Voeux… pour aujourd’hui

C’est avec l’enthousiasme de ces jeunes des J.M.J. de notre diocèse, partis à Cologne au mois d’août dernier, que je voudrais vous transmettre mes voeux de bonne et sainte année !

Quand on part en voyage, on se renseigne sur l’itinéraire, sur la météo, sur l’état des routes, etc… Si on part à l’étranger, on prend soin de s’informer de la langue, de la culture, des habitudes, des grandes villes que l’on va traverser. C’est de cette façon que l’on profitera au mieux du voyage, mais l’imprévisible n’est jamais totalement supprimé.

Commencer une nouvelle année ressemble à un départ en voyage ! Même avec tous les renseignements pris, la part d’inattendu reste grande. Je pense à ce qui m’est arrivé à l’aéroport de Pékin, il y a quelques années.

Quand je suis descendu de l’avion, je savais qu’il fallait franchir trois séries de fouilles. Les deux premières ne posaient pas trop de problème : c’étaient des civils. Mais la troisième était effectuée par des membres du Parti. Or j’étais parti incognito et j’avais quand même emporté ma croix et quelques objets qui pouvaient révéler mon identité. Une vérification minutieuse pouvait
être très compromettante !

J’arrive donc à la troisième fouille avec une certaine crainte. Or, il n’y avait personne au guichet, tout le monde passait sans problème – sans ouvrir ni sac, ni valise. Les six agents étaient attablés un peu plus loin au restaurant, où ils se détendaient et prenaient une boisson Il faut dire qu’il était près de minuit ! Ouf ! Quel soulagement !

Ainsi, l’inattendu fait partie du voyage. L’avenir nous échappe. Et devant lui, nous sommes tous à égalité. L’un n’est pas mieux informé que l’autre sur ce qui arrivera !

Devant cet inconnu qui nous est commun, on comprend que l’on puisse se donner mutuellement du courage ! que l’on puisse se dire les uns aux autres : n’ayons pas peur de partir en voyage ! N’ayons pas peur de mettre à l’eau notre petite embarcation ! Allons-y de grand coeur ! Soutenons-nous sur ce chemin qui ouvre sur l’inconnu ! Soyons prêts à braver les intempéries ! Soyons prêts à goûter à plein les moments de joie et de fête ! Marchons dans la confiance !

Ne croyez-vous pas que les voeux que nous échangeons consistent en effet à exorciser les peurs de l’avenir, à nous familiariser avec l’inattendu, l’imprévisible du futur. Les voeux seraient une façon de nous rassurer ; de susciter la confiance face aux incertitudes ! Se souhaiter une « Bonne année » voudrait dire : « Tu peux compter sur moi pour t’aider à surmonter les craintes de l’avenir ; je ferai tout mon possible pour que tu gardes confiance ! »

Mais, à la réflexion, on voit bien que, s’il n’y avait plus d’inconnu, la vie manquerait de piment. Elle serait comme un plat qui n’est pas assaisonné ! C’est l’imprévu qui donne de la saveur à la vie ! Quand on regarde un match de football en différé, et que l’on sait à l’avance le résultat, il n’y a plus grand intérêt à regarder. C’est l’inconnu du résultat qui vous tient en haleine jusqu’à la dernière minute ! C’est parce que l’on ne connaît pas l’issue, que l’on regarde avec tant de passion ! L’attente donne du goût à la vie !

Le sens des voeux prend alors une autre coloration. C’est comme si l’on se disait les uns aux autres :
– Restons confiants devant l’inattendu de la vie !
– Soyons heureux parce que nous irons de surprise en surprise !
– Soyons heureux parce que tout est possible ! Rien n’est fermé puisque rien n’est programmé. L’avenir est entre vos mains ! Mieux que cela, il sera ce que vous en ferez ! L’avenir dépend en grande partie de vous, dans la manière dont vous l’accueillerez et vous lui répondrez !

L’esprit du monde nous laisserait croire que nous sommes sous le joug d’un destin inéluctable : le « fatum » des Grecs et des Romains. Tout est déjà programmé quand nous apparaissons sur la scène du monde. Nous sommes des acteurs apparents, puisque nous ne pouvons rien changer au déroulement du spectacle ! Les jeux sont faits. Inéluctablement, le monde aboutira là où il doit aboutir. Nous ne faisons que de la représentation !

A force de respirer ce climat d’impuissance, nous en venons à nous laisser convaincre que la trajectoire du monde et celle de notre propre vie ne pourront jamais être modifiées ! Nous laissons ainsi le champ libre à ceux qui, justement, nous ont convaincu que l’on ne pouvait rien faire ! Eux agissent et réalisent leurs projets !

Au contraire, au début d’une nouvelle année, je voudrais dire à chacun et à chacune d’entre vous que, parce que nous sommes devant un nouvel avenir : tout est possible ! Et qu’au lieu de nous jeter dans la peur, cette ignorance nous invite à le regarder comme la promesse d’une nouveauté, comme un espace où nous pourrons inscrire notre propre action ! L’avenir est comme un printemps où des fleurs encore inconnues pourront fleurir dans notre jardin, avec un parfum que nous n’avons encore jamais respiré.

-Au lieu de la peur – la sérénité
– Au lieu de l’inertie – l’initiative
– Au lieu de la tristesse – la joie
– Au lieu du soupçon – la confiance
– Au lieu du doute – l’espérance

C’est sur cette toile de fond que je veux inscrire les voeux que je vous adresse, chers diocésains !

Mais il faut descendre dans le concret, car la vie est faite de réalités très simples, celles que nous rencontrons, chaque jour ! Une année, c’est long ! Avant de se projeter dans l’avenir, il faut vivre le quotidien. Et c’est pourquoi j’emprunte au Pape Jean XXIII son invitation à vivre « l’aujourd’hui », placé sous le signe de ce qu’il appelle le « décalogue de la sérénité » !

« 1 – Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée, sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie.

2 – Rien qu’aujourd’hui, je porterai mon plus grand soin à mon apparence courtoise et à mes manières ; je ne critiquerai personne et ne prétendrai redresser ou discipliner personne, si ce n’est moi-même.

3 – Rien qu’aujourd’hui, je serai heureux, dans la certitude d’avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde, mais également dans celui-ci.

4 – Rien qu’aujourd’hui, je m’adapterai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci se plient à tous mes désirs.

5 – Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture, en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme.

6 – Rien qu’aujourd’hui, je ferai une bonne action et n’en parlerai à personne.

7 – Rien qu’aujourd’hui, je ferai au moins une chose que je n’aurai pas envie de faire ; et si j’étais offensé, j’essaierai que personne ne le sache.

8 – Rien qu’aujourd’hui, j’établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m’en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux calamités : la hâte et l’indécision.

9 – Rien qu’aujourd’hui, je croirai fermement – même si les circonstances prouvent le contraire – que la bonne Providence de Dieu s’occupe de moi comme si rien d’autre n’existait au monde.

10 – Rien qu’aujourd’hui, je ne craindrai pas. Et tout spécialement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire en la bonté. Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait pas me décourager, comme si je pensais que je dois le faire toute ma vie durant. »

Une année, si longue soit-elle, n’est, en définitive, qu’une succession d’aujourd’huis. Vivons donc chaque aujourd’hui dans l’esprit de ce « décalogue de la sérénité ».

Mgr Guy-Marie Bagnard, 13 janvier 2006