Homélie de l’appel décisif

Notes homélie 1° Dimanche de Carême (C)

Appel décisif à Meximieux 10 mars 2019

 

 

 » Si tu es Fils de Dieu  » … Mais, nous sommes bien  » fils de Dieu  » ! La condition de fils de Dieu nous a bien été conférée par le baptême que nous avons reçu ! La preuve en est que lorsque nous prions, nous nous adressons à Dieu en le nommant « Père ». Nous sommes enfants de Dieu, voilà notre identité profonde et réelle. La manière de répondre de Jésus dans l’Evangile de ce jour nous intéresse donc au plus haut point. Son comportement nous conduit à saisir comment nous-mêmes nous devons concevoir et mener notre existence d’enfants de Dieu.

 

1° remarque : Jésus, après son baptême dans le Jourdain, est rempli de l’Esprit Saint. Et c’est le même Esprit Saint qui le conduit à travers le désert, où il est mis à l’épreuve. Ainsi Jésus nous manifeste-t-il ce qu’opère pour nous le baptême :

– nous sommes remplis de l’Esprit Saint. Autrement-dit, nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas sans défense devant les tentations du monde ; nous ne sommes pas sans armes dans le combat spirituel

– nous sommes conduits par l’Esprit Saint. Autrement-dit, nous sommes accompagnés et soutenus sur le chemin ; nous bénéficions d’un guide intérieur ; nous sommes conseillés et orientés pour prendre de bonnes décisions

 

2° observation : que nous révèle Jésus dans son comportement au désert ? Nous constatons qu’il fait constamment référence à son Père. Jamais il ne s’affranchit de cette relation vitale. Sa relation aux biens terrestres et à autrui ; ses prises de décisions sont toujours éclairées par la référence au Père. C’est ce qui lui donne de ne pas succomber à la tentation. C’est ce qui le rend fort dans le combat qu’il doit mener en tant qu’homme.

 

Regardons les choses de plus près. Nous constatons que Jésus jeûne. Il ne s’agit pas d’un régime alimentaire ni d’un exploit ascétique. Le jeûne signifie le libre choix d’une dépendance à l’égard de Dieu qui donne la nourriture (cf. Lévitique 16, 19-31). Le jeûne est destiné à favoriser la disponibilité de tout l’être pour rencontrer Dieu et pour accomplir la mission confiée.

 

Jésus est mis à l’épreuve par le démon. Le démon, c’est celui qui a pour objectif la division. Il cherche à séparer Jésus de son Père. Il cherche à abîmer et abolir la relation filiale. C’est bien ainsi qu’il nous éprouve aussi : il met en question notre relation à Dieu, il place des obstacles sur la route. Il veut nous faire nier et oublier notre identité profonde d’enfants de Dieu.

 

Considérons maintenant le triple aspect de la tentation. La tentation de rupture touche trois aspects fondamentaux de notre vie :

– notre rapport aux biens terrestres : l’économique

– notre rapport aux autres humains : le politique

– notre rapport à Dieu : le religieux

 

Reprenons en détail. Pour commencer, le rapport aux biens terrestres :  » Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre « . Il convient de reconnaître que tous les biens sont des dons du Créateur. Il importe de ne pas les convoiter pour eux-mêmes en oubliant la relation au donateur, qui est primordiale. Ce qui est en jeu, c’est le refus de réduire l’homme à sa dimension économique. Nous constatons tous l’impasse de la société contemporaine qui voudrait réduire l’être humain à n’être qu’un consommateur !

 

Ensuite, le rapport aux autres :  » Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela ». Il y a un instinct de domination qui sommeille au fond de tout homme. Jésus combat cet instinct et nous révèle que celui qui est grand, c’est en réalité celui qui se fait serviteur, celui qui prend la dernière place, comme lui, Jésus, le fera jusqu’à la croix. Ce qui est en jeu, c’est le refus d’aliéner autrui au service de ses intérêts personnels.

 

Enfin, le rapport à Dieu : » Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu« . Il y a une certaine manière d’envisager la dimension religieuse qui est pervertie. Celle-ci consiste à chercher à se servir de Dieu, à prétendre utiliser la puissance divine pour servir nos fins personnelles. En réalité, il s’agit de respecter Dieu et d’accepter humblement les données de notre condition humaine. Ce qui est en jeu, c’est le refus de tricher avec notre condition de créature.

 

Le temps du Carême est offert pour nous rendre notre identité profonde : baptisés, nous sommes enfants de Dieu. Il nous faut apprendre avec Jésus à vivre une relation filiale authentique. Autrement-dit : accepter librement à dépendre de l’Amour gratuit du Père. Vous conviendrez que notre comportement vis-à-vis de Dieu ressemble souvent d’assez près à celui de l’adolescent qui prétend conquérir une personnalité en larguant toutes les amarres, en refusant toute relation de dépendance, en coupant le fil qui le relie à Dieu et aux autres.

 

Autrefois, dans le désert, nos pères, les Hébreux, ont succombé à la tentation : ils ont nié la relation à Dieu ; ils ont perdu confiance dans le Dieu Libérateur qui les avait fait sortir d’Egypte. Ils ont rompu l’Alliance. Ils en sont morts et n’ont pas pu accéder à la terre promise. Jésus, épousant notre humanité, a refait le chemin des Hébreux dans le désert. Il a fait confiance indéfectiblement au Père, jusque dans la mort. Il est donc celui qui nous donne la vie.

 

Aujourd’hui, Jésus nous appelle à le suivre, en tenant fermement la main qu’il nous tend. Laissons-nous éclairer et conduire par l’Esprit Saint qui nous habite : soyons ce que nous sommes par le baptême : des enfants de Dieu !

 

+ Pascal ROLAND.