Bonne nouvelle de la croix du Christ

Vendredi Saint 2015 à N-D de Bourg-en-Bresse Office de la Passion

Office Croix

C’est une évidence d’affirmer que la violence née du péché et les graves souffrances que celui-ci provoque sont omniprésentes dans le monde. En écoutant le récit de la Passion, vous avez d’ailleurs pu penser les uns et les autres à de multiples situations contemporaines que celle-ci évoque : arrestations arbitraires par des pouvoirs tyranniques, simulacres de procès et jugements iniques ; atteintes au respect des personnes, humiliations, maltraitances, intimidations ; trahisons et démissions politiques qui laissent condamner des innocents ; tortures, supplices et exécutions d’innocents…

 

Il suffit d’écouter la radio, de suivre les informations télévisées, de lire les nouvelles dans le journal, mais également d’être attentif à ce que vivent les gens du voisinage, pour être touché par le poids de souffrance qui habite notre humanité. Bien sûr, nous pensons plus particulièrement à nos frères chrétiens du Proche-Orient qui sont menacés dans leur existence, contraints de quitter précipitamment leur propre pays, pour sauver leur vie ; ceci en abandonnant tous leurs biens, et sans la certitude de pouvoir rentrer un jour chez eux.

 

L’homme contemporain est profondément impressionné par ces violences infernales dues au péché, d’autant plus que, d’une part, on est aujourd’hui malheureusement capable de réaliser le mal à grande échelle, et que, d’autre part, ce mal est largement médiatisé. Après les deux grandes guerres mondiales, les camps d’extermination nazis et le goulag soviétique ; après les bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki ; après les actes terroristes qui se multiplient un peu partout dans le monde. Mais aussi avec les avortements pratiqués massivement, dans l’indifférence quasi-totale, et avec la banalisation de l’euthanasie, sans compter l’angoisse de catastrophes écologiques… on peut parfois être pris de vertige et avoir le sentiment que la puissance des ténèbres l’emporte.

 

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Mais ce soir, en écoutant le récit de la Passion et en contemplant la crucifixion du Fils de Dieu, nous découvrons que Dieu n’est pas étranger à ces multiples drames de l’humanité. Dieu ne demeure pas à distance, ni en extériorité. Il ne nous abandonne pas à nos détresses, ni aux conséquences de notre péché, puisqu’il nous envoie son Fils unique Jésus, qui vient plonger au cœur de la situation où nous précipite le péché, au cœur même des ténèbres et du terrible silence de la mort. Dans la Passion, le Fils de Dieu, qui s’est fait homme, est arrivé au point de pénétrer lui-même dans une situation infernale. Il expérimente en effet la solitude extrême et absolue de l’homme, là où ne parvient plus aucun rayon d’amour, là où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort.

 

Tous autant que nous sommes, nous avons certainement déjà, à un moment ou l’autre, vécu une terrible sensation d’abandon. Nous pouvons aussi avoir expérimenté la peur de la mort.

 

Pourquoi avons-nous ainsi peur de la solitude et de la mort ? Tout simplement parce que, comme des enfants, nous craignons l’inconnu ; nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité et dans le silence de la mort. Il en va de nous comme des enfants qui se trouvent seuls dans le noir : il n’y a que la présence d’une personne aimante qui puisse nous rassurer !

Or voilà, c’est précisément ce qui arrive aujourd’hui ! Nous ne sommes plus seuls dans la détresse ni dans la mort ! Ce qui était inimaginable a eu lieu : « L’Amour a pénétré « dans les enfers » – confessait Benoît XVI en méditant devant le suaire de Turin – Dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer ; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie ».

 

De fait, le Christ, qui est l’amour en personne, a librement franchi la porte de la mort et est venu nous rejoindre au cœur du non-amour pour nous guider et nous apprendre à en sortir avec lui. N’est-ce pas là le ce qui fonde le plus grand motif d’espérance ? Tel est le profond mystère de la mort du Christ et voilà pourquoi nous continuons de proclamer cette mort chaque semaine dans la célébration eucharistique ! La mort du Fils de Dieu n’a pas été une mort subie, mais une mort librement offerte par amour, afin de sauver les hommes de leur enfermement. Dans cette mort est apparue la lumière d’une espérance nouvelle : la lumière de la Résurrection, la lumière de l’amour plus fort que la mort.

 

Si depuis plus de 2.000 ans des millions de personnes se tournent régulièrement vers la croix du Christ, et s’ils la vénèrent avec respect, comme nous allons le faire dans quelques instants, c’est parce que dans cette croix, instrument de supplice et de mort ignoble, ils ne voient pas d’abord l’obscurité, mais le jaillissement de la lumière. C’est parce qu’ils y reconnaissent non pas la puissance du mal ni l’échec, mais plutôt la victoire de la vie sur la mort, la victoire de l’amour sur la haine. Dans cette croix, nous voyons bien sûr la mort de Jésus, mais nous entrevoyons déjà sa Résurrection. Au sein de la mort bat à présent la vie, car l’amour y habite !

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Dans « l’Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l’homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également, nous discernons et accueillons la miséricorde de Dieu. Bref, dans cette croix, nous découvrons la Bonne Nouvelle pour le monde !

 

+ Pascal ROLAND