Messe pour les vocations à Ars

Messe pour les vocations sacerdotales Ars, 3 août 2013
Samedi 17° semaine T. O. (Matthieu 14, 1-12, martyre de Jean-Baptiste)

L’évangile de ce jour propose à notre méditation la belle figure du prophète Jean-Baptiste, patron de ce diocèse, celui que Jésus lui-même présente comme « le plus grand des enfants des hommes ». En ce jour où nous prions pour les vocations sacerdotales, je vous invite à voir en, lui la dimension prophétique du ministère des prêtres.

Jean-Baptiste apparaît en première ligne, mais vous pouvez constater qu’il renvoie constamment au Christ, qui vient derrière lui, mais qui est plus grand que lui, parce qu’avant lui il était. Jean-Baptiste a pour objectif, selon ses propres propos : « Lui, il faut qu’il grandisse, et moi que je diminue ». C’est-à-dire qu’il vise l’effacement, pour que le Christ ait toute la place.

Il se présente comme l’ami de l’Epoux et a pour seule ambition d’être le témoin joyeux de la rencontre entre l’Epoux et l’Epouse. Son ministère consiste à être la voix qui annonce la Parole. Son service vise à préparer les chemins du Seigneur et à conduire chacun à la rencontre personnelle avec le Sauveur.

Il lui revient de rendre témoignage et d’attester : « Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ! ». Il lui incombe de désigner le Sauveur : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il lui est demandé de réveiller l’attention de son entourage et de dire : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

La mission de Jean-Baptiste nous dit quelque chose de la façon dont les prêtres doivent exercer leur ministère. Tout à l’heure, dans sa conférence, Mgr Luis Francisco LADARIA FERRER (secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) nous disait : le prêtre «doit être bien conscient qu’il n’est pas le centre. Il ne doit pas prendre la place de Jésus-Christ, même s’il agit en persona Christi capitis. Il doit être celui qui laisse la place au Christ et le rend présent parmi ses frères et soeurs. Il n’y a qu’un centre dans l’Eglise : c’est le Christ et seulement lui ».

Aujourd’hui l’évangile nous montre Jean-Baptiste dans son rôle prophétique et manifeste comment il est appelé à témoigner du Christ jusqu’au martyre annonciateur de la propre mort du Christ. Son rôle prophétique le conduit à rendre témoignage à la vérité et donc à déranger, parce que la vérité met au jour le mensonge ; la lumière chasse les ténèbres.

Saint Marc rapporte qu’Hérode avait conscience que Jean Baptiste était un homme juste et saint. De son côté, saint Matthieu dit qu’il avait peur de la foule qui le tenait pour un prophète. Aussi Hérode craignait-il Jean-Baptiste et le protégeait-il. Quand il l’écoutait, il était très embarrassé, parce qu’il entendait un appel à la conversion, un appel à mettre Dieu au centre de sa vie, un appel à remettre de l’ordre dans sa vie. Cependant, il aimait entendre Jean-Baptiste, parce qu’il aimait entendre la vérité.

L’homme est fait pour la vérité. Aussi est-il heureux, au plus intime de lui-même, lorsqu’il entend la vérité, car comme l’affirme Jésus, la vérité rend libre. La vérité, c’est le chemin de la vie authentique. Hérode est donc heureux d’entendre Jean-Baptiste, même si le péché oppose des résistances à sa conversion, même si sa volonté est défaillante pour opérer les ruptures libératrices et choisir les changements qui le feraient vivre dans la vérité.

Hérode est malheureusement prisonnier. Prisonnier de ses sens et de son imagination, qui font qu’il se laisse séduire par la beauté de la fille d’Hérodiade et en perd la raison. Il est également prisonnier du regard des autres, de sa soif de pouvoir et de l’orgueil, qui l’empêchent de revenir sur la folie de ses engagements publics. Ce manque de liberté intérieure le conduit à livrer à la mort un innocent, plutôt que de reconnaître publiquement sa faute.

De son côté, Jean-Baptiste, lui, est un homme libre. Il expose paisiblement la vérité : «Tu n’as pas le droit de vivre avec (la femme de ton frère) ». Il énonce la vérité face à Hérode comme aux autres, pour que chacun puisse venir à la lumière et soit en mesure de se déterminer personnellement face à elle. Il ne tremble pas devant les puissants de ce monde. Il ne craint pas le jugement des hommes. Il ne craint pas la mort. Car il vit sous le seul regard de Dieu. Il est totalement donné à Dieu et ne craint pas de payer de sa vie pour servir le salut de ses frères.

Etre prêtre à la manière de Jean-Baptiste, c’est être témoin du Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. C’est être témoin de celui qui est venu apporter un feu sur la terre. Etre prêtre à la manière de Jean-Baptiste, c’est désigner le Messie, l’Agneau de Dieu. C’est lui rendre témoignage dans l’offrande de soi-même en communion avec le Christ qui a souffert et qui est mort par amour pour nous.

Puisque nous prions aujourd’hui pour les vocations sacerdotales, demandons que les jeunes entendent l’appel du pape François qui, ces jours derniers, à Rio, les invitait à oser être révolutionnaires, à avoir le courage d’aller à contre-courant, comme le fait Jean-Baptiste. Le pape leur fait confiance et manifeste qu’il les croit capables d’aimer vraiment et d’aller jusqu’au bout de leurs aspirations les plus profondes.

Mais n’oublions pas qu’ils ont pour cela besoin de témoins parmi leurs frères aînés. Rappelons-nous que si Jean-Marie Vianney a été le grand saint que nous savons, c’est aussi parce qu’il été marqué par le témoignage de prêtres donnés corps et âme à leur ministère, dans la tourmente révolutionnaire. Des prêtres qui allaient au bout de leur consécration au service de Dieu et de leurs frères, osant prendre des risques pour l’annonce de l’Evangile et la célébration des sacrements.

Aussi demandons, par l’intercession de St Jean-Baptiste et de saint Jean-Marie Baptiste Vianney que les prêtres d’aujourd’hui vivent pleinement la dimension prophétique de leur ministère ; qu’ils donnent un témoignage de vie qui les rendra crédibles et qui constituera un vivant appel pour les jeunes générations. Parce qu’ils seront plus étroitement configurés à celui qu’ils annoncent, le Christ Sauveur par sa vie offerte.

+ Pascal ROLAND