Homélie pour l’installation du nouveau curé à Ars

Installation du Père Patrice CHOCHOLSKI

 

ARS, le 7 septembre 2014

23° Dimanche du Temps Ordinaire (A)

 

Puisque j’installe aujourd’hui le Père Patrice CHOCHOLSKI dans la charge de curé de votre paroisse, je souhaite que cette installation vous fournisse l’occasion de mieux saisir en quoi consiste sa mission de curé au milieu de vous.

Pour commencer, j’attire votre attention sur le sens du vocabulaire employé. Vous le savez peut-être, le mot curé provient du mot latin cura, qui signifie soin, et par extension administration, sollicitude, voire inquiétude et souci amoureux. C’est ainsi que le curé reçoit mission de prendre soin de ceux qui lui sont confiés : avec sollicitude, inquiétude et souci amoureux.

Il reçoit la charge d’une communauté de fidèles appelée paroisse, terme qui, à l’origine, désigne un groupement d’habitations voisines. Longtemps, une paroisse a correspondu à un village ou au quartier d’une ville. Aujourd’hui, une paroisse s’étend sur plusieurs communes. Ici, concrètement, le groupement paroissial est encore fort modeste, puisqu’il ne rassemble que trois communes : Ars, Savigneux et Villeneuve, totalisant à peine plus de 4.000 habitants.

 

Saint Jean-Marie Vianney

Saint Jean-Marie Vianney

Curé dans la paroisse de saint Jean-Marie Vianney

Père Patrice, être nommé curé, c’est donc recevoir la belle et lourde mission de prendre soin des personnes qui vivent sur ce territoire d’Ars, Savigneux et Villeneuve. Je compte donc sur vous pour vous dépenser avec zèle et générosité au service de ceux et celles qui vous sont confiés. Vous le ferez à l’image du Christ Bon Pasteur, qui révèle la miséricorde du Père, en prenant soin de ses brebis, jusqu’à donner sa propre vie pour elles.

Vous le ferez aussi en suivant l’exemple de votre célèbre prédécesseur, Jean-Marie Vianney, qui est donné comme modèle et patron pour tous les curés du monde. Vous recevez un lourd héritage, puisque, du fait de ce saint curé, la paroisse d’Ars présente la particularité d’attirer des pèlerins de très loin (sachez qu’Ars est la commune la plus visitée de tout le département de l’Ain !).

Mais attention, l’afflux de pèlerins d’alentours et du monde entier ne doit pas vous faire oublier, d’une part, que vous êtes d’abord au service des habitants de la paroisse ; d’autre part, qu’avec ces paroissiens vous êtes ensemble responsables de l’accueil des pèlerins, réguliers ou occasionnels, que Dieu appelle ici pour recevoir sa miséricorde.

La paroisse d’Ars (Ars, Savigneux et Villeneuve) doit être perçue toujours davantage comme une famille ouverte à tous, comme une paroisse missionnaire, appelée à participer à la dimension universelle du rayonnement du saint curé. Comme le disait quelqu’un avant-hier soir : « On reçoit beaucoup à Ars. Aussi on se sent le devoir de redonner ».

Pour être fidèle au témoignage donné par saint Jean-Marie Vianney, en effet, cette paroisse doit transpirer la bonne nouvelle de la miséricorde divine. Elle doit être particulièrement ouverte aux personnes les plus fragiles. Elle doit être un lieu où chacun peut se poser, se décharger de son fardeau, trouver sa place, prendre sa part et apporter sa pierre à l’édifice.

Père Patrice, vous aurez à exercer votre ministère de curé en communion avec l’évêque (d’où ma présence au milieu de vous) et avec tous les autres prêtres du diocèse (ils sont nombreux à vous entourer ce matin), en collaboration étroite avec les autres paroisses du doyenné du Val de Saône.

Ce ministère est à exercer également en collaboration fraternelle avec toutes les forces vives présentes ici. D’une part, la belle équipe au service des pèlerins : prêtres, religieux, religieuses, laïcs salariés et bénévoles ; équipe dont j’ai déjà maintes fois pu apprécier le zèle apostolique et l’efficacité. D’autre part, la Société Jean-Marie Vianney, avec le séminaire, le foyer sacerdotal, le foyer Marcel Van ; société qui a largement contribué au développement du rayonnement d’Ars, notamment avec ses retraites sacerdotales, ses colloques, ses sessions de formation.

Le P. Patrice Chocholski

Le P. Patrice Chocholski

La mission du curé de paroisse : enseigner, sanctifier et gouverner.

Père Patrice, votre mission de curé comprend la triple fonction d’enseigner, de sanctifier et de gouverner.

Commençons par la fonction d’enseignement. Le curé a pour mission de transmettre, exposer et rendre intelligible par tous la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Vous avez remarqué que, le jour de son installation (même en cas de présence d’un diacre), c’est le nouveau curé qui proclame personnellement l’Evangile. La liturgie rend ainsi visible sa responsabilité d’annoncer l’Evangile du Christ à ses frères. Le curé n’est pas là pour exposer sa pensée personnelle, mais la foi catholique. Il a mission de transmettre fidèlement le témoignage reçu des Apôtres. Il est responsable de la transmission de l’Evangile de la Miséricorde, un trésor dont il n’est pas maître, mais simple gérant.

