Lettre pastorale pour la nouvelle année liturgique

Lettre pastorale de Mgr Pascal ROLAND

« Proclamez la Bonne Nouvelle ! » (Marc 16, 15)

27 novembre 2016

1er dimanche de l’Avent

 

Chers amis,

 

Voilà déjà un an, le pape François nous invitait à entrer dans une année jubilaire centrée sur la miséricorde divine. J’espère qu’au cours de ce jubilé extraordinaire, comme le recommandait le successeur de Pierre, vous vous êtes vraiment laissés surprendre par Dieu et que vous l’avez vu ouvrir son cœur pour vous répéter qu’il vous aime et qu’il veut partager sa vie avec vous (Misericordiæ Vultus n° 25).

 

En refermant la porte sainte, le 20 novembre, lors de la fête du Christ Roi, nous n’avons pas signifié que la miséricorde était une affaire classée. Bien au contraire, tout ne fait que commencer ! Nous manifestons seulement que le premier temps de recentrement et de ressourcement est achevé et qu’il s’agit maintenant de persévérer fidèlement dans l’accueil et l’annonce de la miséricorde à tous, puisque celle-ci est la carte d’identité de notre Dieu (François) et que la crédibilité de l’Eglise passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion (Misericordiæ Vultus n° 10).

 

Porte Sainte Ars Mgr Roland

 

Pour ce qui est de notre diocèse, tout au long de l’année 2017 (du 25 janvier au 10 décembre), nous aurons la chance de poursuivre notre chemin de miséricorde en étant guidés et encouragés par la belle figure de sainteté offerte par saint Vincent de Paul. Nous ferons en effet mémoire du quatrième centenaire de son arrivée comme curé à Châtillon-surChalaronne (vous trouverez le programme en consultant le site www.vincentdepaul2017.org).

 

En son temps saint Vincent de Paul s’est converti en se laissant inspirer et conduire par l’Esprit Saint, qui le poussait à proclamer partout l’Evangile de la miséricorde : aussi bien auprès des orphelins que des galériens, des malades que des futurs prêtres, des riches que des pauvres, des femmes que des hommes, des personnes proches que des peuples lointains. Aujourd’hui, il nous revient de l’imiter avec détermination pour que la miséricorde divine continue de rejoindre les hommes de notre temps.

 

Chatillon St Vincent de Paul

 

Pratiquer les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles 

 

Tout au long de l’année écoulée, le pape François n’a pas cessé de réveiller notre conscience souvent endormie, en nous encourageant à pratiquer les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Aussi je vous invite à reprendre, individuellement et en communauté paroissiale, la liste des 14 œuvres de miséricorde (voir Conseil Pontifical pour la Nouvelle Evangélisation : Les œuvres de Miséricorde corporelles et spirituelles Editions Mame) et à vous demander celles qui doivent être développées, en fonction des appels que Dieu vous adresse dans votre prière et à travers les besoins objectifs locaux.

 

Pour ce qui est des œuvres de miséricorde corporelles, nous avons certainement à nous interroger plus particulièrement sur l’accueil des étrangers, la visite aux malades et l’accompagnement des défunts. Voyez ce que vous pouvez faire dans ces domaines, là où vous êtes. Quant aux œuvres de miséricorde spirituelles, il y a également beaucoup à faire pour secourir nos contemporains déboussolés dans un monde en perte de repères : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses et prier pour les vivants et les morts. Là aussi, demandez-vous ce qui doit être réalisé très concrètement, pour être témoins de la miséricorde du Père.

 

Dans ce monde qui connaît des changements en profondeur, croire en Jésus-Christ ne va plus de soi et nous réalisons qu’être chrétien est un choix personnel, d’autant plus exigeant que le milieu ambiant n’est généralement pas porteur. Autrefois nos ancêtres ont traversé les mers pour aller évangéliser des terres lointaines. Aujourd’hui la terre inconnue est à nos portes : c’est la société en pleine mutation qu’il s’agit d’évangéliser. La situation est tout aussi déstabilisante que le déplacement vers un pays étranger, car les modèles qui ont prévalu sont en train de s’effacer. Ainsi, par exemple, on ne peut plus concevoir la catéchèse des enfants comme on l’a fait durant des décennies. Les modes de vie, les évolutions sociales et économiques nous pressent d’organiser les choses autrement pour être fidèles à notre mission.

 

Face à cette aventure deux écueils nous guettent : la tentation d’un retour en arrière et celle de la fuite en avant. Si nous cherchions à reproduire un passé idéalisé, nous deviendrions très rapidement un musée sans vie. Et si nous édulcorions l’Evangile dans l’intention naïve de le rendre plus attrayant, nous ressemblerions au sel devenu fade, qui ne vaut plus rien, qu’on jette dehors et que les gens piétinent (Matthieu 5, 13). Les conditions de vie ayant changé, il faut annoncer le même Evangile mais de façon nouvelle.

 

Nous ne saurions nous contenter d’être des croyants, ni même des pratiquants routiniers. Le pape François nous demande de tous devenir des disciples missionnaires

 

Cette nouveauté ne relève pas de recettes miracles, mais elle est liée à notre propre conversion. L’avenir de l’Evangélisation ne dépend pas d’abord d’une technique à mettre en œuvre, comme si la mission était notre affaire ! Mais elle dépend de notre capacité à nous laisser saisir et régénérer par l’Esprit Saint pour suivre le Christ de plus près. Nous ne connaîtrons de fécondité que si nous renonçons humblement à tout maitriser, pour laisser Dieu agir comme il l’entend. En fin de compte, la mise à l’épreuve que nous traversons, le dépouillement que nous subissons, la pauvreté à laquelle nous sommes contraints, présentent l’avantage de nous purifier et de nous conduire à l’essentiel.

