Servir pour faire connaître et louer Dieu

 

Homélie de Mgr Pascal Roland pour le dimanche des Rameaux et de la Passion à la co-cathédrale Notre-Dame de Bourg, 20 mars 2016

                                                                      

 

Dans l’évangile proclamé sur le parvis de l’église pour célébrer l’entrée de Jésus à Jérusalem, nous avons vu comment Jésus a préparé avec précision cette entrée. Il a envoyé deux de ses disciples chercher un ânon, avec cette consigne : Détachez-le et amenez-le ! A la question de ceux qui demandèrent : Pourquoi le détachez-vous ? Jésus fit simplement répondre : Parce que le Seigneur en a besoin.

 

Ce petit âne dont le Seigneur a besoin, c’est chacun d’entre nous ! Détachez-le ! ordonne Jésus. Comme cet âne est détaché, le Seigneur nous délivre de tous les liens qui nous tiennent prisonniers et nous rendent incapables de servir. Il fait de nous des êtres libres pour servir, car le service est notre vocation, comme le service est la destination de l’âne. Amenez-le ! ordonne encore Jésus. Jésus nous fait venir à lui. Nous ne venons pas spontanément à lui, mais sa rencontre passe par des intermédiaires, des témoins : des personnes nous parlent de lui, nous conduisent à lui, et nous le font rencontrer.

 

Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus. La rencontre de Jésus nous amène à nous mettre à sa disposition et à le servir pour modestement contribuer à son action au milieu des hommes. Avez-vous prêté attention à ce qui se passait ? Le petit âne porte Jésus au milieu de la foule. Et à mesure qu’il avance,  les gens  étendent leurs vêtements sur le chemin pour donner les honneurs à Jésus, l’accueillir comme on accueille un roi ! Toute la foule des disciples, remplie de joie, se met à louer Dieu à pleine voix, parce qu’en Jésus elle reconnaît que c’est Dieu qui la visite : Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur… Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !

 

Notre vocation est semblable à celle de ce petit âne : il s’agit pour chacun de nous d’être porteur de Jésus. Nous devons nous mettre à sa disposition pour le servir et le porter afin de l’introduire au milieu de nos frères. Notre vocation est de contribuer ainsi à ce que Dieu soit présent, soit reconnu, soit loué, partout où nous passons.

 

Certes, nous ressemblons à cet âne serviteur, mais nous sommes également du côté de la foule. Nous sommes aussi témoins et bénéficiaires de l’action de frères qui jouent pour nous le rôle du petit âne. Nous voyons en effet ceux qui ont été détachés de tout lien d’esclavage, qui ont fait l’expérience d’être délivrés par le Seigneur, libérés de tout ce qui les tenait captifs et les empêchait de donner le meilleur d’eux-mêmes ; qui se sont laissé plus ou moins docilement conduire à Jésus, qui se sont rendus disponibles pour le servir et qui nous le font connaître parce qu’ils le portent humblement au milieu de nous. Je pense particulièrement ici aux catéchumènes appelés à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne lors de la prochaine vigile pascale. Cette année ils sont une trentaine dans l’ensemble du diocèse.

 

Au passage, vous observerez que Jésus fait appel au service d’un âne et non pas à celui d’un cheval. Vous le savez, le cheval est un animal noble, tandis que l’âne est un animal commun. Le cheval est l’animal utilisé pour les parades, tandis que l’âne est une bête de somme. Le cheval est l’animal des guerriers, tandis que l’âne est l’animal des services domestiques quotidiens. Or pour se manifester, Jésus a recours à un animal modeste, parce qu’il est venu non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Marc 10, 45). Pour se manifester, Jésus a recours à un animal pacifique, parce qu’il est venu pour répandre la paix et non pour faire la guerre.

 

Ainsi fait-il appel à des personnes simples et modestes pour le porter au milieu des hommes. Saint Paul écrira un jour aux chrétiens de Corinthe : Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien ; parmi vous il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Et il conclut : Ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu (I Co, 1, 26-29).

 

Retenons que notre vocation est de nous laisser libérer et conduire à Jésus, et alors de le servir pour lui permettre de se faire connaître et amener les gens à louer Dieu.

 

 

Le récit de la Passion : Participer à la victoire du Christ sur la mort

 

Revenons maintenant brièvement sur le récit de la Passion de Jésus. Nous constatons que lorsqu’il est abandonné de tous et qu’il subit des outrages, lorsqu’il est maltraité et finalement conduit à la mort, Jésus ne laisse pas la haine monter dans son cœur, mais il demande à son Père : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. Jésus a décidé d’aimer jusqu’au bout et il est victorieux sur le mal et sur la mort, qui n’ont pas de prise sur lui. Il ne laisse pas le mal le séparer de ses frères humains. Il demeure solidaire de l’humanité jusqu’au bout.

 

Nous constatons également qu’au moment de rendre son dernier souffle, au moment où il semble complètement abandonné de Dieu, Jésus ne remet pas en cause sa confiance dans le Père. Il accomplit l’acte de confiance suprême en déclarant : Père, entre tes mains je remets mon esprit. Il a mis sa confiance inébranlable dans son Père, et rien, pas même la mort, ne peut le séparer du Père.

 

Aujourd’hui, en acclamant Jésus qui entre dans sa Passion, nous manifestons que cette entrée était annonciatrice de sa victoire. Nous célébrons le triomphe de celui qui a vaincu la mort,  le triomphe de celui qui a écrasé le péché et la haine ; le triomphe de celui qui règne par l’Amour. En brandissant des rameaux pour l’accueillir et l’acclamer, nous avons manifesté notre engagement à le suivre sur le chemin qu’il nous ouvre, le chemin de la liberté et de l’amour authentique.

 

En rentrant chez nous, nous allons accrocher ces rameaux verts sur les crucifix de nos maisons. Ainsi, chaque fois que nous reverrons ces rameaux, nous pourrons nous rappeler la victoire du Crucifié. Ainsi, nous pourrons nous rappeler notre acclamation de ce jour et notre engagement à suivre Jésus toujours et partout pour avoir pleinement part à sa victoire et connaître la vie éternelle avec lui. Ainsi nous nous souviendrons que nous nous sommes engagés à le servir et à le porter en ce monde, comme le petit âne qui l’a porté à Jérusalem, afin qu’il puisse rencontrer beaucoup de monde et que l’amour de Dieu se répande là où nous passons…

 

 

+ Pascal ROLAND