Retour sur l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France à Lourdes.

Début novembre s’est tenue à Lourdes l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France. Cette réunion bisannuelle est d’importance majeure, parce qu’elle constitue un lieu d’exercice concret de la collégialité. Il est en effet capital pour les évêques, successeurs du collège des Douze Apôtres, de se rassembler pour prier, échanger, confronter les expériences pastorales, partager les analyses de la situation de la société et de l’Eglise, discerner les urgences missionnaires, fixer des points de repère communs à la lumière de l’Evangile, s’accorder sur des priorités pastorales et s’encourager mutuellement. Car personne n’est jamais envoyé seul en mission : chacun est toujours d’abord agrégé à un groupe qui le précède, que ce soit le corps baptismal, l’ordre des évêques ou le presbyterium. Nous observons aisément que la communion fraternelle se vit dans l’exercice d’une responsabilité commune, par l’accueil bienveillant et la rencontre féconde des différences multiples.

Au fil de nos échanges se sont nettement dégagées plusieurs priorités pastorales. Tout d’abord, désireux de donner aux futurs couples les moyens de réussir ce à quoi ils aspirent du plus profond de leur coeur dans un contexte sociétal difficile, nous avons entendu l’appel à développer, intensifier, coordonner, approfondir et élargir les initiatives dans le domaine de la préparation au sacrement de mariage. « Nous désirons offrir aux fiancés un tel chemin d’approfondissement, de dialogue entre eux et avec d’autres, de rencontre de Dieu et de l’Eglise, à laquelle ils viennent demander la célébration de ce sacrement. La réussite de ce moment devra beaucoup à la qualité de l’accueil et au climat de confiance qu’on aura su créer » .

Suite à notre travail sur le phénomène social de l’avortement et marqués par les souffrances multiformes dont nous sommes témoins, nous avons entendu un appel à « nous employer à contribuer à une meilleure éducation affective des jeunes qui leur fasse percevoir la grandeur du corps humain et celle d’une vie affective responsable, située dans une relation pleine de respect pour la personne de l’autre, d’engagement à son égard, de tendresse, d’amour et d’ouverture au don de la vie ». Nous invitons donc les parents et tous les responsables éducatifs en milieu scolaire, universitaire, au sein des mouvements de jeunes, à se mobiliser fortement pour cette tâche devenue aujourd’hui prioritaire.

La proximité des élections européennes et la commémoration des 100 ans de la première guerre mondiale nous ont amenés à réfléchir à la vocation de l’Europe et nous conduisent à alerter nos concitoyens. Nous leur rappelons que « Les progrès de l’Europe sont un combat à mener, encore et toujours, avant de penser aux bénéfices à recevoir. Le moment est à nouveau venu de poursuivre ce beau projet porteur de paix et de solidarité entre des peuples qui acceptent d’unir leur destin sans perdre leur âme, sans se replier sur eux-mêmes et en gardant le souci du développement de tous les peuples ».

Evoquant ceux qui sont nos premiers collaborateurs, les prêtres diocésains, nous avons souligné les questions nouvelles qui se posent à nous en raison des évolutions de l’Eglise et de la société. Pour relever ces défis, nous souhaitons faire grandir le climat de confiance nécessaire pour que les évêques, les équipes formatrices des séminaires et les séminaristes collaborent encore plus étroitement. Il nous faut sortir d’un esprit de concurrence, aller vers une réelle solidarité entre diocèses, et revoir nos modèles de formation, à l’image de ce qui s’est déjà fait avec la mise en place des années propédeutiques aujourd’hui largement appréciées. « Nous voulons préparer des prêtres qui assumeront la charge pastorale dans les conditions que connaissent aujourd’hui nos diocèses. Notre Eglise a besoin de prêtres missionnaires qui vivent en modèles du troupeau qui leur est confié. Ils devront mener une vraie vie fraternelle, être des passionnés du Christ pour donner toute leur vie pour l’Evangile. Ils devront être attentifs à ceux qui souffrent et se trouvent aux marges. Enfin, ils seront des hommes de communion, capables de coopérer avec les diacres, les religieuses et les laïcs. C’est en aimant leur peuple, nous le savons bien, qu’ils trouveront leur bonheur profond ».

D’autres points ont mobilisé notre réflexion, particulièrement la diaconie dans la vie de nos Eglises diocésaines, comme expression de la charité du Christ ; et l’attention portée au témoignage donné par les communautés chrétiennes vivant au Proche ou Moyen-Orient. Ces deux sujets nous ont notamment aidés à mieux percevoir la grandeur de la vocation des chrétiens dans le monde. Ils nous encouragent à développer un témoignage vraiment prophétique, et à tenir sans rougir une parole libre par rapport à l’opinion publique et aux pouvoirs politiques.

Il nous faudra maintenant reprendre ces diverses priorités et chercher comment les traduire concrètement dans les Pays de l’Ain pour que la Bonne Nouvelle retentisse plus largement et qu’elle rejoigne ceux qui sont en attente d’une espérance et d’un salut.

+ Pascal ROLAND
Evêque de Belley-Ars