Pas de strapontins dans le Royaume des Cieux

Savez-vous qu’il n’y a pas de strapontins dans le Royaume des Cieux ? Vous y trouverez exclusivement des fauteuils d’orchestre ! Je veux dire par là que nous sommes tous appelés à la sainteté. N’imaginez pas que vous pourriez opter pour un entre-deux, entre la sainteté et le refus de Dieu ! Car Dieu a de l’ambition pour vous et ne vous laisse pas le choix de la médiocrité !

La fête de la Toussaint vient précisément nous rappeler notre vocation commune à la sainteté.

Tout au long de l’année, nous faisons mémoire des saints, frères et soeurs aînés dans la foi, pour lesquels nous rendons grâces à Dieu, en lui déclarant par exemple : « Dans leur vie, tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille, et dans leur intercession un appui » (préface n° 1). Mais lors de la solennité de la Toussaint, nous les fêtons tous ensemble. C’est l’occasion, non plus de fixer notre regard sur l’itinéraire singulier de tel ou tel, mais de réaliser la vocation commune à la sainteté.

Car telle est bien la réalité : la sainteté n’est pas une vocation d’exception, comme nous l’imaginons volontiers. Ce sort n’est pas réservé à une élite, dont nous serions majoritairement exclus ! Le Concile Vatican II, dans la constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium) y a d’ailleurs consacré un chapitre entier intitulé « L’appel universel à la sainteté dans l’Eglise ».

Mais qu’est-ce que la sainteté ? Le Concile la définit comme plénitude de la vie chrétienne et perfection de la charité (n° 40). Le Christ nous appelle tous à cette perfection de l’amour divin. « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Le Concile rappelle que si l’Eglise elle-même est qualifiée de sainte, c’est uniquement parce qu’elle est unie au Christ, qui est le seul Saint. Imaginez une éponge gorgée d’eau : le saint retient et répand la sainteté du Christ, tout comme l’éponge plongée dans l’eau retient un peu de cette eau pour la transmettre ensuite dans un milieu sec.

Il y a une unique sainteté, mais le concile précise que « chacun doit résolument avancer, selon ses propres dons et ressources » (n°41). Tout comme il peut y avoir des éponges de toutes formes, tailles et couleurs, mais, plongées dans un même bain, c’est toujours la même eau que chacune répandra. Ainsi, c’est la même sainteté du Christ que répandent tous les saints, mais chacun le fait selon sa personnalité propre. Si le pape Jean-Paul II a multiplié les canonisations, c’est bien pour nous manifester que la sainteté concerne des hommes et des femmes de tous pays, toutes conditions sociales, toutes époques, toutes cultures, tous âges et états de vie.

Un saint ce n’est pas un héros, mais c’est quelqu’un qui se laisse conduire par l’Esprit Saint. Alors laissons-nous conduire davantage par l’Esprit Saint qui nous habite depuis notre baptême et notre confirmation. La sainteté, c’est notre affaire à tous !

+ Pascal ROLAND
Evêque de Belley-Ars