Lettre pastorale pour la fête de Pentecôte

Pentecôte 2015 Confirmation (Photo C. Duval)

4 juin 2017

Chers amis,

 

Il y a quelques jours, j’ai adressé un courrier aux prêtres du diocèse pour les inviter à vous entraîner à développer ce que le pape François nomme la culture de la miséricorde, selon les indications que celui-ci a données dans sa lettre apostolique Misericordia et misera, concluant le jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Le pape nous ayant suggéré des actions précises, j’ai demandé à vos pasteurs de faire en sorte que chaque paroisse organise quelque chose de simple et de concret, au besoin en s’associant à une ou plusieurs paroisses voisines. Je compte sur vous pour répondre généreusement aux initiatives de votre curé par un engagement significatif et durable, puisqu’il en va du renouveau de l’évangélisation.

 

Développer la culture de la miséricorde

 

D’une part, le successeur de Pierre nous demande de consacrer un dimanche à la découverte, l’approfondissement et la diffusion des saintes Ecritures. Voici ce qu’il écrit : « Il serait bon qu’un dimanche de l’année liturgique chaque communauté puisse renouveler son engagement à diffuser, faire connaître et approfondir l’Écriture Sainte : un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple. La créativité ne manquera pas pour enrichir ce moment par des initiatives qui stimuleront les croyants à être de vivants instruments de transmission de la Parole. Parmi ces initiatives, il y a certainement la diffusion plus large de la lectio divina, afin que la vie spirituelle trouve un soutien et les moyens de sa croissance dans la lecture priante du texte sacré. La lectio divina, sur les thèmes de la miséricorde, permettra de toucher du doigt quelle fécondité jaillit du texte sacré lorsqu’il est lu à la lumière de toute la tradition spirituelle de l’Église, et qu’il débouche nécessairement sur des gestes et des œuvres concrètes de charité » (n° 7). Pour répondre à cette première demande, je vous suggère de travailler à partir de l’exhortation apostolique post-synodale de Benoît XVI Verbum Domini (2010). Vous pouvez également vous exercer à la pratique de la lectio divina à l’aide d’un ouvrage comme celui du P. Christophe de Dreuille « Nourris-toi de la Parole de Dieu » (Edition Parole et Silence) et son Cahier Evangile n° 164.

 

D’autre part, le pape François demande que nous fassions du 33° dimanche du temps ordinaire « la journée mondiale des pauvres ». Cette année, ce sera le dimanche 19 novembre 2017. Il en précise l’esprit en ces termes : « Ce sera la meilleure préparation pour vivre la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, qui s’est identifié aux petits et aux pauvres et qui nous jugera sur les œuvres de miséricorde (cf. Mt 25,31-46). Ce sera une journée qui aidera les communautés et chaque baptisé à réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile et sur le fait que, tant que Lazare gît à la porte de notre maison (cf. Luc 16,19-21), il ne pourra y avoir de justice ni de paix sociale. Cette Journée constituera aussi une authentique forme de nouvelle évangélisation (cf. Mt 11,5) par laquelle se renouvellera le visage de l’Église dans son action continuelle de conversion pastorale pour être témoin de la miséricorde » (n° 21). Cette seconde demande doit être une occasion concrète de dynamiser et amplifier la dimension caritative de vos communautés paroissiales. Pour apporter une réponse, appuyez-vous sur les groupes existant localement (par exemple Secours Catholique, Foi et Lumière, Equipes Saint-Vincent, Société de Saint-Vincent-de-Paul, service évangélique des malades, équipe au service des migrants, etc.). Identifiez aussi les besoins nouveaux et cherchez comment y répondre avec créativité et générosité. Le programme de la journée pourra comporter notamment une table ouverte paroissiale, comme cela se pratique déjà régulièrement en plusieurs lieux. Il faut veiller à ce que les pauvres soient acteurs de cette journée, parce que le Christ lui-même est présent en eux.

 

Dans sa lettre apostolique Misericordia et misera, le pape François aborde longuement aussi le thème du sacrement de la Réconciliation, sujet auquel nous ne saurions être insensibles, nous qui vivons dans un diocèse marqué par la grâce de saint Jean-Marie Vianney ! Si nous voulons être des témoins de la miséricorde divine, il faut bien sûr que nous commencions par en faire une expérience renouvelée et entretenue. Le pape François nous dit : « Dans le sacrement du Pardon, Dieu montre le chemin pour revenir à lui et invite à faire de nouveau l’expérience de sa proximité ». Plus loin, il dit encore : « Le sacrement de la Réconciliation doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne ». C’est pourquoi je vous invite à vous demander ce que vous pouvez faire pour découvrir vous-mêmes et faire découvrir aux autres la grâce de ce sacrement de guérison : nous disposons d’un trésor qui est trop méconnu et insuffisamment dispensé !

 

Confession

 

Suis-je vraiment un disciple-missionnaire ?

