Le dévoilement de la Croix – Homélie du Vendredi Saint

Vendredi Saint 2014 , Cathédrale de Belley

 

 

 

Vous le savez, c’est la tradition, le Vendredi Saint,

les chrétiens ne célèbrent pas la messe.

Cette manière de faire nous confirme

que la messe est l’actualisation du sacrifice de la croix.

Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie,

celle-ci rend présent le sacrifice de la croix

c’est l’événement unique du vendredi saint qui est présent.

Dans l’Eucharistie nous est donné le mystère de la croix !

que nous célébrons d’une manière particulière en ce jour.

 

 

La liturgie de ce jour est en effet totalement originale.

Mais, à y regarder de près, le déroulement de la célébration du Vendredi Saint

se déroule selon un schéma qui est proche de celui de la messe

 

 

Pour l’office de la Passion, tel que nous le vivons, le déroulement est le suivant :

Nous avons commencé par une prière silencieuse, suivie d’une oraison,

Puis nous avons écouté la proclamation des Saintes Ecritures.

Après l’homélie, nous aurons une grande prière universelle d’intercession.

Viendra alors l’introduction de la Croix qui sera dévoilée

Suivra la vénération de cette Croix.

Après la prière commune du « Notre Père »

prendra place la procession de communion.

Après un temps de recueillement silencieux, nous rassemblerons nos prières

et la célébration prendre fin, mais sans le renvoi habituel.

 

 

Si vous avez bien prêté attention,

vous aurez pu remarquer qu’il y a une correspondance

entre la célébration de l’Office de la Passion et la célébration de l’Eucharistie.

La prière silencieuse du début de la messe correspond à l’acte pénitentiel

par lequel nous nous préparons à l’accueil du don de Dieu.

Dans tous les cas, il y a ensuite une oraison,

puis la proclamation de la Parole de Dieu

avec une lecture tirée de l’Ancien Testament,

la réponse d’un psaume et l’Evangile.

Dans tous les cas, vient alors une forme plus ou moins développée

de prière universelle.

C’est alors qu’intervient la différence majeure.

Dans un cas, nous avons l’introduction et le dévoilement de la Croix.

Dans l’autre cas, nous avons la prière eucharistique,

avec au centre, la consécration du pain et du vin

Dans un cas, il y a vénération de la croix,

dans l’autre il y a courte adoration du Christ qui se rend présent

Ensuite, nous retrouvons le Notre Père suivi de la communion

et la prière conclusive.

 

 

Je voudrais m’arrêter quelques instants

sur ce qui constitue la principale différence :

Le dévoilement de la Croix.
Messe chrismale 2012 Belley (23 ter)

 

Tout à l’heure, la Croix va être apportée en procession.

Elle sera alors voilée.

Mais, peu à peu, le dévoilement de la Croix

rendra présent à nos cœurs le mystère de la Passion du Christ.

 

 

Nous pouvons hasarder une analogie

avec ce qui se passe lors de la célébration de la messe.

Tandis que le dévoilement de la Croix nous découvre la mort salvatrice du Christ,

lors de la messe, la consécration fait bien davantage, en rendant sacramentellement présent

le don que le Christ nous fait de son corps et de son sang.

« Dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus continue de nous aimer jusqu’au bout,

jusqu’au don de son corps et de son sang. »[1]

dit Benoît XVI dans sa récente exhortation apostolique sur l’Eucharistie.

 

 

Il s’agit bien ici d’une simple analogie :

la Croix n’est pas la substance du Christ.

Mais dans un cas comme dans l’autre,

nous sommes placés devant la réalité de la mort en croix du Christ

par amour pour nous.

 

 

Le dévoilement de la Croix, pris dans le sens d’un enlèvement du voile,

et donc d’une révélation,

peut aussi être associé à la consécration eucharistique

dans le fait que, par la foi et dans la foi,

les croyants reçoivent du prêtre, qui consacre la pain et le vin,

cette révélation que ce que nous voyons n’est plus du pain et du vin,

mais bien le Corps et le Sang du Christ :

« Ceci est mon Corps… Ceci est mon Sang… »

 

 

Je souhaite m’arrêter à présent sur un deuxième élément original :

La vénération de la Croix.

 

 

Nous pourrions dire que cette vénération de la croix a pour pendant,

dans la célébration eucharistique,

la consécration et du corps et du sang du Christ.
celle-ci est marquée par l’élévation du corps et du sang, présentés à l’assemblée,

qui marque un court temps de silence et d’adoration.

Notons tout d’abord ce détail, qui est significatif

et qui nous incite à confirmer le rapprochement que je viens d’évoquer.

Dans l’édition latine du Missel, en effet,

l’antienne de l’adoration de la Croix, qui commence par ces mots : « Crucem tuam »

« Ta croix, Seigneur, nous la vénérons et ta sainte résurrection,

nous la chantons… »

possède la même composition musicale

que la réponse à l’acclamation qui suit la consécration, lors de la messe « Mysterium fidei« , et qui est : « Mortem tuam… »

« Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection,

nous attendons ta venue dans la gloire »

 

 

En vénérant la Croix, nous exprimons notre foi

dans le salut apporté par la mort du Christ.

Et lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous accueillons dans la même foi

« le pain de la vie et la coupe du salut »,

comme il est dit dans la prière eucharistique (PE 2).

 

 

Je voudrais terminer en réfléchissant avec vous sur le beau geste

que la plupart d’entre nous faisons pour vénérer la croix du Christ :

le baiser que le chrétien dépose sur les pieds du Crucifix.

C’est comme le baiser de l’Épouse à son Époux, crucifié par amour.

 

 

Chacun des membres de l’Église témoigne ainsi

sa foi et son amour reconnaissant pour le Christ.

Chacun des membres de l’Eglise Epouse du Christ

montre par là qu’il ratifie pleinement l’Alliance éternelle

fondée dans le Sang du Christ.

Il ouvre ainsi son cœur tout grand

et se rend réceptif au don de l’Esprit-Saint communiqué par le Christ Epoux.

Par la communion au Corps et au sang du Christ,

nous recevons l’Esprit Saint qui nous configure au Christ.

Ce qui nous permet d’affirmer avec Saint Paul :

« Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi.

Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu

qui m’aime et qui s’est livré pour moi. » (Ga. 2, 20)

 

 

+ Pascal ROLAND

 

 


[1] Benoît XVI, exhortation apostolique sur l’Eucharistie