« La fête des fêtes, célébration de notre salut »

Homélie de Mgr Pascal Roland pour la Vigile Pascale, le Samedi 30 mars 2013.

La fête de Pâques est « la fête des fêtes », car c’est la célébration de notre salut.

Je répète à l’envi que celui qui ne voudrait venir à la messe qu’une fois par an, c’est précisément cette nuit qu’il doit être présent ! Car en cette nuit de Pâques, nous vivons symboliquement toute notre vie chrétienne. Il suffit en effet de relire le chemin parcouru dans cette liturgie pour découvrir et réaliser ce que c’est qu’être chrétien.

Pour commencer, nous sommes arrivés dans la nuit. Cette nuit physique étant symbole de la vie sans Dieu, de la mort due au péché. Nous avons alors accueilli le Christ, en qui nous avons reconnu notre Lumière. Nous avons acclamé celui qui remporte la victoire sur les ténèbres.

Nous sommes entrés derrière le Christ, nous l’avons librement suivi, manifestant par là notre désir de vivre en enfants de Lumière. Il nous a communiqué sa lumière. Nous en avons tous été illuminés. Et nous sommes devenus un peuple rayonnant de la lumière divine.

Puis nous nous sommes assis et laissé enseigner par le Christ. Comme Jésus lui-même l’a fait avec les disciples d’Emmaüs, nous avons relu notre histoire, celle de toute l’humanité et la nôtre à chacun, en relisant les Ecritures à la lumière du Christ. Nous avons alors saisi la cohérence profonde de notre existence, depuis le récit de la Création et le mémorial de la sortie d’Egypte, voici qu’il nous a été donné de percevoir toute notre vie comme un profond mystère d’amour, de comprendre l’Alliance que le Dieu Créateur, le Dieu Trinité, scelle avec nous.

Nous ne sommes pas restés passifs, car nous sommes entrés en dialogue. Nous avons répondu au Dieu qui nous parle et nous révèle la beauté de notre vie. Nous avons laissé monter vers Dieu le chant des psaumes,
– le chant de la créature émerveillée devant son Créateur
– le chant du croyant qui fait confiance et obéit à son Seigneur
– le chant de reconnaissance de l’homme sauvé de l’esclavage
– le chant de la créature qui aspire à communier avec le Dieu vivant

Enfin nous avons chanté la gloire du Dieu Trinité, le Dieu Très-Haut, qui fait descendre sa paix sur les hommes, le Dieu qui se révèle pleinement en Jésus-Christ.

Alors nous avons eu joie à nous rappeler avec St Paul ce qu’est la grâce du baptême. Nous avons goûté la joie de découvrir que nous étions « morts au péché et vivants pour Dieu, en Jésus-Christ ». Nous avons apprécié d’apprendre que « l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec (Jésus) ». Et goûté la joie de nous savoir affranchis et libres pour Dieu ;
la joie de percevoir que la vie divine fait son oeuvre en nous, et de réaliser que le péché et la mort n’ont plus de pouvoir sur nous.

Au chant de l’Alléluia, nous avons accueilli l’Evangile, la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ. Nous avons accompagné les saintes femmes, qui se rendaient au sépulcre de Jésus :
Marie Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé. Dans ces femmes douloureuses, nous avons pu reconnaître l’humanité souffrante, l’humanité meurtrie par les épreuves ; l’humanité en mal d’espérance ; l’humanité en recherche de sens à son existence.

Mais ces femmes qui se rendent au tombeau, nous les avons vues les mains chargées d’aromates préparés avec soin. C’est l’humanité qui se présente avec toute sa bonne volonté, avec le désir de manifester l’amour que chacun possède au fond de son coeur. Les femmes ont formé le projet d’embaumer le corps de Celui qu’elles aiment. Certes, c’est un noble projet, car elles ne craignent pas de regarder en face la réalité de la mort. Certes, c’est un geste libre, car elles ne se soucient pas de l’opinion publique. Certes, c’est une démarche généreuse : mais leur geste est sans espérance, car sans perspective d’avenir. Ces femmes, c’est l’humanité qui pose des gestes de solidarité et d’amour, mais qui est enfermée dans un monde étriqué, dans un univers clos sur lui-même.

