« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples … »

Fête de Saint Pierre Chanel
Sanctuaire de Cuet, 3 mai 2014
(I Co 9, 16-19 + 22-23 ; Ps 95 ; Mt 28, 16-20)

« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples … »

Êtes-vous conscients que c’est un ordre que nous adresse le Seigneur ? « Allez ! … Faites ! » C’est un impératif. Il y a un caractère d’urgence et de nécessité. L’évangélisation n’est pas une dimension facultative de la foi chrétienne.

C’est la nature même de l’Église que d’être évangélisatrice,
comme le rappelait déjà le pape Paul VI en 1975,
dans sa belle exhortation apostolique « Evangelii nuntiandi »
(L’évangélisation dans le monde moderne) :
« Nous voulons confirmer une fois de plus
que la tâche d’évangéliser tous les hommes
constitue la mission essentielle de l’Eglise,
tâche et mission que les mutations vastes et profondes de la société actuelle
ne rendent que plus urgentes.
Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise,
son identité la plus profonde. »
(n° 14).

Si le Seigneur Jésus appelle et rassemble des disciples autour de lui,
ce n’est pas pour en faire un groupe de copains
qui serait dès lors séparé du reste du monde,
mais c’est pour les envoyer à tous.

« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples … »
Derrière cet ordre de Jésus,
se révèle donc le caractère universel de l’Evangile :
La Bonne Nouvelle est destinée à tous. Personne n’est exclu.
Dieu ne fait pas de différence entre les hommes.
Tous sont destinataires de l’invitation pressante
que nous avons la charge de relayer.
On ne garde pas pour soi tout seul une bonne nouvelle. On la partage !

A vrai dire il n’y a qu’une seule et unique mission, celle du Fils de Dieu,
à laquelle Jésus nous associe :
« de même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20, 21)
Jésus est l’Envoyé du Père :
Celui qui vient nous révéler la proximité de Dieu et son amour miséricordieux.
Contempler Jésus est donc capital pour apprendre à évangéliser.

D’abord, Jésus est conscient d’être envoyé :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres »
(Luc 4,18)
Ensuite, nous le voyons poussé par l’Esprit au désert (Marc 1, 12)
Il sort prier de bonne heure pour la mission (Marc 1, 35-38)
Il va toujours ailleurs pour proclamer la Bonne Nouvelle (Marc 1, 38-39)
Enfin il va jusqu’au bout de sa mission, jusqu’à livrer sa propre vie !
« Abba (Père), tout t’est possible : éloigne de moi cette coupe
Pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »
(Marc 14, 36)

Notre mission se situe bien au-delà de nos seules forces humaines !
Mais c’est l’Esprit Saint, l’Esprit de Pentecôte, qui anime l’Eglise
et qui nous rend capables de répondre à l’appel du Christ.
L’Esprit Saint nous éclaire sur ce que nous avons à faire
et en même temps il nous communique la force de le réaliser.

Nous sommes témoins de cette action de l’Esprit Saint
dans les Actes des Apôtres,
lorsque nous voyons Pierre et ses compagnons
annoncer la Bonne Nouvelle avec assurance
et ne pas céder à la peur face aux violences et aux menaces de mort.
Nous en sommes témoins également au travers des siècles
dans le témoignage des saints de tous lieux et toutes époques,
particulièrement celui des martyrs, qui n’ont pas craint de mourir pour le Christ.
Nous pensons ici tout particulièrement au témoignage de saint Pierre Chanel,
qui n’a pas hésité à quitter son pays et qui a été témoin jusqu’à la mort.

Sans l’Esprit Saint, comme les disciples avant la Pentecôte,
nous sommes incapables de témoigner. La peur nous paralyse.
Nous devons accueillir l’Esprit Saint qui nous est donné dans les sacrements
et nous laisser conduire par lui.
L’Esprit qui habite Jésus nous a été donné en partage
pour que nous soyons missionnaires avec le Christ

La question se pose : comment faire des disciples, quelle méthode adopter ?
Cela renvoie à la question préalable : qu’est-ce qu’être disciple ?
C’est d’abord un attachement personnel à la personne de Jésus
(pas à des idées généreuses, pas à des valeurs, pas à un programme moral…)
C’est aussi, avec Jésus, la relation filiale à Dieu découvert comme Père
(pas un Dieu absent ni lointain, pas un Dieu terrifiant)
C’est également une vie renouvelée par l’Esprit Saint
(l’amour de Dieu nous est donné pour que nous en vivions concrètement)
Enfin c’est l’appartenance ecclésiale :
être disciple du Christ, c’est être membre d’une grande famille
(dans laquelle tous se reconnaissent frères parce qu’enfants d’un même Père)

