« Frères, je vous exhorte, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ »…

Prière pour l’unité des Chrétiens dans le Pays de Gex, 19 janvier 2014
1 Co 1, 1-17 ; Marc 9, 33-41

« Frères, je vous exhorte, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ »…

Je vous invite à prêter attention à la manière
dont l’apôtre Paul s’adresse aux chrétiens de Corinthe :
vous constatez que, d’emblée, il les nomme frères.
Cette qualification n’est pas employée à la légère.
Les disciples du Christ qui résident à Corinthe sont effectivement ses frères.

En effet, tous, Paul et les autres, sont nés d’un seul et même Père, le Père de Jésus-Christ.
Car tous, ils ont reçu le même baptême, au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Et tous, lorsqu’ils prient, s’adressent à Dieu, comme Jésus, en le nommant Abba, Père.

Vous remarquez que les disciples du Christ ne disent pas mon Père,
mais notre Père, précisément comme Jésus leur a enseigné de le faire ;
ce qui signifie que toute relation authentique à Dieu
établit simultanément une relation fraternelle aux autres disciples.
Ce qui veut dire que les chrétiens ne peuvent s’identifier autrement
que comme membres d’une même et unique fratrie voulue par Dieu lui-même.

« Frères, je vous exhorte, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ »…

Lorsque Paul s’adresse à ses interlocuteurs, il les qualifie de frères.
Cela signifie aussi qu’il se situe au même rang que les autres.
Il est d’abord et avant tout un enfant de Dieu ;
exactement comme chacun de ceux et celles auxquels il s’adresse.
Etre enfants de Dieu, rachetés par le même Jésus Christ, habités par le même Esprit Saint,
là réside l’égale dignité de tous les baptisés,
là se situe la dignité fondamentale et unique de chacun !

« Frères, je vous exhorte, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ »

A quel titre l’apôtre Paul exhorte-t-il donc ses frères ?
Il s’en explique lui-même : il le fait au nom de Notre Seigneur Jésus Christ.
Si Paul se permet d’exhorter ses frères, de les encourager,
de les stimuler dans leur vocation d’enfants de Dieu,
ce n’est pas parce qu’il leur serait supérieur de quelque manière.
Bien au contraire, il se situe comme leur serviteur, en réponse à un appel de Dieu.
Il écrit « Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus ».
Souvenez-vous qu’il se présente par ailleurs aux Corinthiens comme l’avorton,
et qu’il confesse humblement ne pas être digne d’être appelé Apôtre,
reconnaissant « ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu » (1 Co 15, 8-10).

Sa prise de parole n’est pas le fruit d’une initiative personnelle.
Elle ne dépend pas de son propre vouloir, et n’est née de sa propre imagination.
Mais Paul exhorte ses frères
avec l’autorité de Celui-là même qui est à la source de notre unité, Jésus Christ.
Il prend la parole au nom de celui qui fonde notre fraternité.
Il exhorte avec l’autorité même de Jésus qui nous confère l’identité filiale
et nous fait entrer dans l’existence filiale avec lui.

« Ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous,
soyez en parfaite harmonie de pensée et d’opinions »

Comme vous pouvez le constater, l’objet premier de l’exhortation de Paul, c’est l’unité.
Puisqu’il se trouve que l’unité, qui devrait pourtant aller de soi,
n’est malheureusement pas vécue concrètement dans la communauté de Corinthe.

Par ailleurs, il est tout à fait logique que Paul commence par cette question de l’unité,
puisqu’il parle au nom de Jésus Christ.
Or Jésus est précisément venu nous révéler un mystère de communion,
le mystère de l’amour trinitaire,
afin de nous introduire dans celui-ci et de nous y faire participer.

Gardons présente à la mémoire la manière dont Jésus parle et agit !
Voyez comment, à chaque instant, Jésus agit dans l’Esprit et fait référence à son Père.
Par exemple, lorsqu’il déclare :
« Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé
et d’accomplir son oeuvre » (Jn 4, 34).
Ou encore, lorsqu’il prie ainsi :
« Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père.
Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ;
et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils
et celui à qui le Fils veut le révéler » (Luc 10, 21-22)
Jusqu’au moment où il expire sur la croix en priant en ces termes :
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46).

Jésus est venu nous révéler le vrai visage de Dieu,
qui est communion de Personnes.
Il est également venu nous révéler notre vocation,
qui est de vivre dans cette même communion.
Et il est venu nous sauver pour nous introduire avec lui dans cette communion.
L’Eglise est donc mystère de communion,
et l’unité de l’Eglise découle de l’unité trinitaire.

