Les diacres, configurés au Christ serviteur

 

Article revue Diaconat Novembre 2018. Rubrique « Parole d’évêque »

 

Lorsque j’ordonne diacres des jeunes hommes destinés à devenir prêtres, je les invite fréquemment à s’interroger sur le fait qu’ils ne sont pas immédiatement ordonnés prêtres. Leur ordination diaconale serait-elle une phase transitoire destinée à être oubliée, une fois ordonnés prêtres ?

 

Je regrette l’usage qui consiste, faute de mieux, à dénommer diacres permanents les hommes qui ne sont pas appelés à devenir prêtres. Ce qualificatif de permanent n’est-il pas ambigu ? Ne pourrait-il pas laisser penser en effet que les hommes ordonnés diacres en vue du presbytérat seraient des diacres temporaires ?

 

En fait, si les futurs prêtres doivent commencer non seulement par être ordonnés diacres, mais aussi attendre au moins six mois, selon les normes du droit canonique, avant de pouvoir être ordonnés prêtres, c’est tout simplement parce que ce premier degré du sacrement de l’ordre, le diaconat, constitue le fondement du presbytérat et de l’épiscopat.

 

J’en prends pour témoignage que, selon un usage reçu de l’Antiquité, le cérémonial des évêques prévoit que, lors des célébrations liturgiques solennelles, l’évêque puisse porter sous la chasuble le vêtement liturgique propre du diacre, la dalmatique. De son côté, le concile Vatican II enseigne, à propos du ministère des évêques : « Cette charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Ecriture, il est appelé expressément diakonia ou ministère ».

 

La base du ministère ordonné est donc le service. Autrement dit, il n’est pas possible de devenir prêtre ni évêque sans commencer par se laisser configurer au Christ Serviteur ! Devenir prêtre ou évêque, suppose d’être d’abord identifié au Christ Serviteur, qui prend la dernière place, celle de l’esclave, pour laver les pieds de ses disciples, avant de livrer sa personne jusqu’à la mort en versant son sang sur la croix.

 

Nous n’intégrons pas suffisamment que les prêtres et les évêques demeurent diacres. Si on le faisait davantage, on ne serait certainement pas tenté de considérer les diacres comme des super-sacristains. Si l’on valorisait le diaconat pour lui-même, comme présence sacramentelle du Christ Serviteur parmi nous, il me semble que nous éviterions bien des situations conflictuelles entre diacres et prêtres.  

 

Nous le savons, il est nécessaire d’entretenir le don reçu, ce qui exige une conversion permanente. Car le vieil homme est là, qui reprend vite le dessus et aspire à des honneurs et à du confort matériel… alors que nous sommes appelés, d’une part à un dépouillement qui nous rapproche toujours davantage du Christ ; d’autre part à une proximité avec les personnes les plus fragiles, en qui nous avons à reconnaître la présence du Christ.

 

Aussi j’estime que les diacres dits permanents ont une mission particulière à exercer vis-à-vis des autres ministres ordonnés, prêtres et évêques. Ils doivent constamment rappeler à ces derniers que l’épiscopat et le presbytérat ne représentent pas une promotion humaine et que ceux qui ont reçu cette charge doivent être conscients d’avoir reçu la mission d’agir au nom du Bon Pasteur qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28).

 

Evêques et prêtres sont les intendants des mystères de Dieu par l’annonce de la Parole, par l’eucharistie et les autres célébrations liturgiques et ils doivent accomplir ce ministère avec désintéressement et charité, comme le rappelle la rénovation des promesses sacerdotales au cours de la messe chrismale. Celui qui n’a pas une âme de serviteur ne saurait être un bon pasteur ! Je vous renvoie aux exhortations répétées du pape François et à ses nombreuses mises en garde contre les tentations qui guettent quotidiennement évêques et prêtres.

 

Ainsi, dans l’exhortation apostolique sur la Joie de l’Evangile, le pape écrit-il : « Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, mais la grande dignité vient du Baptême, qui est accessible à tous. La configuration du prêtre au Christ-Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce –  n’entraîne pas une exaltation qui le place en haut de tout le reste. Dans l’Eglise, les fonctions ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres ».

 

Bien sûr, les diacres ont vocation à signifier, non seulement aux autres ministres ordonnés, mais également à tous les baptisés, qu’ils sont membres d’un peuple de serviteurs, où chacun apporte aux autres le bénéfice de ses propres dons et où tous ensemble sont envoyés au service de l’évangélisation, chacun selon la grâce reçue.  

 

Dès lors, nous voyons bien que c’est d’abord la manière d’être des diacres qui compte, avant la nature de la responsabilité particulière, susceptible de changer selon les temps et les lieux, en fonction des besoins. Ce n’est pas davantage leur nombre qui importe, mais avant tout la qualité significative de leur présence dans la communauté chrétienne et dans le milieu social. En fin de compte, on attend des diacres qu’ils se situent humblement comme de simples serviteurs estimant n’avoir fait que leur devoir  au service d’un dessein divin qui les précède et les dépasse.

 

Dans notre diocèse de Belley-Ars, il y a actuellement 13 diacres. Insérés dans des missions très variées, depuis le coaching jusqu’à la postulation d’une cause de béatification, en passant par la tutelle de l’Enseignement Catholique, l’aumônerie du centre pénitentiaire, le catéchuménat des adultes et la promotion de l’écologie intégrale, sans oublier la présence aux jeunes, aux personnes handicapées, aux familles dans le deuil et aux gens du voyage. J’espère d’eux qu’ils soient véritablement signes et encouragent chacun à s’unir plus étroitement au Christ Serviteur !

 

+ Pascal ROLAND

 

 

2018- diaconat aujourd’hui n°197