Parvenues au tombeau, les femmes sont déconcertées, car elles ne trouvent pas les choses telles qu’elles l’avaient imaginé. Elles vont alors de surprise en surprise. D’abord, elles découvrent avec étonnement que la lourde pierre qui obturait l’ouverture du tombeau a été roulée de côté. C’est le premier signe que la mort n’a pas pu retenir le Christ en son pouvoir. Ensuite, deuxième surprise, en entrant dans le sépulcre, elles ne trouvent pas le corps de Jésus, mais elles rencontrent un ange. Cette rencontre les laisse désemparées. « Elles furent saisies de peur », nous rapporte l’évangéliste. Et devant le vide, perdues, désorientées, elles nous font réaliser cette propension que nous avons tous à vouloir mettre la main sur Dieu. Elles nous font prendre conscience combien il nous est difficile d’accepter de lâcher prise lorsque le Seigneur nous conduit à convertir notre manière de le chercher et de le trouver.

Troisième surprise : l’ange leur annonce la Bonne Nouvelle de la résurrection. Pourquoi cherchons-nous Jésus dans le royaume de la mort ? Jésus ne nous a-t-il pas avertis que son royaume n’était pas de ce monde ? Comme les saintes femmes, nous aussi, nous avons la mémoire courte ! « Rappelez-vous ce qu’il a dit quand il était encore en Galilée : il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour, il ressuscite ».

Ainsi en est-il dans nos existences : le Seigneur nous a confié les paroles de la vie éternelle, des paroles de feu. Des paroles qui nous dépassent infiniment et qu’il nous faut bien du temps pour comprendre et assimiler. Jésus nous a pourtant expliqué moult fois qu’il n’y avait pas d’autre chemin que celui du mystère pascal. Cependant, quand survient un événement qui nous fait participer à la Pâque du Christ, nous avons tendance à oublier ses paroles et à omettre de regarder vers la Croix. Comme la Vierge Marie, il nous faut donc veiller à « retenir tous ces événements et les méditer dans notre coeur » (cf. Luc 2, 19).

Quatrième surprise : l’ange envoie les femmes vers le groupe des Apôtres et vers la Galilée.
Mais contemplons ce qu’il advient : les femmes cherchaient un corps prisonnier de la mort. Et ce corps disparu ouvre un espace vide, un espace infini. Un espace dans lequel est en train de naître un autre corps : le corps ecclésial, la communauté des croyants, dont elles-mêmes constituent le premier noyau. La communauté de ceux qui sont « morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ ». Une communauté de témoins qui a pour vocation d’être missionnaire, de rejoindre la Galilée, c’est-à-dire la région où se trouvent les personnes étrangères à la Tradition biblique.

Nous-mêmes ici et maintenant, nous avons la grâce de faire partie de cette communauté, de ceux qui sont « morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ ». Aussi dans quelques instants, nous allons être tous invités à redire solennellement oui à la grâce de notre baptême. Que ce renouvellement soit simultanément l’expression de la joie du salut reçu gracieusement et de notre décision de suivre fidèlement le Christ mort et Ressuscité, en qui nous reconnaissons celui qui illumine nos existences.

Nous poursuivrons notre célébration par l’Eucharistie. Le baptême et l’onction de l’Esprit Saint conduisent à l’Eucharistie. L’Eucharistie, c’est la Pâque de l’Eglise. Elle rend le mystère pascal toujours actuel. Elle nous communique la vie du Ressuscité et à ce titre, elle transfigure nos existences. Enfin, elle anticipe le Banquet du Royaume vers lequel nous marchons. Si nous avons compris cela, nous ne pouvons pas ne pas revenir chaque dimanche : nous ne pouvons pas manquer le rendez-vous que nous fixe le Ressuscité !

+ Pascal ROLAND