Ensuite, le curé a pour mission de sanctifier le peuple qui lui est confié. Il doit vous aider à grandir en sainteté, et, pour ce faire, vous communiquer la vie divine, dans la célébration des sacrements, tout particulièrement l’Eucharistie et le sacrement du Pardon.

Je souligne au passage le caractère central de l’Eucharistie dominicale. Le dimanche, écrivait Jean-Paul II, « … est le jour où l’Eglise, communauté et famille des fils de Dieu, prend conscience de son identité chrétienne particulière autour de ses prêtres » (Pastores Gregis, n° 37). Je compte donc sur vous pour faire l’effort de vous rassembler, et pour prendre en charge le transport des personnes qui ne peuvent pas se déplacer, car l’unité de la célébration eucharistique est le vrai signe du Christ Ressuscité qui rassemble ses frères.

Enfin, il y a la mission de gouvernement. Le curé doit organiser la vie de la paroisse, entretenir le zèle apostolique des fidèles, insuffler un esprit missionnaire, assurer une bonne gestion matérielle.

Le curé reçoit notamment la charge de vous faire vivre dans la communion fraternelle. Il doit en effet rassembler et faire vivre ensemble des personnes très diverses quant à l’âge, aux origines sociales, aux sensibilités, aux parcours spirituels, etc. Car une paroisse n’est pas l’association spontanée de personnes semblables, qui défendraient des intérêts communs, ou qui s’assembleraient sur de simples critères affectifs, ou bien encore qui se réuniraient en fonction d’une quelconque appartenance sociale. Mais la paroisse est un rassemblement voulu par Dieu lui-même, pour être, selon la belle formule du Concile Vatican II, « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium, n° 1). J’insiste tout particulièrement sur ce point de la communion fraternelle, car celle-ci constitue, à elle seule, le premier acte missionnaire : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples – dit Jésus – c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13, 35).

Père Patrice, votre triple mission propre et irremplaçable, d’enseigner, de sanctifier et de gouverner, est à exercer au service des baptisés, pour les aider à vivre leur sacerdoce baptismal et à être tous des disciples-missionnaires.

Mgr Pascal Roland à Ars

Mgr Pascal Roland à Ars

Le curé, au service de ses frères

Selon ce que la Parole de Dieu vient de nous indiquer à l’instant, comme le prophète Ezéchiel (cf. 1° lecture), vous aurez la mission d’être un guetteur, une sentinelle, pour vos frères. Responsable de leur bonne santé spirituelle, vous aurez à faire retentir la Parole de Dieu à temps et à contretemps, pour faire connaître la vérité et la volonté du Seigneur. Comme saint Jean-Marie Vianney, vous aurez à avertir charitablement vos frères et leur demander d’abandonner les conduites mauvaises, celles qui conduisent à la mort.

Comme l’apôtre saint Paul (2° lecture), vous aurez à exhorter vos frères à accomplir la loi divine en vivant dans l’amour mutuel, c’est-à-dire en aimant le prochain, quel qu’il soit, de l’amour même dont le Christ nous aime chacun.

Comme Jésus lui-même l’enseigne dans l’évangile de ce jour, vous aurez à vous dépenser avec courage et persévérance pour provoquer vos frères à la conversion. Vous aurez à faire preuve de patience et de miséricorde, pour les conduire à adopter une vie toujours plus conforme à l’Evangile.

De votre côté, frères et sœurs, ne soyez pas sourds aux appels de votre curé ! Soyez des ouailles fidèles, afin de faire sa joie et celle du Christ Bon Pasteur, en répondant toujours davantage à votre vocation missionnaire en ce monde !

Votre nouveau curé, comme les précédents, s’est rendu disponible pour servir là où le Seigneur le lui demandait. Il vient collaborer avec vous tous pour que le Règne de Dieu grandisse au milieu de vous de façon lumineuse et attirante et que la miséricorde divine se répande davantage autour de vous.

Au passage, je tiens à remercier très vivement le Père Daniel CARDOT, qui, l’an dernier, a généreusement accepté de venir, au pied levé, assurer une année de service, suite au grave accident du Père Xavier ROQUETTE. Il s’est investi de manière merveilleuse dans une aventure qu’il n’avait pas imaginée. Il a assuré la continuité de l’accueil des pèlerins, veillé à la cohésion de l’équipe du sanctuaire et à la communion fraternelle, développé l’esprit missionnaire, et préparé la venue de votre nouveau curé. Nous ne l’en remercierons jamais assez !

Alors, que le Seigneur bénisse le ministère de votre curé et le rende fructueux ! Que celui-ci trouve auprès de vous des frères et sœurs réceptifs à la Bonne Nouvelle, ardents à grandir dans la foi, l’espérance et la charité ! Que votre communauté paroissiale soit ainsi davantage missionnaire afin que ceux qui ne connaissent pas le Seigneur puissent découvrir sa miséricorde et l’aimer eux aussi !

 

+ Pascal ROLAND

Evêque de Belley-Ars

Croix Ars