Voir le visage de Dieu et le faire découvrir

 

Au début d’une nouvelle année civile, il est coutume de formuler des vœux à son entourage. Ces souhaits sont souvent stéréotypés et parfois purement formels.

 

Fréquemment, en tous cas, ils apparaissent superficiels, tant ils ne visent que des objectifs à court terme. Quand elle nous adresse des souhaits, la Bible le fait d’une manière beaucoup plus riche, profonde, et concrète, ainsi que nous l’entendons dans la liturgie du 1° janvier : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! (livre des Nombres, 6, 24-26).

 

Relevons qu’il est par deux fois question de visage. La bénédiction biblique appelle une relation de visage à visage, de face à face avec Dieu. Donc une relation interpersonnelle avec le Dieu vivant, à qui nous demandons de faire descendre sur nous son amour miséricordieux et inépuisable. Notons aussi que le fruit de cette bénédiction, c’est la paix, non pas dans le sens d’existence tranquille et sans épreuve. Mais dans le sens de la sérénité intérieure de celui qui se sait profondément aimé en toutes circonstances.

 

Il faut préciser que le visage lumineux que Dieu tourne vers nous, c’est un visage bien concret : celui de Jésus. Car en son Fils Jésus, Dieu s’est fait homme pour nous rencontrer en vis-à-vis. Telle est en effet la Bonne Nouvelle de Noël !

 

Pour commencer, en voyant le visage de Jésus se tourner vers nous, nous prenons conscience que nous ne sommes pas des inconnus pour Dieu. Comme à Zachée, Jésus nous dit: Descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison (Luc 19, 5). Ou bien encore il se retourne vers nous comme vers André et Simon, pour nous demander : Que cherchez-vous ? et nous inviter : Venez et vous verrez ! (Jean 1, 38-39).

 

Nous apprécions la sollicitude de Dieu pour nous, lorsque Jésus s’adresse à nous pour nous enseigner patiemment, comme il le fait avec la foule de gens qui sont comme des brebis sans berger (Marc 6, 34-44). Nous goûtons la joie du Père qui nous rassemble et fait de nous une famille, lorsque Jésus parcourant du regard ceux qui sont assis en cercle autour de lui pour écouter son enseignement, déclare : Voici ma mère et mes frères (Marc 3, 34).

 

Nous expérimentons la compassion de Dieu pour nous, quand Jésus penche son visage sur nous, comme lorsqu’il le penche vers la belle-mère de Simon, la saisit par la main et la fait lever (Marc 1, 30-31). Et nous goûtons la tendresse de Dieu pour ses enfants, lorsque Jésus embrasse les petits enfants (Marc 10, 16) ou encore quand son visage plein d’amour se pose sur celui du jeune homme riche (Marc 10, 21). Mais nous éprouvons aussi la colère de Dieu contre nos péchés, quand Jésus promène sur nous un regard de colère, face à l’endurcissement du cœur (Marc 3, 5). Et nous sommes saisis par l’interpellation divine, lorsque Jésus nous regarde et nous interroge : Pour vous, qui suis-je ? (Marc 8, 29).

 

Enfin nous réalisons jusqu’où va l’amour de Dieu pour nous, lorsque nous contemplons le visage de Jésus dans sa passion : visage sur lequel on crache, que l’on voile et frappe de coups (Marc 14, 65) ; visage défiguré par la souffrance, rappelant le visage du Serviteur souffrant, qui est sans apparence ni beauté pour attirer nos regards (…), pareil à celui devant qui on se voile la face (Isaïe 53, 2-3). Et puis nous accueillons la victoire de Dieu sur le péché et sur la mort, et sommes nourris d’espérance, lorsque nous voyons Jésus ressuscité qui nous manifeste son visage transfiguré comme à Marie-Madeleine et aux apôtres (Mc 16, 9-14).

 

C’est tout cela, et infiniment bien plus encore, que nous entendons, lorsque résonne la formulation biblique de vœux : Que le Seigneur tourne vers toi son visage ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! Car, lorsque nous rencontrons le visage de Jésus qui se pose sur nous avec amour, nous voyons comme dans un miroir notre propre visage. Jésus nous révèle en effet à nous-mêmes, en même temps qu’il nous révèle le visage du Père. Il nous manifeste notre identité d’enfants de Dieu et nous entraîne à vivre dans sa ressemblance.

 

En regardant le visage de Jésus, l’Esprit Saint nous donne en effet de nous reconnaître héritiers, avec Jésus, de tout l’amour du Père, et nous entraîne à dire avec lui : Abba, Père !

 

Alors, je vous souhaite de vivre toute l’année 2015 sous la bénédiction divine, de voir le visage de Dieu qui se pose constamment sur vous avec amour, et de le faire découvrir aussi aux autres !

 

+ Pascal ROLAND

Mgr Roland