 

Pour répondre aux défis qui se posent à nous, je vous encourage à engager trois réflexions urgentes. D’abord, en relisant les évangiles et les actes des apôtres, demandez-vous : qu’est-ce qu’être disciple du Christ ? Suis-je vraiment un disciple-missionnaire ? Et puis, face aux conditions de vie qui ont profondément changé depuis cinquante ans et qui bousculent aussi notre organisation ecclésiale, demandez-vous : quels doivent être les contours d’une paroisse dans ce contexte nouveau et qu’est-ce qui est nécessaire pour la vie d’une paroisse ? Enfin, prenant acte que dans nos sociétés occidentales sécularisées, on a malheureusement banalisé le dimanche, demandez-vous : que devons-nous changer dans nos habitudes pour signifier le rôle central du dimanche comme « jour du Seigneur ». C’est un jour à vivre autrement si nous voulons non seulement entretenir notre foi mais également être un signe pour nos contemporains et leur donner le premier témoignage que Jésus est vraiment ressuscité. Comment manifestons-nous que le dimanche est le premier jour de la semaine ? Comment révélons-nous que chaque dimanche c’est Jésus ressuscité qui nous rejoint pour nous communiquer la vie éternelle ? Nous devons être inventifs pour faire du dimanche un jour vraiment différent des autres ! N’est-ce pas un jour où donner priorité à des formations pour tous ; où mettre en place des écoles de prière et organiser des démarches de pèlerinage ; un jour où rassembler les différentes générations et les diverses catégories sociales pour vivre la fraternité concrète, sans oublier les pauvres et les malades ?

 

Cette année, nous avons eu la grâce de nombreux baptêmes d’adultes. La question se pose de savoir comment ces nouveaux-nés sont accueillis et accompagnés dans leur croissance : quelle attention leur portons-nous ? Comment accueillons-nous la grâce de leur arrivée qui peut nous surprendre et nous bousculer ? Comment les aidons-nous à trouver leur place ? Prenons-nous le temps de les rencontrer et d’écouter leur témoignage ? Cherchons-nous à savoir comment la rencontre avec le Christ et l’Eglise a changé leur vie ? Leur donnons-nous la possibilité d’exprimer leurs joies et leurs déceptions ; leurs attentes et leurs rêves ?

 

L’année à venir sera marquée par la préparation du synode d’octobre 2018 sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Ce doit être l’occasion de repenser notre pastorale des jeunes et de l’intégrer plus étroitement à la vie paroissiale. Ce doit être également l’occasion de nous interroger sur ce qui est fait pour permettre aux vocations de naître et de grandir. Alors que depuis 1986, nous avions eu, sans discontinuer durant 30 ans, la grâce de l’ordination d’au moins un prêtre par an pour le service du diocèse, nous sommes entrés dans un temps de pauvreté : pas d’ordination en 2016, ni cette année. Pas d’entrée non plus au séminaire pour le diocèse. Cette situation n’est certes pas surprenante, en raison de la baisse démographique et du petit nombre de familles chrétiennes, mais nous ne pouvons pas nous y résigner ! J’attire votre attention sur l’urgence de créer un climat propice à l’éclosion et à la maturation de vocations de prêtres diocésains et la nécessité de bien accompagner les jeunes qui entendent un appel. C’est notre mission à tous !

 

Pour ce qui est de la vie religieuse féminine, cette période est marquée par la célébration d’une profession perpétuelle au Carmel d’Ars et d’une autre chez les Dominicaines du Cœur Immaculé de Marie, à Bourg. Je vous invite non seulement à en rendre grâce, mais également à manifester la nécessité vitale de la vie consacrée et à encourager ceux et celles qui y sont appelés. Car, la vie consacrée est indispensable à la vie chrétienne en raison de sa dimension prophétique. Nous avons besoin d’hom-mes et de femmes qui mettent sous nos yeux la manière de vivre de Jésus dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Je recommande particulièrement à votre prière le projet d’implantation de deux communautés religieuses apostoliques en des lieux du diocèse où le témoignage de la vie consacrée fait actuellement cruellement défaut.

 

Mgr Roland profession dominicaines

 

Le pape François nous donne les fondements d’une culture de la miséricorde. Celle-ci « s’élabore dans la prière assidue, dans l’ouverture docile à l’action de l’Esprit, dans la familiarité avec la vie des saints et dans la proximité concrète des pauvres » (Misericordia et Misera n° 20). Cette année, nous avons la chance de vivre le déploiement de la grâce de l’année de la miséricorde en approchant de manière renouvelée la belle figure de sainteté de saint Vincent de Paul, à l’occasion du 400e anniversaire de sa venue à Châtillon-sur-Chalaronne. Savez-vous ce qui a aidé celui-ci à tenir, lorsqu’il a traversé une longue période de nuit spirituelle ? Ce fut, d’une part, de placer sur son cœur un papier sur lequel il avait écrit le texte du credo et, chaque fois qu’il était éprouvé, de mettre sa main à la poitrine pour signifier son refus de céder à la tentation d’abandon de la foi. D’autre part, ce fut de redoubler d’amour pour les pauvres, en se tenant fidèlement à son service quotidien auprès des malades de l’hôpital de la Charité. Il a d’ailleurs été totalement délivré de son épreuve le jour où il a pris la résolution de consacrer sa vie aux pauvres pour honorer davantage le Christ et le suivre de manière plus constante. Aussi, puisque le pape François nous encourage à vivre dans la familiarité avec la vie des saints, je vous recommande d’aller vivre une journée de pèlerinage à Châtillon-sur-Chalaronne. J’attire tout particulièrement votre attention sur le spectacle son et lumière qui sera donné entre les 6 et 23 juillet ainsi que sur le colloque qui se tiendra du 26 au 27 septembre 2017.

 

Il me reste à vous adresser mes salutations cordiales, vous souhaitant à tous de vivre dans la joie et l’espérance surgies du mystère pascal. Que la fête de la Pentecôte nous renouvelle tous et toutes dans la disponibilité au souffle créateur de l’Esprit Saint !

 

Fraternellement.

+ Pascal Roland

 

St Vincent Châtillon

 

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