Revenons maintenant à la question de la manière d’évangéliser.
Ce qui est premier, ce qui touche les gens, c’est le témoignage de vie.
C’est en étant soi-même un disciple que l’on fera de nouveaux disciples.
« …pour l’Eglise, le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne,
livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre
mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite,
est le premier moyen d’évangélisation.
?L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres,
ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ?.
Saint Pierre l’exprimait bien
lorsqu’il évoquait le spectacle d’une vie pure et respectueuse,
? gagnant sans paroles même ceux qui refusent de croire à la Parole ?.
C’est donc par sa conduite, par sa vie,
que l’Eglise évangélisera tout d’abord le monde,
c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus,
de pauvreté et détachement,
de liberté face aux pouvoirs de ce monde, en un mot, de sainteté »
.
(Pape Paul VI Evangelii nuntiandi , n° 41)

Le Seigneur nous envoie les mains vides.
Ne tombons pas dans le piège d’imaginer que l’évangélisation
relèverait d’une question moyens techniques ou d’un savoir humain spécifique.
Souvenez- vous de l’envoi en mission des 72 (voir Luc 10, 1-9)
« Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales… »
(Luc 10, 3-4).

Nous sommes en effet pauvres et démunis face à une mission considérable.
Cela nous protège d’imaginer que nous serions les maîtres de l’évangélisation !
Dès lors, on voit bien que c’est la puissance de Dieu
qui agit au coeur de notre pauvreté.

Voyez ce qu’en dit saint Paul :
« Notre capacité vient de Dieu » (2 Co 3, 6)
« Ce trésor, nous les Apôtres,
nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ;
ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous,
mais de Dieu »
(2 Co 4, 7).

N’oublions pas non plus que l’Esprit Saint nous précède toujours
et qu’il travaille dans le coeur de nos interlocuteurs.
C’est lui « le Maître de l’impossible »
A Dieu rien n’est impossible et il peut retourner les coeurs des plus endurcis ;
Nous en avons de multiples preuves dans l’histoire de l’Eglise.
A commencer par la conversion de saint Paul,
qui avait commencé par persécuter les chrétiens.

Mais il y a une objection que nous entendons ou que nous exprimons nous-mêmes : les gens ne sont pas intéressés par la Bonne Nouvelle de Jésus !
Il est vrai qu’il est difficile d’annoncer la Bonne Nouvelle
dans un monde où la question de Dieu est assez systématiquement évincée.
Que dire à des gens qui bien souvent paraissent ne pas avoir soif ?
On propose le salut, mais les gens ne manifestent pas le besoin d’être sauvés.
Apparemment, ils n’éprouvent pas le besoin d’un salut (différent d’un bien-être)
Mais soyez conscients que ce ne sont là que les apparences.

Dans le coeur de tout homme il y a une aspiration au bonheur et à la vérité.
Et les gens sont insatisfaits des plaisirs passagers qui ne peuvent rassasier
Ceux-ci ne répondent pas à la vocation profonde de l’être humain
qui est fait pour l’union à Dieu et pour aimer comme Dieu nous aime.
Repérez les symptômes : la fuite dans la drogue, les dépressions, les suicides…
Ni l’économique (la consommation) ni le politique ne donnent satisfaction.
La tentation est forte alors pour certains de penser
que l’existence humaine n’aurait pas de sens.
Conclusion : soit ils décident de jouir de la vie égoïstement, n’importe comment,
soit ils décident de se supprimer, en disant : autant en finir tout de suite !

Ayons donc de l’ambition !
Soyons conscients qu’il n’y a pas de fatalité à la situation contemporaine
L?évangélisation est de notre responsabilité.
Nous devons avoir de l’audace et prendre des initiatives, chacun selon sa grâce.
Soyons plein d’espérance !
« Demeurez solides sur le chemin de la foi
avec une ferme espérance dans le Seigneur.
Là se trouve le secret de notre chemin !
Lui nous donne le courage d’aller à contre-courant.
Écoutez bien, les jeunes : aller à contre-courant ;
cela fait du bien au coeur,
mais il nous faut du courage pour aller à contre-courant
et lui nous donne ce courage !
Il n’y a pas de difficultés, d’épreuves, d’incompréhensions
qui doivent nous faire peur
si nous demeurons unis à Dieu comme les sarments sont unis à la vigne,
si nous ne perdons pas l’amitié avec lui,
si nous lui faisons toujours plus de place dans notre vie.
Ceci aussi et surtout si nous nous sentons pauvres, faibles, pécheurs,
parce que Dieu donne force à notre faiblesse, richesse à notre pauvreté, conversion et pardon à notre péché.
Il est si miséricordieux le Seigneur :
si nous allons à lui, il nous pardonne toujours.
Ayons confiance dans l’action de Dieu !
Avec lui nous pouvons faire de grandes choses ;
il nous fera sentir la joie d’être ses disciples, ses témoins.
Misez sur les grands idéaux, sur les grandes choses.
Nous chrétiens nous ne sommes pas choisis par le Seigneur
pour de petites bricoles,
allez toujours au-delà, vers les grandes choses.
Jeunes, jouez votre vie pour de grands idéaux ! »

(Pape François, lors d’une confirmation, à Rome, le 28 avril 2013)

+ Pascal ROLAND