La vérité doit être proclamée

Le temps pascal nous a donné l’opportunité de lire les Actes des Apôtres qui rapportent les débuts de l’Eglise. Ceux-ci nous montrent qu’il y a deux mille ans on a tout essayé pour dissuader les Apôtres de témoigner. On les a menacés, exclus, fait arrêter et jeter en prison, mais on n’a pas réussi à ce qu’ils s’abstiennent d’enseigner le nom de Jésus, c’est-à-dire d’annoncer que Dieu nous sauve du péché et de la mort éternelle, par la mort et la résurrection de Jésus, car rien ne peut arrêter l’amour.

Nous pouvons aisément établir un parallèle entre la situation des Apôtres et celle que nous connaissons aujourd’hui. Le pouvoir politique et une part de la société cherchent encore à empêcher les chrétiens de témoigner. Ils veulent les dissuader de confesser la vérité sur Dieu Créateur et Sauveur ; de dire la vérité sur l’être humain, créé dans la dualité homme et femme ; d’exposer la vérité universelle sur la sexualité, le mariage, la procréation, la filiation ; mais également de promouvoir la vérité sur le respect dû à l’embryon humain, à la personne handicapée, ou au malade en fin de vie, tout comme au migrant, au chercheur d’asile, au détenu ; ou encore de dénoncer la soif du pouvoir, l’idolâtrie de l’argent et les injustices sociales…

De nombreux responsables politiques de tous bords voudraient museler les croyants et enfermer l’expression de la foi dans la sphère du privé. Ils prétendent promouvoir une nouvelle laïcité, qui ne correspondrait plus à la neutralité de l’Etat et à la protection de la liberté religieuse ; mais qui deviendrait une laïcité d’interdiction, laquelle prohiberait toute expression religieuse dans le domaine public et instituerait donc un athéisme d’Etat, érigé en norme pour toute la société.

Beaucoup refusent la vérité, qui remet en cause leur rêve de toute-puissance, leur prétention orgueilleuse à l’autonomie, et leurs constructions humaines mortifères. Ils se considèrent agressés par le témoignage de la foi chrétienne, avant même de l’avoir écouté, alors qu’on leur annonce la vie et qu’on leur propose le bonheur véritable, auquel ils aspirent pourtant au plus intime d’eux-mêmes.

L’ignorance de la vérité est une forme de pauvreté qui touche malheureusement beaucoup de monde. Face à cette pauvreté, ceux qui sont riches de la vérité du Christ n’ont pas le droit de se taire, puisque tous ont droit à la vérité C’est pourquoi, face aux pressions et aux intimidations, les apôtres proclamaient : « Il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. » (Actes 4, 19-20). Traduits en justice, ils témoignaient : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29).

La vérité doit donc être proclamée, même si le témoignage doit aller jusqu’au martyre. Hier, Pierre et ses compagnons, avec la force de l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent (Actes 5, 32), ont été, jusque dans leur propre mort, témoins de la mort et de la résurrection de Jésus. Aujourd’hui encore, à travers le monde, des chrétiens meurent martyrs, témoignant de la victoire de l’amour par la croix et manifestant la vérité de la résurrection du Christ. Nous aussi, nous devons librement consentir à être d’une manière ou d’une autre étroitement associés à la croix du Christ, c’est-à-dire à l’amour divin qui se donne jusqu’au bout.

+ Pascal ROLAND
Evêque de Belley-Ars