 

Nous ne saurions nous contenter d’être des croyants, ni même des pratiquants routiniers. Le pape François nous demande de tous devenir des disciples missionnaires. Cela comporte deux exigences. D’une part, la nécessité d’entretenir une relation personnelle avec le Christ Sauveur. D’autre part, l’implication dans une communauté paroissiale qui a vocation d’être comme une famille où chacun est accueilli et trouve sa place. On peut ajouter qu’être disciple missionnaire conduit à renoncer au paradigme permis/défendu, pour entrer dans la dynamique du chemin et la logique de la croissance.

 

Trois orientations prioritaires : communion fraternelle, périphéries existentielles et familles

 

Les orientations prioritaires que j’avais données l’an dernier restent valables. Tout d’abord, poursuivre un chemin de communion fraternelle. L’urgence est à la communion dans le service de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Nous n’avons que trop perdu d’énergie à nous regarder nous-mêmes, à nous quereller sur des options idéologiques, à rivaliser pour exercer un pouvoir, à nous blesser mutuellement par des jugements fratricides et des condamnations sans appel. C’est en obéissant ensemble au Père et en accomplissant notre mission commune au service des autres, que nous serons la maison et l’école de la communion (Saint Jean-Paul II).

 

Ensuite, sortir aux périphéries existentielles pour annoncer l’Evangile de la miséricorde. Le pape François enseigne que le disciple missionnaire est constamment en état de sortie. Il sort de ce qui rassure : le petit groupe d’amis, mais également les préjugés, les certitudes idéologiques, les illusions spirituelles. Sortir de soi, c’est aussi prendre le risque de la rencontre avec Jésus, une rencontre en vérité, une rencontre qui entraîne dans l’inconnu. Sortir de soi, c’est accepter d’être mis par Jésus en communion avec des personnes que l’on n’a pas choisies, pour vivre le mystère de la fraternité universelle. Sortir de soi, c‘est accepter de participer à la mission du Christ afin de témoigner à tous de la joie de l’Evangile. Bref, sortir de soi, c’est trouver du sens à sa vie en la donnant aux autres.

 

Enfin, il y a la pastorale de la famille. J’insiste notamment pour que l’on attache un soin particulier à la préparation au sacrement de mariage. Comme je l’avais demandé l’an dernier, il convient de relire nos pratiques pour améliorer et enrichir les parcours de préparation au sacrement de mariage, de vivre cette préparation dans une dynamique catéchuménale, d’y associer l’ensemble de la communauté paroissiale, et d’assurer un accompagnement des jeunes couples dans la durée. Trop fréquemment nous avons envisagé la réception du sacrement comme un objectif en soi, au lieu de considérer ce dernier comme un don à recevoir pour un chemin de vie à poursuivre avec d’autres, à la suite du Christ Sauveur.

 

Un nouvel outil missionnair

 

A l’échelle du diocèse, comme à celle de la paroisse, nous sommes tentés de de nous contenter d’une pastorale de simple conservation et d’entretenir tant bien que mal ce qui existe. Osons remettre en cause des fonctionnements qui ont été pertinents et fructueux en leur temps, mais qui ne sont plus adaptés ! Ainsi, constatant que les services diocésains ne correspondaient plus aux besoins réels des paroisses ni à ceux de la nouvelle évangélisation, et prenant acte qu’il était par ailleurs difficile de renouveler les responsables, j’ai décidé de faire évoluer les traditionnels services diocésains vers un nouvel outil missionnaire destiné à mieux servir la formation de la vie chrétienne.

 

Après une réflexion sur les services existants, j’ai institué un petit Conseil diocésain pour l’Evangélisation. Les membres du Conseil diocésain pour l’Evangélisation se mettront humblement à disposition des curés et des paroisses, non pas pour dicter ce qui doit être fait, ni pour réaliser la mission à la place des chrétiens du cru, mais pour aider à discerner les appels de l’Esprit, proposer des personnes ressource et les outils appropriés, mettre en réseau avec d’autres initiatives fructueuses, accompagner le projet missionnaire le temps nécessaire. N’hésitez donc pas à les solliciter !

 

A tous et à chacun je souhaite une bonne et sainte année : que la miséricorde divine ne cesse de vous renouveler pour que vous en soyez ses témoins infatigables !

 

+ Pascal Roland

 

Livret Miséricorde

« L’Eglise ressent fortement l’urgence d’annoncer la miséricorde de Dieu. La vie de l’Eglise est authentique et crédible lorsque la miséricorde est l’objet d’une annonce convaincante. Elle sait que sa mission première, surtout à notre époque toute remplie de grandes espérances et de fortes contradictions, est de faire entrer tout un chacun dans le grand mystère de la miséricorde de Dieu, en contemplant le visage du Christ. L’Eglise est d’abord appelée à être témoin véridique de la miséricorde, en la professant et en la vivant comme le centre de la Révélation de Jésus-Christ. Du cœur de la Trinité, du plus profond du mystère de Dieu, jaillit et coule sans cesse le grand fleuve de la miséricorde. Cette source ne sera jamais épuisée pour tous ceux qui s’en approcheront. Chaque fois qu’on en aura besoin, on pourra y accéder, parce que la miséricorde de Dieu est sans fin. Autant la profondeur du mystère renfermé est insondable, autant la richesse qui en découle est inépuisable. »
Pape François Bulle d’indiction du jubilé de la miséricorde, Misericordiæ Vultus, n° 25