C’est ce qu’exprime bien une préface eucharistique de la liturgie romaine :
« Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant,
par le sang que ton Fils a versé, par le souffle de ton Esprit Créateur,
tu as ramené vers toi tes enfants que le péché avait éloignés ;
et ce peuple, unifié par la Trinité sainte,
c’est l’Eglise, gloire de ta Sagesse, Corps du Christ, et Temple de l’Esprit »
(8° préface des dimanches)

« Ayez tous un même langage »,

exige l’apôtre Paul des membres de la communauté de Corinthe.
Il est évident que nous devons tous dire la même chose,
puisque nos témoignages et nos discours ont pour contenu unique le Verbe de Dieu,
la Parole vivante de Dieu, Jésus Christ.

Si chacun de nous annonce par sa parole et par ses actes le Verbe de Dieu,
par principe il ne peut pas annoncer quelque chose ou plutôt Quelqu’un de différent,
que ce que fera n’importe lequel de ses frères chrétiens.
Car, comme l’affirme l’épître aux Hébreux :
« Jésus Christ hier et aujourd’hui est le même, il l’est pour l’éternité » (Heb 13, 8).

L’Esprit unique, qui provient de l’unité du Père et du Fils,
est également l’Esprit qui a été répandu dans nos coeurs à tous.
Cet Esprit nous rassemble et nous unit.
Il nous inspire de confesser un seul Seigneur : Jésus-Christ (voir 1 Co 12, 3)
Nous n’avons finalement rien d’autre à refléter
que cette unité qui provient du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Paul dira aux Corinthiens (I Co 8, 6) :
« Il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons ;
et il n’y a qu’un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous existons »

Certes, chacun en rendra compte, selon les dons de la grâce, qui sont variés (voir 1 Co 12, 4), chacun avec sa personnalité et sa sensibilité propres,
dans un contexte historique et culturel déterminé,
mettant en avant des accents qui répondront à des besoins spécifiques du temps et du lieu.
Tout cela selon le principe énoncé par Paul aux Corinthiens :
« Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » (1 Co 12, 7).

Ainsi Irénée de Lyon n’est pas François d’Assise.
Justin n’est pas Augustin
Ignace d’Antioche n’est pas Cyprien de Carthage…
Mais tous annoncent le même Jésus Christ et servent la même Eglise.

Et ce qui est particulièrement notable et commun chez ces témoins des premiers siècles,
c’est le caractère indissociable des divers aspects de leur vie :
l’orthodoxie de leurs propos, le témoignage donné par la sainteté de leur vie,
leur attachement fidèle à l’Eglise, leur vie de prière.

« Il y a entre vous des rivalités (…) Chacun de vous prends parti en disant :
moi, j’appartiens à Paul (…) moi à Appolos, moi à Pierre, moi au Christ »

L’apôtre Paul dénonce vivement les actes de division
dont il a eu écho par les gens de chez Chloé.
Voyez comme il place les chrétiens de Corinthe devant les discordes
dont ils ne mesurent certainement pas la gravité.
Il leur manifeste que c’est objectivement scandaleux et contraire à l’Evangile.
Il leur demande de prendre conscience de manière aigue
de la distance grave vis-à-vis de l’Evangile et de l’urgence du changement à opérer.

Notez bien que l’unité des disciples de Jésus-Christ,
ce n’est pas un effort que nous devons fournir de manière volontariste,
parce que nous pensons que ce serait tout de même mieux d’être unis
ou parce que nous réalisons que ce serait assurément plus efficace pour l’apostolat !
L’unité est une exigence intrinsèque de la mission.

C’est par notre façon de vivre unis fraternellement.
que nous manifestons l’authenticité de l’Evangile,
que nous donnons à voir la vérité du Salut apporté par le Christ.
« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples,
c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13, 35), affirme Jésus.

Il y a autour de nous une multitude d’hommes et de femmes qui ne sont pas chrétiens
et qui attendent qu’on leur révèle le sens de leur vie.
Mais vous n’ignorez pas non plus que seuls sont crédibles à leurs yeux
ceux et celles dont les actes sont mis en cohérence avec la parole.
S’ils nous voient vivre unis, ils pourront être attirés vers Jésus.
S’ils nous voient vivre dans la division,
ils ne pourrons pas découvrir à travers nous Celui qui sauve et rassemble.

