Suite aux attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris

Communiqué de Mgr Pascal Roland

 

Mgr Roland Deuil

 

Notre pays vient d’être touché par une série d’attentats violents commis dans la capitale. Ma première pensée va aux victimes innocentes : les morts et les blessés nombreux, les rescapés traumatisés ; ainsi que pour les familles brutalement endeuillées et profondément meurtries par ces actes d’une sauvagerie inouïe. Je prie pour eux tous, communiant profondément à leur drame, qui aurait pu être le mien.

 

A ce sentiment de profonde compassion pour ceux et celles qui ont été victimes d’une violence aveugle et barbare, se joint une pensée affligée pour les jeunes hommes auteurs de ces terribles attentats : comment ont-ils pu en venir à une telle perte d’humanité ? Ils sont victimes de manipulations idéologiques qui les ont entrainés dans le mal et l’absurdité. Je pense aussi avec inquiétude à tous ceux qui marchent sur leurs traces. Et, avec Jésus, je prie le Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).

 

Enfin je pense aux responsables politiques de notre pays, aux forces de sécurité et de secours qui ont la lourde responsabilité de gérer dans l’urgence la réponse à ces actes inqualifiables. Ils doivent faire face à quelque chose de difficile et être inspirés pour prendre les bonnes décisions. Je prie l’Esprit Saint de leur donner la sagesse et le discernement dont ils ont besoin pour servir le bien commun.

 

Je n’ai pas été vraiment surpris par ce qui s’est passé, car ces attentats étaient de l’ordre du prévisible. Nous pressentions que cela surviendrait inévitablement un jour ou l’autre chez nous comme ailleurs dans le monde. Personnellement j’y pense régulièrement chaque fois que j’emprunte les transports en commun, ou que je participe à des assemblées importantes. La présence de forces de sécurité dans les gares et autres lieux publics, nous rappelle quotidiennement que notre pays est en état de guerre et que nous sommes tous des victimes potentielles. Notre société essayait de se voiler la face, mais désormais nous voici obligés d’en prendre acte : l’Etat Islamique nous a déclaré la guerre depuis un certain temps et ce dont nous venons d’être victimes est bel et bien un acte de guerre.

 

Le ressort de cette guerre d’une forme nouvelle, c’est la terreur. L’ennemi veut impressionner les populations par des actes spectaculaires qu’il met en valeur grâce aux nouveaux moyens de communication. Il entend frapper les imaginations par des actions particulièrement barbares, terroriser ainsi les populations et les mettre à sa botte en les paralysant de peur.

 

Voilà pourquoi nous devons dépasser l’émotion première, prendre du recul et conserver notre sang froid. Les leçons de l’histoire nous enseignent que tout régime totalitaire tombe un jour ou l’autre. La violence est en fin de compte un aveu de faiblesse. Lorsque les populations n’adhèrent pas à une idéologie et ne font pas confiance à l’autorité politique en place, celle-ci peut parvenir à imposer sa loi inique par la violence pendant un certain temps, mais cela ne saurait durer indéfiniment.

 

Quelle arme pouvons-nous brandir face à un tel ennemi ? Tout d’abord, nous devons faire preuve de liberté intérieure en refusant de nous laisser impressionner. Nous devons résister avec la force de l’esprit, comme nous l’ont montré tous ceux qui ont résisté au nazisme et au marxisme. Nous devons refuser de céder à la peur. « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ! », recommande Jésus (Mt 10, 28).

 

Ensuite nous devons faire preuve d’unité et veiller à ne pas faire le jeu de l’ennemi qui cherche à diviser pour mieux régner. Ainsi nous ne devons pas nous laisser aller à suspecter systématiquement tous nos concitoyens de culture musulmane. Pour la majeure partie ils n’adhèrent pas à cette volonté hégémonique de l’Etat Islamique et sont victimes de pressions inacceptables dans un pays de droit. Ils ont besoin de notre soutien pour oser poser des actes libres. D’ailleurs n’oublions pas que des populations musulmanes sont les premières victimes de l’Etat Islamique, comme nous le montre l’actualité des attentats perpétrés dans d’autres pays du monde.

 

Nous gardant d’analyses simplistes, il est de notre devoir de réfléchir et de faire réfléchir[1]. Demandons-nous ce que voulons défendre au juste : qu’est-ce qui a fait notre civilisation et que nous sommes nous-mêmes en train d’abandonner en adoptant des lois contraires à la dignité inaliénable de la personne humaine ? Qu’est-ce qui a façonné l’Europe et qui la rend aussi attractive pour beaucoup de personnes d’autres continents ? Qu’est-ce qui en a fait la patrie des droits de l’homme ? Ne faudrait-il pas prendre davantage conscience de notre riche patrimoine spirituel et culturel, résultante de l’hellénisme, du droit romain et du christianisme ? Sommes-nous assez fiers de notre héritage commun pour le promouvoir au lieu de le brader ? Sommes-nous suffisamment avertis de tout ce que nous devons à nos racines chrétiennes ?

 

En fin de compte, nous devons entendre un appel à la conversion. Pour ce faire, je vous invite à relire l’évangile du jour des attentats (Luc 17, 26-36). Nous nous trouvons dans une situation semblable à celle des jours de Noé et de Loth, où « on mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari ; on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ». Comme alors, on vit dans l’insouciance, on s’installe dans une félicité terrestre à court terme, on consomme et on fait confiance à l’économique, en s’imaginant en sécurité. Lorsque la mort survient et instaure une rupture brutale, nous voici soudainement interrogés sur le sens de toutes ces activités.

 

Dans cette situation éprouvante retentit la Bonne Nouvelle : « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ! » (Luc 21, 28).C’est précisément à ce moment là que survient le Christ, l’Innocent par excellence, celui qui a pris sur lui toute la violence de l’humanité, afin de nous en délivrer. Il nous invite à emprunter avec lui le chemin des Béatitudes (Mt 5, 3-12) pour vivre la réalité de l’amour. Mais il y a un choix à opérer. Ceux qui pourront entendre ce langage entreront avec lui dans la vie éternelle. Les autres seront abandonnés à la réalité de la mort, tout simplement parce qu’ils se cramponneront à de seuls espoirs terrestres et à des biens qui passent. Jésus nous met en garde : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera » (Luc 17, 33).

 

Ne laissons ni la peur, ni la haine s’enraciner dans nos cœurs ! Prions et soyons des artisans de paix ! Soyons vainqueurs du mal par le bien !

 

† Pascal ROLAND

 

[1] Au passage, je vous conseille la lecture du récent livre de Marc FROMAGER (directeur de l’œuvre Aide à l’Eglise en Détresse, AED) : « Guerres, pétrole et radicalisme – Les chrétiens d’Orient pris en étau) », publié cet été, aux éditions Salvator. Il rappelle l’histoire et analyse avec lucidité et compétence ce qui se passe au Moyen-Orient. Il met à jour les enjeux inavoués et les motifs de l’ingérence occidentale : pétrole et gaz, vente d’armes…