Vingt ans déjà ! – 1986-2006

C’était le 7 octobre 1986 ! Ce jour-là, le Pape Jean-Paul II déambulait dans les rues d’Ars, comme pèlerin. Il s’adressait aux habitants du village sur la place de l’Eglise, dans une conversation familière et quasi improvisée : « Saint Jean Marie Vianney, qui était curé ici, a laissé un signe pour ses contemporains. Moi, personnellement, je suis touché par ce signe… Je suis toujours très touché. Et c’est pour ça que j’arrive ici… pour me mettre à genoux… »

Quelques années plus tard, le 27 octobre 1995, Rome fêtait le 30° anniversaire du texte conciliaire sur le ministère et la vie des prêtres. Une soirée avait été organisée au Vatican. Des milliers de prêtres, de tous les continents, s’étaient rassemblés autour de Jean Paul II pour apporter leurs témoignages, souvent émouvants, de leur ministère de prêtre, un ministère vécu au quatre coins du monde. Ce soir-là, grâce à la télévision italienne, venue spécialement, Ars était relié à Rome. On projeta dans l’immense salle Paul VI, sur écran géant, les images de l’assemblée de prière qui se déroulait au même moment dans la Basilique d’Ars. Le pape revivait, en direct, quelque chose de son pèlerinage.

Plus tard, Jean Paul II rapporte les souvenirs de jeunesse qu’il avait gardés d’Ars dans le livre où il retrace le cheminement de sa vocation. « C’était fin octobre 1947, le dimanche du Christ Roi. Avec une vive émotion, je visitai l’ancienne petite église où Jean Marie Vianney confessait, enseignait le catéchisme. Dès les années de séminaire, j’avais été frappé par la figure du Curé d’Ars… »

Avec ces indications si précises, je me suis précipité sur le gros livre qui, à la sacristie d’Ars, recueille les signatures des prêtres de passage. Mon désappointement fut grand. Rien au dimanche du Christ Roi de l’année 1947. Seulement quelques signatures de prêtres polonais, mais pas celle de Karol Woytyla.

Alors, avec les prêtres d’Ars, nous nous sommes permis d’emporter le gros livre – lourd et encombrant dans les bagades ! – pour que l’oubli soit réparé ! Le pape s’est exécuté joyeusement. Et sur la page qui a été ajoutée à l’année 1947, on peut lire la signature de Karol Woytyla, suivie de la mension : « devenu le Pape Jean Paul II en 1978″.

N’est-ce pas un événement spirituel singulier que ce lien historique entre ce Pape, devenu un personnage de premier plan dans le monde, et ce pauvre curé de paroisse, dans un minuscule village de France ? Jean Paul II disait de lui : ‘Jean Marie Vianney surprend surtout parce qu’en lui se révèle la puissance de la grâce qui agit dans la pauvreté des moyens humains ».

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La venue du pape à Ars a voulu rappeler, à travers la sainteté de Jean Marie Vianney, la nature profonde du sacerdoce, dans un contexte qui semblait douter de son identité. Depuis cet événement, Ars a poursuivi son chemin, jalonné, en particulier, par l’ouverture d’un Séminaire, la construction d’un Foyer sacerdotal qui permet aux prêtres de bénéficier d’une halte spirituelle sur les lieux où vécut leur saint patron.

Le vendredi 20 octobre prochain, seront inaugurés les travaux de rénovation qui se sont poursuivis depuis des années, avec en particulier la restauration de la Basilique, la construction d’un nouvel accueil des pèlerins et la remise en état du presbytère du Saint Curé. Le mardi 8 mai 2007, tous les diocèses de la Province, avec leurs évêques, se retrouveront à Ars pour une grande journée de prière à l’intention des vocations sacerdotales.

Dans quelques jours, les reliques du Saint voyageront dans quatre diocèses des Etats Unis, à la demande de leurs évêques.

C’est que, comme le rappelait Jean Paul II : « Saint Jean Marie Vianney ne cesse d’être un témoin toujours vivant, toujours actuel de la vérité sur la vocation et le service sacerdotal. Non, la figure du Curé d’Ars ne passe pas ! »

Mgr Guy-Marie Bagnard, 6 octobre 2006