Journée de jeûne et de prière pour les chrétiens d’Orient

Vendredi 20 mars 2015 Co-Cathédrale ND de Bourg

Lectures de la 4° semaine de carême (Sagesse 2, 1a + 12-22 ; Ps 33 ; Jean 7, 1-2,10,14,25-30)

 

Mgr Roland

 

Journée de jeûne et de prière pour les chrétiens d’Orient

 

Alors que la tragédie des chrétiens d’Orient ne cesse d’apporter chaque jour son lot de mauvaises nouvelles, tous les évêques de la Province de Lyon ont invité leurs diocésains à intensifier le jeûne et la prière, pour manifester à nos frères qu’ils ne sont pas oubliés ; pour attirer l’attention des responsables politiques et des médias sur leur situation profondément inique ; pour demander à Dieu avec ferveur l’avènement de la paix.

 

Dans ces circonstances, en ce vendredi de carême, la Parole de Dieu que nous venons d’entendre (comme partout ailleurs ; elle n’a pas été choisie spécialement !) attire notre regard vers un point focal qui est la personne de Jésus. Non seulement c’est lui qui est au centre de la scène évangélique ; mais en entendant le livre de la Sagesse nous décrire la situation du juste persécuté, nous n’avons pas pu ne pas reconnaître la figure du Christ lui-même !

 

Le sentiment qui domine à l’écoute de ce que nous venons d’entendre, c’est celui de la désapprobation et de la révolte face à une injustice flagrante qui touche un innocent, d’autant plus que celui-ci est le Fils de Dieu ! Nous compatissons avec celui qui est malmené et entraîné vers la mort. Et nous cherchons à comprendre ce qui se passe. Nous sommes témoins d’une violence sourde. Nous voyons surgir une menace croissante à l’égard de Jésus. Les chefs des juifs cherchent à le faire mourir.

 

Mais ce qui frappe immédiatement, dans cette odieuse situation, c’est la paix profonde qui émane de la personne de Jésus, ainsi que la grande liberté dont il fait preuve face à ses adversaires. On perçoit nettement que la violence, la haine, la menace de mort n’ont pas d’emprise sur lui. Il est évident qu’il y a quelque chose de plus fort, que les ennemis de Jésus ne peuvent ni atteindre ni détruire. Quelle est donc le secret de cette incapacité des violents à déstabiliser Jésus ? Sinon son enracinement profond, savoir la relation intime et indestructible qui l’unit au Père.

 

On cherche à tuer Jésus. Il est obligé d’être discret dans ses déplacements. Il ne s’expose pas inutilement. En même temps, il ne renonce pas à participer à la fête des Tentes. Il parle ouvertement, dans le temple, car il n’a rien à cacher.

 

La question débattue à son sujet est celle de son identité : est-il, oui ou non, le Christ, le Sauveur envoyé par Dieu ? D’une certaine façon, on sait bien qui il est : on le connaît dans ce qui fait son humanité concrète. Son origine est connue de tous : il est le fils de Marie et de Joseph, le charpentier. On connaît sa parenté. C’est quelqu’un de proche et d’identifiable.

 

Et pourtant, on perçoit bien qu’il y a quelque chose d’autre. Car Jésus enseigne avec autorité. Il chasse les esprits mauvais et guérit les malades. Or ce sont là, typiquement, les signes messianiques annoncés par les Prophètes. Et puis, dans ses propos, et pour justifier ses actions, Jésus revendique d’être l’Envoyé de Dieu, dont il prétend être l’intime ; et, de plus, il ose le nommer son Père. Constamment Jésus manifeste qu’il n’est pas venu de lui-même, mais qu’il accomplit une mission divine.

 

Ce Jésus de Nazareth n’est donc pas qu’un simple humain. Il n’est ni un maître spirituel hors du commun, ni un leader politique. Mais en sa personne, c’est Dieu lui-même qui vient visiter son peuple.