Souvenez-vous ce qu’écrivait le pape Paul VI au sujet de l’évangélisation, en 1975 :
« L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres,
ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins (…)
C’est donc par sa conduite, par sa vie, que l’Eglise évangélisera tout d’abord le monde,
c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus,
de pauvreté et détachement, de liberté face aux pouvoirs de ce monde,
en un mot, de sainteté. » (exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n° 41)

Lorsque nous vivons dans la communion fraternelle,
unis dans une suite toujours plus étroite de notre Maître et Seigneur, Jésus Christ,
cette communion est un témoignage pour le monde.
Elle est en effet la manifestation de la communauté d’amour du Père et du Fils,
à laquelle nous avons part, du fait de l’inhabitation de l’Esprit Saint en nous-mêmes.

Nous comprenons pourquoi dans sa prière au Père, Jésus implore ardemment :
« Père Saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un comme nous sommes un.» (Jn 17, 11).
C’est dire si cette communion est à la fois quelque chose de précieux et de capital
et en même temps une réalité bien fragile.

Cette prière de Jésus est à rapprocher des propos de saint Paul, dans l’épître aux Romains,
où il évoque la situation de tension et d’insatisfaction dans laquelle nous nous trouvons.
Il la compare à un travail d’enfantement :
condition à la fois douloureuse, mais transitoire et porteuse d’une grande espérance.
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 19), dit-il.

Nous attendons tous en effet avec impatience
la pleine réalisation de la communion fraternelle.
Et nous attendons cette manifestation comme une véritable révélation,
car nous ne pouvons pas nous faire une idée de la splendeur de cette communion universelle,
qui dépasse nécessairement toutes les représentations limitées que nous pouvons nous faire.

Aussi devons-nous prendre davantage conscience
que nos divisions entre chrétiens constituent un véritable scandale.
Un scandale dans le sens où il s’agit de quelque chose de honteux et de révoltant.

Mais surtout au sens étymologique de ce terme :
un obstacle, une pierre d’achoppement pour ceux qui ne croient pas.
C’est pourquoi l’apôtre Paul nous enjoint aujourd’hui,
« Au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ;
qu’il n’y ait pas de division entre vous,
soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions »

En fin de compte, nous le savons bien, l’unité, nous n’avons pas à la construire,
car elle nous est déjà donnée par Jésus.
Nous avons simplement à la recevoir, telle qu’elle nous est donnée.
Cette communion n’est pas au bout de nos seuls efforts humains.
Elle ne se négocie pas à coup de concessions mutuelles ni de compromis.
L’unité est en fait déjà donnée et doit donc être accueillie comme un don de Dieu.

Considérez plutôt comment cela se passe concrètement dans l’évangile
et prenons conscience de la manière dont Jésus rassemble ses disciples.
L’évangile selon saint Marc nous rapporte que, passant au bord du lac,
Jésus voit Simon-Pierre et André, comme il voit ensuite Jacques et Jean.

C’est ainsi que Jésus nous voit les uns et les autres ici présents.
Pour lui, nous ne sommes pas des individus anonymes.
C’est-à-dire qu’il nous connaît chacun personnellement et qu’il nous aime profondément.
Il porte sur nous le regard du pasteur plein de sollicitude.
Il porte sur nous le regard de son Père, le regard du Créateur.
Un regard qui fait vivre.

Et puis Jésus appelle. C’est un appel commun.
Jésus nous appelle toujours avec d’autres.
Il n’appelle pas Simon-Pierre sans André ;
comme il n’appelle pas Jacques sans Jean.

Ces ce que nous constatons aussi dans la communauté de Corinthe.
Qu’il s’agisse de l’apôtre Paul ou qu’il s’agisse des chrétiens de Corinthe,
il y a toujours d’autres disciples qui sont appelés en même temps :
– Paul a à ses côtés un autre appelé, le frère nommé Sosthène ((1 Co 1, 1)
– Les chrétiens de la ville de Corinthe ne constituent pas le peuple saint à eux tout seuls.
ils le sont, comme dit St Paul, « avec tous ceux qui, en tout lieu,
invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre » (I Co 1, 2)

L’appel de Dieu est donc toujours un appel personnel, mais un appel pluriel.
Ni collectivisme, ni individualisme.
Cet appel pluriel nous signifie, dès le départ, que,
créés à l’image et à la ressemblance du Dieu-Trinité,
nous sommes faits, comme les trois personnes divines,
pour vivre dans la relation et la communion.

