La famille, berceau de l’amour

Rassemblement diocésain « Familles en fête »                               Bourg, 5 octobre 2014

Vous le savez, quand on évoque le bonheur, la 1ère aspiration des français, c’est la famille. Ceci est compréhensible, parce qu’elle est normalement le berceau de l’amour. Normalement, l’homme vient au monde à l’intérieur d’une famille. Celle-ci est en effet le premier lieu, la première cellule sociale, où habituellement l’être humain apprend à vivre en communion avec d’autres.

« La famille reçoit la mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour… L’homme ne peut pas vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible, sa vie est privée de sens, s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement » (Jean-Paul II, encyclique Redemptor hominis, 1979).

Pourtant la famille est en même temps en souffrance. Il faut regarder la réalité en face, sans pour autant sombrer dans le pessimisme. Nous ne pouvons pas ignorer les graves blessures qui atteignent la famille. On y retrouve les carences, les faillites, les drames de notre humanité blessée par le péché. Certains semblent même viser la désagrégation de la famille. En tous cas, il est clair qu’un certain nombre de lois et d’orientations mises en œuvre dans nos sociétés occidentales ne vont pas dans le sens de la famille et ne servent donc pas l’avenir de la société.

Dans ce contexte, la vocation des familles chrétiennes n’est ni de défendre des intérêts particuliers, ni de céder à la tentation de constituer un monde à part, mais de servir le bien commun de la société en proposant fidèlement les repères concrets qui permettent de construire ce que le, pape Jean-Paul II nommait la civilisation de l’amour. Il s’agit de manifester que l’amour est possible, lorsqu’il est relié à sa source. L’amour est en effet possible lorsqu’il plonge ses racines dans le mystère de l’alliance de Dieu avec l’homme en Jésus-Christ. Car « le modèle originel de la famille doit être cherché en Dieu même, dans le mystère trinitaire de sa vie » (Jean-Paul II, Lettre aux familles, 1994, n° 6). Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu Trinité, nous venons de l’amour et nous sommes faits pour l’amour.

Et puis n’oubliez pas que lorsqu’il se fait l’un d’entre nous, le Fils de Dieu lui-même advient au cœur d’une famille. Ce faisant, il s’unit alors en quelque sorte à toute famille humaine. Je vous invite à considérer comment vit la sainte famille de Nazareth. Car celle-ci constitue un modèle et un exemple, non seulement pour toute famille, au sens strict du terme, mais également pour toute famille au sens plus large : communauté religieuse, communauté paroissiale, Eglise diocésaine…

Gardons-nous de porter un simple regard sentimental et d’idéaliser la vie de la sainte famille, mais considérons concrètement ce qui s’y passe : Marie, Joseph et Jésus n’échappent pas à la condition commune, et Jésus entre dans un monde de violence. Sans compter le fait qu’au moment de la naissance de Jésus Marie et Joseph ne reçoivent pas de place dans la salle commune, l’enfant n’est pas sitôt né que la violence meurtrière fait irruption : la sainte famille est contrainte à la fuite en Egypte pour échapper à la folie meurtrière du roi Hérode le Grand, avide de pouvoir.

Cela nous renvoie aux multiples menaces qui planent sur les enfants aujourd’hui. Depuis les guerres et tout leur cortège de maux : famines, épidémies… Les déplacements de populations menacées par les terroristes. Sans oublier l’avortement qui fait des enfants les victimes innocentes de l’égoïsme des adultes. Les maltraitances, les violences sexuelles, le manque affectif lors de divorce, le manque de points de repère éducatifs…

Si nous observons maintenant le comportement des membres de la sainte famille, nous trouvons quelques points de repère pour réussir la vie de famille. Le premier repère, c’est le don désintéressé de soi-même qui caractérise chacune des personnes de cette famille. Personne ne cherche ni ne cultive son propre intérêt, mais chacun s’engage résolument dans le service de Dieu et le service de l’autre.

Nous sommes témoins que ce qui constitue la communion de cette famille, c’est le désir d’accomplir la volonté du Père du Ciel. Marie déclare : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38). De son côté, Joseph, qui est un homme juste, renonce à ses projets personnels et entre dans le projet de Dieu en prenant chez lui la mère et l’enfant (Mt 1, 18-25). Quant à Jésus, il dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4, 34).

Et puis le centre, c’est la personne de Jésus, qui est accueilli comme don de Dieu. Marie et Joseph se dévouent pour lui, parce qu’il est le Fils de Dieu et parce qu’il est petit, fragile et vulnérable, comme tous les enfants ; lui qui s’identifie déjà à tous les hommes les plus fragiles.

Le deuxième repère, c’est la certitude d’être dans la main du Père. Au cœur des épreuves, les membres de la sainte famille demeurent toujours dans une paix profonde, et dans l’espérance, car ils savent, dans la foi, que Dieu ne les abandonnera pas. Lorsque quelque chose est douloureux à vivre, comme par exemple lorsque Jésus, à 12 ans, demeure à Jérusalem, Marie ne se révolte pas, mais retient tous ces événements et les médite dans son cœur  (Luc 2, 51).

Dans la sainte famille, il n’y a pas de haine contre ceux qui commettent le mal ; pas de parole de mépris à l’égard des persécuteurs ; pas de désir de vengeance, mais la communion à la miséricorde du Père, qui a envoyé son Fils non pas pour juger le monde, mais pour le sauver.

La famille est la cellule de base de l’Eglise et de la société. « L’avenir de l’humanité passe par la famille. Il est donc indispensable et urgent  que tout homme de bonne volonté s’emploie de toutes ses forces  à sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exigences de la famille »

(Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 1981).

Il s’agit donc de témoigner et d’œuvrer, chacun selon sa grâce, à promouvoir la famille, d’abord par l’exemple, ensuite par l’engagement associatif et  politique, à tous les niveaux, selon ce que Dieu demande à chacun.  « A la suite du Christ venu dans le monde pour servir,l’Eglise considère que servir la famille est l’une de ses tâches essentielles. En ce sens, l’homme et la famille également constituent  ‘la route de l’Eglise’ » (Jean-Paul II, Lettre aux familles, 1994, n° 2).

 

+ Pascal ROLAND