Prendre conscience de notre mission : l’Evangélisation !

Homélie pour la fête de Saint Pierre Chanel, le samedi 28 avril 2013 à Cuet.
(I Co 9, 16-19 + 22-23 ; Ps 95 ; Mt 28, 16-20)

« Si j’annonce l’Evangile… c’est une nécessité qui s’impose à moi… » Tel est le témoignage que nous donnait l’apôtre Paul, il y a quelques instants. Annoncer l’Evangile ne constitue pas pour lui une activité facultative. Cela n’est pas quelque chose d’accessoire ni de superflu dans sa vie.

Ce n’est pas un engagement dont il aurait eu l’initiative personnelle. Mais il s’agit pour lui d’un impératif qui le presse d’agir pour ses frères. C’est une mission dont il a été investi et à laquelle il ne saurait se soustraire. « Je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée », affirme-t-il. Il reconnaît là une responsabilité que Dieu lui-même lui a confiée.

Il est évident que, lorsqu’il parle de l’évangélisation en ces termes, l’apôtre Paul a entendu et médité l’Evangile qui vient d’être proclamé. Il a certes entendu et médité cet ordre de Jésus : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples ».

Si Paul s’est investi dans l’évangélisation avec autant d’enthousiasme, c’est parce qu’il a saisi qu’il n’était pas propriétaire de l’Evangile. La Bonne Nouvelle, il ne peut pas la garder pour lui seul, puisque celle-ci est destinée à tous. Il l’a reçue pour la transmettre et la partager aux autres.

« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile », confesse-t-il. Si St Paul renonçait à annoncer l’Evangile, s’il gardait la Bonne Nouvelle pour lui seul, il volerait ses frères. Il les priverait d’un bien qui leur est destiné et il serait donc coupable devant Dieu.

« Je me suis fait le serviteur de tous, afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Je me suis fait tout à tous, pour en sauver à tout prix quelques uns. »

Nous constatons combien l’apôtre Paul est totalement investi dans la mission reçue et comment il se considère engagé pour le service de tous. « Je me suis fait le serviteur de tous… Je me suis fait tout à tous. » Il énonce clairement le motif de cette implication radicale. C’est une raison capitale : il s’agit du salut de ses frères. Demandons-nous donc en quoi réside le salut : De quoi les hommes ont-ils besoin d’être sauvés ? Quel est donc le danger qui nous menace ?

Il suffit de regarder ce qui se passe lorsque des êtres humains refusent Dieu, quand ils refusent de se reconnaître créatures de Dieu ; quand ils prétendent décider des choses par eux-mêmes et refusent de recevoir humblement la Loi commune du Créateur. Ils en viennent à se comporter en maîtres et à écraser les plus faibles, comme on a pu le voir avec le nazisme et le marxisme. Ils en viennent à être esclaves de l’argent, comme on le voit aujourd’hui. Ils en viennent à perdre la raison et à nier la réalité sexuée, comme on le voit avec la dénaturation actuelle du mariage.

Oui, tous les être humains ont besoin d’être sauvés, en découvrant le mystère de l’amour de Dieu, qui est la source et la fin de notre existence. Ils ont besoin d’accueillir cette révélation capitale, car c’est elle qui leur permet de comprendre leur identité et le sens de leur vie.

L’homme se comprend d’abord comme fruit de l’amour divin. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’homme se découvre ensuite fondamentalement comme un être de relation et de communion. Comme Dieu, il n’existe que dans l’acte de se recevoir et de se donner. Sa vocation est le don de lui-même. Il se réalise dans le don gratuit et total de lui-même. Et toute sa destinée n’est rien d’autre qu’un travail de conversion permanente, qui consiste à passer de l’égoïsme à l’existence pour l’autre.

Nous ne pouvons pas garder pour nous tous seuls cette Bonne Nouvelle de l’amour. Vous l’avez entendu, Jésus nous envoie en mission : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés »

Si nous avions davantage conscience de la mission qui nous est confiée ; si nous avions conscience de notre grave responsabilité dans ce monde, alors, comme saint Paul, nous mettrions toute notre énergie à évangéliser.

Tel est bien le cas de St Pierre Chanel. Lorsqu’il a entendu le témoignage des missionnaires, il a perçu que lui-même était appelé à annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui habitaient au loin et n’avaient pas encore eu la chance de l’entendre.

Il a senti l’attrait pour la mission. La force irrésistible de l’Esprit Saint qui lui avait inspiré de se consacrer à Dieu l’a également poussé à se porter volontaire pour aller évangéliser l’Océanie, et lui a donné le courage de partir à l’aventure à l’autre bout du monde (n’oublions pas qu’à l’époque il lui a fallu pas moins de 10 mois de voyage pour atteindre sa destination !).

La Bonne Nouvelle de l’amour infini de Dieu, qui nous a été manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité, cet amour de Dieu est d’abord annoncé par l’exercice de la charité fraternelle. C’est bien ce qu’a fait Pierre Chanel.

Le frère mariste qui a accompagné Pierre Chanel témoigne en ces termes : « Brûlé, dans ses travaux, par l’ardeur du soleil, souffrant souvent de la faim, il rentrait à la maison trempé de sueur, anéanti par la fatigue ; il était pourtant vaillant, alerte et joyeux comme s’il revenait d’un endroit délicieux ; et cela non pas une fois, mais presque chaque jour »

« Il ne refusait jamais rien aux habitants de Futuna, même à ceux qui le persécutaient, les excusant toujours et ne les repoussant jamais, si grossiers et désagréables qu’ils fussent. Il déployait une douceur incomparable envers tous et de toutes manières, sans aucune exception »

« Il n’est donc pas surprenant que les indigènes l’aient appelé ? l’homme au coeur parfait ‘, lui qui avait dit un jour à un confrère : ? Dans une mission aussi difficile, il faut que nous soyons des saints? ».

Comme vous pouvez le constater, c’est par l’amour généreux et désintéressé que Pierre Chanel a annoncé la Bonne Nouvelle et conquis à la foi chrétienne les populations qui ont bénéficié de son témoignage. Sa force intérieure, Pierre Chanel la tirait de son amitié avec le Christ et de la certitude de foi de sa présence, selon la promesse de Jésus ressuscité : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Pierre Chanel s’est donné sans compter et sans craindre la mort, dans l’assurance que ce qu’il avait humblement et patiemment semé porterait du fruit en son temps.

N’avait-il pas annoncé lui-même, la veille de son martyre : « Peu importe que je meure, la religion du Christ est assez enracinée dans cette île pour que ma mort ne la fasse pas disparaître ».

De fait, la foi chrétienne a été rapidement florissante dans les îles d’Océanie grâce au témoignage du martyre de Pierre Chanel.

Cet exemple de sainteté, c’est-à-dire de perfection dans l’amour, nous est rappelé aujourd’hui pour que nous-mêmes nous prenions davantage conscience de la belle et lourde mission qui nous est confiée et que nous ne craignions pas de nous engager au service de nos frères humains.

Tout homme doit en effet pouvoir découvrir de quel amour infini il est aimé et quelle est sa magnifique vocation : aimer comme Dieu nous a aimés en son Fils Jésus.

+ Pascal ROLAND