« Le Christ est-il divisé ? »,

interroge l’apôtre Paul.
St Paul nous montre que ce qui abîme l’unité, c’est l’esprit de parti.
« Moi j’appartiens à Paul… moi à Appolos…, moi à Pierre, moi à… »
En effet nous courrons toujours le danger redoutable
de nous attacher davantage aux témoins qu’au Christ lui-même !
Les bâtisseurs de l’Eglise sont nombreux et variés,
mais il n’existe qu’un seul fondement, c’est Jésus Christ !

Les témoins devraient donc toujours prendre modèle sur le prophète Jean-Baptiste,
qui s’efface discrètement une fois qu’il a mis les personnes en relation avec Jésus.
Souvenez-vous que Jean Baptiste réveille l’attention des gens sur la présence de Jésus :
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26)
Puis il leur désigne Jésus en ces termes :
« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde « (Jn 1, 29)
Ou encore : « Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 34)
Mais ensuite il se retire délicatement en affirmant tranquillement :
« Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30).
C’est cela le véritable service de la communion fraternelle.

Nous devons tous être vigilants et demeurer dans une attitude d’humilité.
Il est indispensable de bannir l’esprit qui consiste à se comparer, à juger et à mépriser l’autre.
Nous n’avons pas le droit d’entretenir l’esprit de parti.
Car nous appartenons tous au Christ.
Puisque Jésus a été crucifié pour nous, notre vie ne nous appartient plus.
C’est Lui et lui seul notre chef.
Nous ne saurions nous réclamer de personne d’autre !

Si nous relisons l’histoire de l’Eglise, avec un minimum de recul,
force est de constater que toutes les grandes divisions
(le schisme avec l’Eglise d’Orient, la rupture entre catholiques et protestants,
la division entre catholiques et anglicans et, plus près de nous, le schisme de Mgr Lefebvre ),
ces divisions ont avant tout des raisons d’ordre terrestre :
si l’unité est mise à mal, c’est parce qu’un groupe social veut le pouvoir politique,
c’est parce qu’il y a prétention orgueilleuse à détenir la Vérité à soi seul,
c’est parce qu’il y a instrumentalisation de Dieu et refus de conversion personnelle…
En un mot, c’est parce qu’il y a éloignement de la Croix du Christ,

Au fond, ce qui nuit à l’unité, c’est l’orgueil, la suffisance.
C’est l’oubli que nous ne sommes jamais appelés tout seuls,
mais qu’il y a constamment à côté de soi, ou du groupe auquel on est attaché,
d’autres disciples qui sont également appelés.
Jésus les met sur mon chemin pour m’aider.
L’autre me révèle quelque chose de Dieu.
Il me signifie surtout que je ne suis pas Dieu.
A moi seul, je ne peux prétendre ni tout découvrir ni tout exprimer.
J’ai besoin d’un autre pour m’aider à approfondir et à témoigner de la foi.

Et puis, nous venons d’entendre la réaction d’énervement de l’un des Douze :
« Maitre, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ;
nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent »
et la paisible réponse de Jésus :
« Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom, ne peut pas,
aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous »
Autrement dit, le groupe de disciples auquel nous appartenons
n’est pas le dépositaire exclusif de la Bonne Nouvelle !
Il n’a pas le monopole de l’Esprit Saint !
Celui-ci s’autorise à travailler ailleurs, même hors du cadre de l’Eglise !
L’Esprit Saint souffle où il veut et comme il veut !
L’Esprit Saint déborde toutes les frontières que nous voudrions lui imposer.
Etroitesse de vue, sectarisme, intolérance, soif de pouvoir :
tout cela est balayé par la liberté de l’Esprit Saint.

Que chacun de nous relativise donc sa manière de vivre et d’annoncer l’Evangile !
Cette manière n’est jamais l’unique, la meilleure et la seule autorisée.

Qu’au sein de chacune de nos communautés, déjà,
chacun respecte ce que font les autres au nom du même Seigneur Jésus Christ.
Qu’il reconnaisse que d’autres peuvent faire du bien
– d’une autre manière
– avec une pédagogie différente
– avec des points d’attention différents
– avec des maladresses, bien sûr,
– certainement de façon imparfaite

Mais il ne s’agit pas seulement de tolérer que d’autres fassent autrement,
d’admettre à regret, en récriminant intérieurement,
que l’Esprit Saint ne passe pas exclusivement par mes quatre volontés !
Il s’agit d’aller plus loin, pour s’émerveiller de ce que l’Esprit Saint fait chez les autres.
Il faut apprendre à repérer l’action de l’Esprit Saint et en rendre grâce.
Il convient de recevoir humblement ce que Dieu veut nous donner
par l’intermédiaire de l’autre, pour nous enrichir et nous faire progresser.

