La nuit pascale représente tout l’itinéraire de la vie chrétienne

Notes homélie de la Vigile Pascale 2019 à la co-cathédrale ND de Bourg 20 avril 2019

 

(Baptême par immersion de 2 adultes : Stéphanie et Anthony et de 7 adolescents : Valentin, Jérémy, Aurélie, Enzo, Romane, Loïc et Manuella)

 

 

Chers amis, cette nuit, vous entrez pleinement avec nous dans la vie chrétienne, par la réception des trois sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, confirmation et communion eucharistique. Votre naissance à la vie chrétienne est une joie immense. D’abord pour vous-mêmes, parce que vous attendiez ce jour avec impatience. Mais également pour toute la famille des chrétiens qui vous entoure. Nous sommes en effet heureux de vous accueillir, comme un don que Dieu nous fait, avec une joie semblable à celle qui se manifeste dans une famille lorsqu’arrive un nouveau-né dont la venue émerveille chacun !

 

De plus, votre naissance nous remet avec bonheur devant les yeux à tous la grâce de notre propre naissance à la vie d’enfants de Dieu. Ce que vous vivez aujourd’hui nous permet à tous de réaliser la grâce de notre propre vie chrétienne et d’y adhérer davantage. Votre naissance nous manifeste avec précision ce que c’est qu’être chrétien. Et elle nous conduit à redire un OUI enthousiaste au don que nous avons reçu.

 

Je vous engage à conserver dans la mémoire profonde de votre cœur tout ce que vous expérimentez durant cette vigile pascale. Et j’invite chacun de ceux et celles qui vous entourent à garder également en mémoire l’ensemble de cette liturgie. Car ce qu’il nous est donné de vivre en cette nuit pascale représente en fin de compte tout l’itinéraire de la vie chrétienne. C’est ce chemin que nous avons à intégrer et à laisser se déployer au quotidien.

 

Regardez bien ! Nous sommes arrivés dans la nuit, symbole de la vie sans Dieu, symbole de la mort, lorsque nous refusons de vivre en communion avec Dieu. Nous avons accueilli le Christ, qui a fait irruption comme le feu dans la nuit. Nous l’avons acclamé comme celui qui remporte la victoire sur les ténèbres.

 

Considérez bien ce qui s’est passé ensuite : nous avons tous suivi le cierge pascal, qui représente le Christ. Jésus étant « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), nous lui avons fait confiance et nous l’avons librement suivi. Nous sommes entrés derrière lui, progressant avec détermination.

 

Il nous a ouvert la route dans cet édifice plongé dans le noir. Chemin faisant, il nous a communiqué sa lumière et toute l’église s’en est bientôt trouvée illuminée. Lorsque vous aurez à affronter des situations éprouvantes, souvenez-vous de cette marche dans la pénombre. Surtout ne vous laissez pas impressionner par les ténèbres et faites confiance au Christ ! Et puis sachez que c’est en marchant que vous trouverez la lumière de la foi !

 

Vous aussi, avec nous, vous devenez des enfants de lumière. Avec nous, vous serez  » chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière  » (I Pierre 2, 9). Vous entendrez le Seigneur vous dire à vous aussi :  » Vous êtes la lumière du monde « , et vous recommander :  » Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.  » (Mt 5, 14+16).

 

 

Revenons à notre parcours : après avoir entendu le chant de l’annonce de la Bonne Nouvelle de la Résurrection, nous nous sommes laissé longuement enseigner par le Christ. A la lumière du Christ, qui est l’alpha et l’oméga, la source et la fin de toute chose, et en qui se trouve la clef de compréhension des Ecritures, nous nous sommes remémoré les événements majeurs de l’histoire du salut, depuis le récit de la Création, jusqu’aux messages des Prophètes, en passant par le mémorial de la sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse.

 

En prenant ainsi le temps de relire notre histoire humaine, nous avons pu goûter combien toute notre vie est portée, enveloppée dans l’amour de Dieu. Il nous a été donné de saisir que toute notre existence est un mystère d’amour. Nous avons compris l’Alliance que Dieu scelle avec nous, de manière fidèle et continuelle. Prenez l’habitude de relire ainsi votre existence et de faire mémoire de tout ce que Dieu a déjà fait pour vous personnellement. Et laissez-vous enseigner par la Parole de Dieu.

 

Vous avez remarqué combien l’écoute des lectures bibliques a suscité de notre part la réponse enthousiaste de la louange. Après chacune, nous avons en effet laissé notre cœur s’exprimer par le chant joyeux des cantiques et des psaumes. Nous avons en quelque sorte dialogué avec Dieu, en laissant monter vers lui le chant de la créature émerveillée devant son Créateur ; le chant du croyant qui fait confiance et obéit à son Seigneur ; le chant de reconnaissance de l’homme sauvé de l’esclavage ; le chant du fidèle qui aspire à demeurer en communion avec le Dieu vivant.

