Message de Noël de Mgr Roland

 

Noel Crèche

 

Nous vivons actuellement dans un contexte particulièrement difficile qui génère fréquemment des peurs, des angoisses et des réflexes de repli sur soi. Chacun est nécessairement marqué par les actes de guerre perpétrés à Paris par l’Etat Islamique, la recherche laborieuse d’accords par les gouvernants pour lutter efficacement contre le réchauffement de la planète, les  graves déséquilibres mondiaux et les déplacements massifs de populations qu’ils engendrent, le climat délétère des récentes élections régionales, les problèmes sociaux, économiques et moraux qui envahissent le quotidien…

 

Si ce contexte est lourd, c’est bien parce que derrière tous ces problèmes certes inquiétants se profile une réalité très concrète que nous voulons nous cacher dans une société avant tout préoccupée de progrès et de bien-être individuel : nous sommes tous des êtres mortels ! Soudainement nous réalisons avec force que nous sommes chacun la victime potentielle d’un attentat meurtrier ; que demain notre vie sera peut-être menacée par la pollution de l’air ainsi que par le manque d’eau et de nourriture ; qu’après-demain notre habitation est susceptible de disparaître sous des pluies diluviennes… Bref, nous prenons conscience que la vie est fragile et que la mort est à notre porte. Mais nous ignorons comment gérer cette perspective, en raison du dramatique manque spirituel de notre société. Alors nous voici brutalement interrogés sur le sens de tout ce que nous faisons. Notre existence serait-elle absurde ?

 

Or c’est précisément dans cette situation fort ténébreuse et qui pourrait faire douter de l’avenir de l’humanité, que vient retentir la Bonne Nouvelle de Noël ! Dans la nuit de Noël, sera en effet proclamée cette annonce du prophète Isaïe : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Paradoxalement cette grande lumière qui provoque la dissipation des ténèbres est humble, discrète et toute ordinaire en apparence, puisqu’il s’agit simplement  d’un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, comme nous le révélera l’évangile de la nuit sainte. Nous constatons que lorsque Dieu se manifeste, il n’intervient pas de manière violente ni tonitruante, mais dans la fragilité d’un nourrisson. Jésus, celui que la Bible nomme le Prince de la Paix et identifie comme le Dieu-fort, vient écraser les forces de mort en se faisant petit enfant et en livrant sa vie sur la croix !

 

Pourtant cet être on ne peut plus vulnérable dérange bien du monde, puisqu’il est même des esprits chagrins qui prétendent faire disparaitre les crèches et les croix de l’espace public ! Pourquoi cet enfant innocent dérange-t-il ? Serait-il dangereux ? Faut-il le craindre ? Oui, il vient remettre en cause et contester les idoles du pouvoir et de l’avoir, parce qu’il nous révèle qu’une seule réalité est éternelle, à savoir l’amour qui se donne. La consommation ne satisfait pas l’homme dont le cœur est fait pour autre chose que des biens consommables. L’exercice du pouvoir n’a qu’un temps. Mais l’amour ne passera jamais !

 

Il y a plus de 2.000 ans, à Bethléem, l’événement de Noël n’a pas fait grand bruit et n’a mobilisé que quelques bergers. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens se réuniront, feront la fête, s’agiteront de bien des manières. Mais peu prendront le temps de se rendre à l’Eglise pour rendre hommage à Celui qui vient. Au cœur de la nuit de Noël, seuls ceux qui, comme les bergers, ont une âme d’enfant et un cœur ouvert sont capables de reconnaître que c’est Dieu qui est humblement présent au milieu de nous, couché là, dans la mangeoire, entre l’âne et le bœuf. Découvrant combien Dieu est proche d’eux, compatissant, les rejoignant dans leurs diverses pauvretés, ils s’émerveillent, se prosternent, adorent et chantent les louanges de Dieu, à l’unisson avec les anges qui proclament Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime.

 

Si le pape François a instauré un jubilé exceptionnel de la Miséricorde, c’est parce que nous avons tous besoin d’accueillir la Miséricorde divine, de nous en imprégner toujours davantage et de la répandre sur le monde qui souffre. Elle seule peut rompre et briser définitivement le cercle infernal de la violence et de la mort. Ne laissez pas la peur vous dominer ! Accueillez donc Jésus et soyez avec lui des artisans de paix, vainqueurs du mal par l’amour qui se donne sans compter ! Là réside la grandeur et la dignité de notre humanité !

 

+ Pascal ROLAND