Et puis il s’agit d’apprendre à travailler ensemble,
en nous souvenant que nous avons un objectif commun :
celui de faire reculer les puissances des ténèbres ;
celui de faire connaître la miséricorde divine au nom du Christ.

Le Seigneur nous demande à chacun de collaborer,
non seulement avec les autres membres de notre communauté locale,
mais également avec des chrétiens appartenant à d’autres communautés,
et, plus encore, de collaborer avec tout homme de bonne volonté.

Pour mener à bien notre mission, le Seigneur nous fournit deux critères :
1- « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous »
Tout homme qui prend soin d’éclairer et d’écouter sa conscience,
tout homme qui oeuvre pour développer l’amour en notre monde,
tout homme qui contribue à la paix, à la justice, à la solidarité fraternelle,
tout homme qui se met au service des plus hautes valeurs morales et spirituelles,
celui-là travaille avec nous, même s’il n’est pas du sérail, de notre Eglise.

2- « Malheur à l’homme par qui le scandale arrive »
Nous devons toujours avoir le souci de ne pas faire tomber les plus petits,
les plus faibles, les plus nouveaux dans la foi, les plus fragiles.
Aussi devons-nous ne jamais oublier la consigne de Jésus (Mc 9, 35) :
« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».
Consigne relayée par l’apôtre Paul en ces termes :
« Ne soyez jamais intrigants ni vantards,
mais ayez assez d’humilité pour estimez les autres supérieurs à vous-mêmes.
Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. » (Ph 2, 3)

En ce temps de prière pour l’unité des chrétiens,
réalisons encore combien l’appel que Jésus nous adresse est d’abord un appel à la conversion.
Comme Simon-Pierre et André abandonnent leurs filets,
il nous faut quitter les filets du péché qui nous retiennent captifs.
Il nous faut opérer une rupture claire et nette avec tout ce qui va à l’encontre du Royaume.
Cette rupture n’est jamais à remettre à plus tard.
C’est sans délai, c’est « aussitôt » l’appel entendu qu’il faut réagir.

L’appel à la conversion est un appel à suivre Jésus de plus près.
Suivre Jésus, c’est-à-dire vivre en sa compagnie.
Et s’engager à marcher derrière Lui.
Derrière Celui qui est le Chemin et qui nous conduit au Père.
Derrière Celui qui emprunte résolument le chemin de la Croix.
Il n’y a qu’en marchant clairement à la suite de Jésus
que nous demeurerons dans l’unité qu’il nous donne.
Et puis, suivre Jésus, c’est le suivre en Galilée,
dans ce qu’on appelle « le carrefour des païens « .
Suivre Jésus, c’est ne pas craindre de pénétrer avec Lui dans « le pays de l’ombre « ,
dans les régions spirituellement obscures.
En un mot, c’est se passionner avec lui pour la mission.

Nous sommes déjà unis dans la main de Dieu par la croix du Christ.
La communion fraternelle implique donc de se tourner résolument ensemble vers le Christ
et de communier toujours davantage au mystère de sa pâque.

Comme la femme parturiente, stimulés par l’espérance, il nous faut persévérer
et endurer les souffrances présentes, souffrances liées au choix d’aimer.
Lorsque nous nous laissons conduire par l’Esprit Saint
et communions aux souffrances du Christ
en adoptant un authentique comportement d’enfants de Dieu,
c’est la gloire de Dieu qui éclate en ce monde.

Lorsque nous combattons nos égoïsmes,
lorsque nous réprimons notre volonté de puissance,
lorsque nous choisissons de faire confiance à autrui,
lorsque nous dépassons nos peurs et nos raideurs,
lorsque nous pardonnons et rompons le cycle de la haine et de la violence,
alors nous glorifions Dieu notre Père avec Jésus le Fils,
et Dieu trouve sa gloire ne nous !
Nous réalisons alors notre vocation commune en ce monde,
celle de manifester à tous le merveilleux dessein d’amour de Dieu pour l’humanité.

+ Pascal Roland