« Un Sauveur vous est né ! »

Conversation à deux voix.

– C’est en ces termes qu’est annoncée la naissance de Jésus : « Un Sauveur vous est né ». Ces mots résument la Bonne Nouvelle de Noël. Mais sommes-nous au clair sur le sens de ce mot : un Sauveur !

* Dans sa signification littérale, un sauveur, c’est quelqu’un qui délivre d’un péril imminent, qui apporte du secours dans une situation périlleuse. Par exemple, le peloton de haute montagne secourt l’alpiniste imprudent accroché à la falaise où il est immobilisé ! L’hélicoptère enlève dans les airs les marins sur le bateau qui coule ! Ou bien le gardien de la plage se jette à l’eau pour délivrer l’enfant qui se noie !

– Oui, mais le monde ne se trouve pas dans des situations pareilles ! Les dangers immédiats ne sont pas aussi tragiques, aussi pressants !

* Oui, vous avez raison, en effet ! Voyez, par exemple : les guerres ont disparu. Il n’y a plus d’épidémies. Le sida concerne si peu de gens ! Tous les enfants vivent dans des familles heureuses et unies. Très rares sont ceux qui vivent dans les rues, en quête de nourriture… ou d’affection. D’ailleurs, il n’y a quasiment plus de pauvres, hormis ceux qui veulent bien le rester !

– Ne croyez-vous pas que vous exagérez un peu !

* Vous trouvez qu’il y a exagération, oui, peut-être, mais permettez-moi de la prolonger encore en d’autres domaines : par exemple, le réchauffement de la planète, la banquise qui se disloque, l’avancée des déserts, les effets de serre, les trous dans la couche d’ozone, etc… Mais, de tout cela, pourquoi s’inquiéter ? L’histoire montre que l’homme s’en est toujours sorti en découvrant les solutions, le moment venu. On parle aussi du déséquilibre économique entre les pays du Nord et les pays du Sud ? Mais n’est-ce pas une amplification venue des médias ? Ces gens qui fuient sur des rafiots de fortune sont si peu nombreux ! Ce n’est qu’un peu d’écume à la surface des eaux !

– Croyez-vous qu’on puisse parler ainsi ? Peut-on penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque l’on regarde l’humanité ?

* Eh bien ! Vous voyez que, finalement, l’appel à un Sauveur n’est pas si étranger à la situation de l’humanité et de la planète !

– Mais alors ce Sauveur, faut-il l’envisager tout bonnement comme celui qui viendrait réparer les désordres ! Qui viendrait rétablir les équilibres entre riches et pauvres ; apporter le vaccin contre le sida ; découvrir de nouvelles ressources énergétiques pour remplacer le pétrole qui commence à devenir rare et plus cher ! Bref, le bon papa gâteau qui nous apporte les solutions à nos problèmes.

* C’est bien la question : de quel Sauveur s’agit-il ? De quoi nous sauve-t-il ? Des rayons ultraviolets du soleil ? du tsunami ? du terrorisme ? etc… Il a dit un jour : « Je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades ». Pour l’accueillir en vérité, il faut donc se savoir malade. Et tous ceux qui viennent à Lui se sentent atteints du même mal !

– Ah ! Mais alors, Noël n’est plus une fête puisque vous dites qu’on y apprend que l’on est tous des malades ! Pour une Bonne Nouvelle, vraiment !!

* Oh, Noël reste bien une fête de la joie, car son message central, c’est qu’un Sauveur nous est donné ! C’est parce que l’on reçoit un Sauveur que l’on découvre que l’on est malade ! Et l’on est d’autant plus joyeux de l’accueillir que l’on se sait malade. Il n’y a de la joie que pour ceux qui perçoivent le mal dont ils sont atteints. Les bien-portants ne sont pas joyeux puisqu’ils n’attendent personne ! Ils n’ont besoin de rien !

– Alors, de quoi nous libère-t-il ce Sauveur ?

* Rappelez-vous ce que saint Jean-Baptiste a dit de Lui : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! » Il nous délivre du péché !

– Pourtant, depuis qu’il est venu – ça fait 2000 ans – les hommes continuent de faire le mal ?

* Oui, en effet, mais il nous a laissé un vrai trésor qui nous empêche de nous enfoncer dans la boue, de rentrer la tête sous l’eau, enfermés dans le mal !

– C’est quoi, ce trésor ?

* La miséricorde ! Elle ne cache pas le mal qu’on a commis, mais elle nous empêche de nous enfoncer dans la désespérance de l’avoir commis. L’avenir vers le Bien est toujours ouvert. « Tu peux te redresser. Tu peux réparer ! » N’oubliez pas que si Noël a une si grande place chez les chrétiens, c’est que le Sauveur s’appelle aussi « Emmanuel » : Dieu avec nous. Il marche à nos côtés !

– Mais peut-on ignorer que le Sauveur est mort sous la puissance du mal, comme si en voulant sauver celui qui se noyait, Il avait coulé avec lui ?

* Oui, avec cette différence que le mal qui s’est abattu sur Lui ne s’est pas infiltré « EN » Lui. C’est le contraire qui s’est produit : « En sa Personne, il a tué la haine ».

– Alors, c’est bien parce que l’Amour a triomphé du Mal que nous l’avons revu debout à Pâques ? C’est bien l’Amour en Personne qui marche à nos côtés ?

* Oui, et l’Etoile, à Noël, nous le redit : « Il est l’Emmanuel » ! Le Sauveur marche à côté de celui qu’Il sauve.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 22 décembre 2006