 

Après le chant du Gloria, nous avons eu joie d’entendre l’apôtre St Paul nous exposer ce qu’est la grâce du baptême et de la vie nouvelle avec le Christ. Il nous a expliqué que par le baptême, nous sommes  » morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ « . C’est-à-dire que  » l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec [Jésus] « . Le chrétien est en effet dans la joie d’éprouver que la mort n’a plus de pouvoir sur lui et expérimente que la vie divine fait son œuvre en lui.

 

Au chant de l’Alléluia, nous avons accueilli l’Evangile, la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ. Nous avons regardé les saintes femmes se rendre au tombeau de Jésus : Marie Madeleine, Jeanne, Marie mère de Jacques. Dans ces femmes douloureuses, nous avons pu nous reconnaître, car elles sont l’image de l’humanité souffrante, en mal d’espérance. Ces femmes qui se rendent au tombeau, nous les avons vues les mains chargées de parfums destinés à embaumer le corps de Jésus. Là aussi, nous avons pu y reconnaître notre chemin personnel d’ouverture à Dieu : c’est chacun d’entre nous, qui se présente avec sa bonne volonté, avec la générosité qu’il porte au fond de son cœur.

 

Parvenues au tombeau, les femmes vont de surprise en surprise. Elles constatent que la lourde pierre qui obturait l’ouverture du tombeau a été roulée de côté. C’est le premier signe que la mort n’a pas pu retenir le Christ en son pouvoir. Ensuite, pénétrant dans le tombeau, elles ne trouvent pas le corps de Jésus, mais elles rencontrent deux anges, qui leur annoncent la Bonne Nouvelle de la résurrection. Vous avez remarqué comme ceux-ci les invitent à faire mémoire des paroles de Jésus. Vous aussi, quand vous serez désemparés, souvenez-vous des paroles de Jésus !

 

N’est-ce pas extraordinaire ? Les femmes cherchaient un cadavre, un corps prisonnier de la mort. Et ce corps disparu ouvre un espace vide, un espace infini, élargi aux dimensions du monde entier, un espace dans lequel est en train de naître un autre corps : le corps de l’Eglise, c’est-à-dire la communauté des croyants, dont ces femmes constituent le premier noyau. Vous-mêmes, vous entrez aussi dans cette communauté des croyants, la grande famille de ceux qui sont  » morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ « .

 

 

Dans quelques instants, nous allons invoquer pour vous la grande famille des saints du Ciel. Tous ces frères et sœurs aînés qui nous précèdent dans la foi, nous tracent le chemin par leur exemple et nous soutiennent de leur amitié.

 

 

Par la réception du baptême vous allez être mis au tombeau avec le Christ et vous allez participer à sa résurrection pour devenir des créatures nouvelles. Le mot baptême signifie  » plongeon, immersion  » : en étant totalement plongés dans l’eau, vous allés être plongés dans la mort avec le Christ, pour avoir part à sa résurrection et ressortir totalement renouvelés avec lui.

 

Par le sacrement de confirmation, vous allez recevoir le don du Saint Esprit, qui vous éclairera de l’intérieur, vous soutiendra dans les épreuves, et vous rendra capables d’aimer de l’amour même de Dieu. Ainsi équipés, Jésus vous envoie en mission pour être ses témoins.

 

Nous poursuivrons notre célébration par l’Eucharistie, car c’est là que le Christ Ressuscité continue de nous communiquer sa vie. Le don que le Christ a accompli pour tous sur la croix, le vendredi saint, est là, à votre portée, pour que vous puissiez en bénéficier et en vivre. Le Seigneur vous invite à sa table et, pour la 1° fois, vous allez recevoir  » Le pain vivant descendu du ciel  » (Jn 6, 51), avec cette promesse :  » Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui  » (Jn 6, 56).

 

N’oubliez donc pas que chaque dimanche, le Seigneur vous donne ainsi rendez-vous pour se livrer à vous. N’oubliez pas qu’on ne peut pas être chrétien sans le Christ, et que vous ne pouvez pas être chrétiens sans les autres membres du Corps du Christ, qui ont besoin de vous, comme vous avez besoin d’eux.

 

Le dimanche est appelé  » le jour du Seigneur « , parce que c’est le jour du Christ ressuscité. Nous y célébrons l’événement de Pâques, qui renouvelle notre rapport au temps et à toutes les réalités de ce monde terrestre. Nous rencontrons le Christ Ressuscité qui nous communique la vie divine pour transfigurer nos existences et nous préparer au Banquet éternel, vers lequel nous marchons ensemble.

 

+ Pascal ROLAND