 

Sa seule présence irrite, parce qu’elle remet beaucoup de choses en question. Elle pose des questions qu’on préférerait ne pas entendre. Ainsi Jésus remet-il en cause l’a priori qu’on se fait de Dieu, et la manière dont on conçoit et organise la religion.

 

Dans son humanité, Jésus est le Juste par excellence, c’est-à-dire celui qui est parfaitement accordé à la volonté de Dieu ; il dérange profondément ceux au milieu desquels il vit. Le livre de la Sagesse nous rapporte le raisonnement de ceux qui s’irritent de sa présence et cherchent à s’en débarrasser : « Il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu… il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse… ». On ne tolère pas qu’il prétende connaître Dieu, ni qu’il se vante d’avoir Dieu pour Père.

 

Alors certains imaginent résoudre le problème en éliminant Jésus, purement et simplement ! C’est à ce prix que les chefs des juifs pensent trouver leur tranquillité : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple » (Jn 18, 14), disent-ils. Leur manière de faire est aussi un véritable défi et une claire provocation, comme pour le juste du livre de la Sagesse : « Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience ». Souvenez-vous des invectives adressées à Jésus crucifié : « Sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix ! » (Mt 27, 40).

 

Voyez combien la Parole de Dieu est toujours d’une grande actualité ! Elle nous décrit précisément ce qui se passe pour les disciples du Christ aujourd’hui dans le monde. (Souvenons-nous que 80 % des personnes persécutées pour leur religion… sont des chrétiens !). En un certain sens, ceci est « normal », puisque l’Eglise est l’Epouse du Christ et celle-ci est unie au Christ dans sa passion, comme dans sa résurrection.

 

Les membres de l’Eglise, s’ils prennent l’Evangile au sérieux et suivent véritablement le Christ s’exposent à connaître les mêmes humiliations, à subir les mêmes injustices et à être victimes des mêmes violences, car Jésus prévient : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15, 20).

 

Les athées militants avaient prédit la disparition des religions, qu’ils jugent dépassées et relevant d’un autre âge. Ils accusent les religions d’obscurantisme et de fanatisme. Et voici qu’aujourd’hui les religions ressurgissent de plus belle, démentant leur idéologie. Il est évident que ce démenti les insupporte au plus haut point. Aussi, dans certains pays, des chrétiens sont expulsés, menacés de mort, massacrés sauvagement. Dans d’autres pays, comme le nôtre, ils subissent une violence plus sournoise.

 

Soyons conscients que notre style de vie dérangera toujours, comme celui du juste décrit par la Sagesse : « Il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange… ». Ce style de vie, c’est par exemple le célibat consacré, la fidélité conjugale, le pardon inconditionnel, le partage des biens, la fidélité à la prière, le respect de la vie…

 

Voyez par exemple comment, régulièrement, on remet en cause le célibat consacré ! Comme cela est actuellement le cas dans des médias locaux, par une campagne bien orchestrée. Voyez ce qui se passe lorsque nous promouvons la défense inconditionnelle de la vie de toute personne humaine, depuis le sein maternel, en particulier l’accueil des enfants handicapés. Voyez ce qui se passe lorsque nous nous préoccupons de l’accompagnement des personnes en fin de vie, comme lorsque nous œuvrons pour le respect des détenus et des immigrés…

 

Nous ne devons pas nous laisser intimider par la violence verbale ou physique. Nous ne devons pas non plus nous laisser aller à souhaiter du mal à nos ennemis, car ce serait contraire à ce que nous commande Jésus : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 44-45). Nous ne devons pas répondre par des propos haineux. Nous ne devons pas faire de l’Evangile un combat politique contre des personnes.

 

Mais nous devons toujours suivre de plus près notre Bon Pasteur, lui qui a donné sa vie pour nous, pauvres pécheurs ! Avec lui, nous devons être témoins de l’amour authentique. Nous devons être témoins d’espérance. Nous devons manifester que l’amour est plus fort que la mort et que les puissances des ténèbres ont été définitivement vaincues par la croix du Christ !

 

+ Pascal ROLAND