Le sens de la Résurrection – Homélie de Pâques

Dimanche de Pâques 2014 , Cathédrale de Belley

 

 

Le Christ est ressuscité !

 

 

Telle est l’affirmation centrale de notre foi.

« Si le Christ n’est pas ressuscité, vide est notre message, vide aussi notre foi (…)

Si le Christ n’est pas ressuscité,

vaine est votre foi, vous êtes encore dans vos péchés (…)

Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ,

nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. »

déclare St Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Co 15, 14+17+19)

 

 

Cette affirmation essentielle est tout aussi difficile à entendre

aujourd’hui qu’hier !

Lorsque St Paul s’adresse aux Athéniens devant l’Aréopage

et leur parle de résurrection,

sa prédication tourne court très rapidement :

 » A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquaient, les autres disaient :

 nous t’entendrons là-dessus une autre fois ! » (Actes 17, 32)

 

 

Qu’est-ce donc que cette résurrection ?

Tout d’abord, il nous faut reconnaître que

personne n’est témoin de l’événement lui-même.

Parce que cela nous dépasse. C’est une réalité d’un autre ordre.

 

 

Mais il y a des signes qui nous sont rapportés par l’Evangile.

Le 1° signe, c’est celui que voit Marie-Madeleine au matin de Pâques :

 » Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. « 

Elle constate que le tombeau est vide.

 

 

A la question de savoir où se trouve le corps de Jésus,

on peut formuler comme 1° hypothèse rationnelle celle du vol.

C’est celle qu’énonce spontanément Marie Madeleine,

lorsqu’elle vient rendre compte de l’événement aux disciples :

 » On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

C’est d’ailleurs cette explication que développeront

et entretiendront les autorités juives :

l’évangéliste St Matthieu  (Mt 28, 12-13) nous rapporte que les grands prêtres

« après s’être assemblés avec les anciens  et avoir tenu conseil,

donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, avec cette consigne :

vous direz ceci : ses disciples sont venus de nuit

et l’ont dérobé pendant que nous dormions. »

 

 

Le 2° signe, c’est celui que découvrent Pierre et Jean en entrant dans le tombeau :

 » (Pierre) entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là,

et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul,

mais roulé à part, à sa place. »

Le linceul et le suaire demeurent donc dans le tombeau vide.

Cette situation est tout autre que celle de la résurrection de Lazare.

L’évangéliste rapporte en effet que, lorsque Jésus ressuscite Lazare, celui-ci sort

« les pieds et les mains liés de bandelettes

et son visage était enveloppé d’un suaire  » (Jn 11, 44a)

 

 

Autrement dit, il existe une différence radicale

entre la résurrection de  Jésus et celle de Lazare.

Alors qu’il y a des témoins pour Lazare, il n’y en a pas pour Jésus

Alors que Lazare demeure enveloppé dans les linges mortuaires,

Jésus est libéré de ses linges qui restent sur place.

La mort n’a pas retenu Jésus prisonnier

Lazare est toujours habillé des linges de la mort.

Ceux ci manifestent qu’il demeure dans la condition mortelle.

 

 

En fin de compte, pour Lazare, il s’agit de la réanimation de son cadavre.

Son corps est revenu à un état antérieur, mais il connaîtra à nouveau la mort.

Alors que pour Jésus, il y a entrée dans un autre mode d’existence et de relation.

Son corps humain est assumé par l’Esprit Saint, qui l’introduit dans la sphère divine.

Jésus ne revient pas vers nous. Mais il nous entraîne ailleurs, au-delà.

 

 

L’évangile nous rapporte de Jean

qu’à la simple découverte de l’absence du corps de Jésus

et au constat de la présence des linges mortuaires,  « il vit et il crut« .

Cela signifie que celui qui est dans l’amour comprend.

Il voit avec les yeux de la foi.

Son cœur se souvient et fait le lien avec tout ce qu’il a reçu jusqu’ici :

 » Jusque là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture,

 il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

 

 

Il convient de nous demander

quel est le sens de cet événement de la Résurrection :

qu’est-ce que cela veut dire que Jésus est ressuscité

et qu’est-ce que cela change à notre existence humaine ?

 

 

D’abord la résurrection atteste la divinité de Jésus :

Jésus est bien celui qu’il a prétendu être par ses paroles et ses actions :

il est le Fils de Dieu.

Il est le Maître et le Seigneur, car la mort n’a pas de pouvoir sur lui.

 » Dieu l’a choisi comme juge des vivants et des morts. » (Actes)

 

 

Ensuite, la résurrection atteste que nous sommes sauvés.

Jésus est bien le Messie Sauveur.

Jésus a connu notre mort,  » Vous êtes morts avec le Christ. » (Paul aux Colossiens)

pour que nous, nous participions à sa résurrection.

 » Vous êtes ressuscités avec le Christ. » (Paul aux Colossiens)

Sa résurrection est le gage de notre propre résurrection.

Jésus a pris notre place,  celle du condamné, pour que nous soyons sauvés.

Il nous libère véritablement de l’emprise de la mort.

 » Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon des péchés » (Actes)

 

 

Jésus est vivant : nous pouvons entrer  en relation personnelle avec lui

Jésus n’est pas une figure du passé.

Il n’est pas un simple modèle historique, auquel on pourrait faire référence.

Il est notre contemporain, notre Maître et notre frère, aujourd’hui.

Il vient nouer une relation intime avec chacun de nous, aujourd’hui.

Et le don qu’il a fait de lui-même sur la croix est présent pour nous

(c’est ce que signifie le fait que ses plaies soient toujours visibles

quand il ressuscite)

La résurrection renouvelle notre vie

Avec le Christ ressuscité, notre humanité est entrée dans un ordre nouveau.

La création est renouvelée (c’est pourquoi le Dimanche est le 1° jour de la semaine)

Nous sommes « morts avec le Christ »

Le vieil homme pécheur et enfermé dans le péché est mort avec le Christ.

Nous sommes « ressuscités avec le Christ »

Nous ne sommes pas seulement pardonnés des fautes passées,

mais véritablement renouvelés par le don de l’Esprit Saint

Nous sommes des créatures nouvelles,

des enfants adoptifs, participants à la divinité de Jésus.

Cet état de fait doit nous conduire

à considérer tout autrement notre condition humaine

 » Recherchez donc les réalités d’en-haut (…)

Tendez vers les réalités d’en-haut « ,

nous recommande l’apôtre Paul.

Nous devons vivre selon notre condition nouvelle.

Nous devons rechercher tout ce qui nous élève,

tout ce qui nous fait vivre en ressuscités

C’est-à-dire que nous ne devons pas nous dérober,

mais devons emprunter le chemin de la croix quand il s’offre à nous.

parce que c’est le chemin de l’Amour véritable,

le chemin de la vie éternelle.

 

 

+ Pascal ROLAND