Le prophète qui parle véritablement au nom de Dieu, doit inviter le Peuple de Dieu à l’écoute docile. Une écoute humble et obéissante. Une écoute qui n’est pas sélective pour n’écouter que ce qui lui plaît. Une écoute qui conduit à la vie véritable.

 

Le prophète authentique est donc un homme qui s’expose. Il ne craint pas de rencontrer l’opposition. Ainsi nous voyons comment Jérémie se trouve rapidement entouré par les ministres du culte, les faux prophètes et tout le peuple. On cherche à l’intimider pour le faire taire. On se saisit de lui et on le menace de mort. Il est certes plus facile de chercher à étouffer la Parole divine qui dérange, plutôt que de se reconnaître pécheur et d’entrer dans une démarche de conversion.

 

 

Dans l’Evangile, nous sommes également témoins de la résistance opposée à Jésus lorsqu’il vient enseigner les gens de Nazareth. Jésus, la Parole vivante du Père, annonce la Bonne Nouvelle. Les auditeurs de la synagogue de Nazareth sont frappés d’étonnement, lorsqu’ils l’entendent enseigner chez eux. Jésus n’a pas été investi de l’autorité institutionnelle des Docteurs de la Loi. Mais il parle et agit avec une autorité plus grande. C’est l’autorité même du Père.

 

Cela provoque un choc. D’un côté les gens ont en face d’eux quelqu’un qu’ils connaissent bien. Ils l’ont identifié dans ses racines humaines comme étant le fils de Marie et le fils du charpentier. Ils connaissent bien sa famille, ses frères et sœurs, au sens oriental du terme de parenté proche, de cousins et cousines. Et, d’un autre côté, ils voient Jésus parler et agir de manière surprenante. Ils constatent en lui l’expression d’une sagesse qui est manifestement d’origine divine. Ils voient se réaliser des miracles qui sont incontestablement une intervention divine. Ils ne peuvent donc pas ne pas reconnaître l’œuvre de Dieu qui s’accomplit dans l’humanité de Jésus, par la puissance de l’Esprit Saint.

 

Mais ils opposent une farouche résistance à l’évidence. Ils renâclent à s’incliner et à reconnaître humblement que Dieu a choisi de se révéler d’une manière bien différente de celle qu’ils ont imaginée. Et c’est finalement la mauvaise foi qui l’emporte : le refus de se convertir conduit à un mépris et un rejet de Jésus. Nous n’ignorons pas à quoi cela aboutira. Finalement, Jésus sera condamné à mort et crucifié comme un malfaiteur.

 

Face à la résistance, Jésus aurait pu laisser les hommes à eux-mêmes. Il aurait pu chercher à préserver sa vie et échapper à la mort violente. Mais l’amour va jusqu’au bout ! A aucun moment Jésus ne renonce à la mission confiée par le Père. A aucun moment il n’abandonne les hommes à leur péché, ni à leur chemin de mort.

 

 

Alors, revenons à la question des vocations ! De quels prêtres Dieu a-t-il besoin ? Qu’est-ce que des prêtres selon le cœur de Dieu ? Qu’est-ce que des prêtres à l’image du Christ Bon Pasteur ? Quels sont les ministres ordonnés que Dieu veut pour son peuple aujourd’hui ? Dieu ne veut pas pour nous de fonctionnaires du culte, à la manière ancienne ! Il n’a pas besoin de ministres entretenant des rites figés et rassurants qui dispensent l’homme de conversion personnelle et collective.

 

Il veut des prophètes, des hommes audacieux et courageux, ne craignant pas de bousculer le Peuple de Dieu en exposant leur propre vie ! Le Seigneur a besoin de prêtres qui soient d’abord des disciples-missionnaires. Des hommes qui se reconnaissent pécheurs pardonnés et consentent humblement à un perpétuel processus de conversion. Il veut des hommes qui soient d’abord des compagnons intimes de Jésus et qui engagent leur propre vie dans le mystère pascal, avec lui, le Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis.

 

Il veut des disciples qui soient des serviteurs avec le Christ serviteur. Des hommes qui fuient les honneurs et les vanités de ce monde, et que l’on voie se mettre effectivement au service des plus pauvres, comme le Christ qui lave les pieds de ses apôtres. Il veut des hommes qui soient fidèles à l’enseignement biblique, à la Tradition vivante, dans l’obéissance au Magistère actuel ; et de loyaux coopérateurs des évêques autour du Pape François, dans la confiance filiale. Il veut des hommes qui servent ardemment la communion ecclésiale et fuient comme la peste tous les mouvements qui dispersent les brebis en faisant le jeu du Malin. Bref, il veut des saints ! Il veut la perfection de l’amour ! Des hommes qui prennent l’Evangile au sérieux, qui décident de suivre le Christ et de le préférer à tout.

 

Ici, à Ars, n’oublions pas que saint Jean-Marie Vianney a vu éclore et mûrir sa vocation, d’une part, au sein d’une authentique famille chrétienne, où il a appris à aimer et servir Dieu et les pauvres ; d’autre part, en voyant des prêtres réfractaires zélés exercer leur ministère au péril de leur vie, par amour des fidèles qui leur étaient confiés. N’oublions pas non plus que, par obéissance, le saint curé d’Ars a renoncé à la vie contemplative en solitude pour assumer jusqu’au bout le ministère pastoral qui lui a été confié. Enfin, ne perdons pas de vue que c’est d’abord par l’exemplarité de sa vie que saint Jean-Marie Vianney a touché le cœur de ses ouailles et les a entraînées avec lui dans un mouvement de conversion évangélique.

 

Alors, par l’intercession du saint Curé d’Ars, demandons au Seigneur les vocations dont nous avons réellement besoin. Demandons des hommes qui mènent une vie prophétique. Des hommes qui nous entraînent à la conversion profonde et permanente. Des hommes qui nous bousculeront constamment, pour que tous les baptisés exercent leur mission prophétique dans le monde !

 

+ Pascal ROLAND