« Tous, nous serons transformés par la Victoire de notre Seigneur Jésus Christ. »

Texte de Mgr Bagnard pour la Veillée de prière pour l’unité des chrétiens, le vendredi 20 janvier 2012, en l’église Saint-Pierre Chanel à Bourg-en-Bresse.

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« Tous, nous serons transformés par la Victoire
de notre Seigneur Jésus Christ.
» (1 Co 15, 51-58)

Si l’on éprouve le besoin de replacer ce verset de l’Écriture dans le contexte de vie de ceux qui l’ont proposé à la méditation des chrétiens en prière pour l’unité, c’est parce qu’il nous surprend ! Quand il a été présenté pour la première fois aux membres de l’équipe de préparation, tout le monde a été étonné ! Tiens, qu’est-ce que ce texte de l’Écriture vient faire ici ?

Ce qui nous fait toucher du doigt à quel point l’Écriture ne nous atteint jamais en dehors d’un contexte historique, que ce soit celui d’un pays, d’une société, d’une communauté ou des individus. C’est la preuve que la Parole de Dieu vient nous chercher dans notre contexte de vie. Il est donc nécessaire de l’expliquer.

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Nous accueillons ce soir ce verset de l’Apôtre Paul comme un message qui nous est envoyé à travers ce qu’a vécu le peuple polonais, dans les années terribles qu’il a traversées et que les plus anciens parmi nous ont eux-mêmes connues en partie.

Dans ces temps de tragédie ? le Ghetto de Varsovie ou le massacre de Katyn ? le premier enseignement que, pour ma part, je retiens, c’est celui d’une espérance invincible. Une espérance qui ne doit jamais être aussi vive et intense que quand on est dans le plus profond désarroi. Quand le ciel ne comporte plus aucune étoile ; quand il semble même que Dieu a disparu ; quand son silence semblerait être le signe de son impuissance, alors, nous vivons quelque chose qui ressemble au silence de la croix, avec les mots qui s’échappent des lèvres de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » « Le cri de Jésus sur la croix, dit Jean-Paul II, n’exprime pas l’angoisse d’un désespéré mais la prière du Fils qui offre sa vie à son Père dans l’amour pour le salut de tous. Au moment où il s’identifie à notre péché, « abandonné » par son Père, il « s’abandonne » entre les mains de son Père. Ses yeux restent fixés sur son Père. » (Novo Millennio, n. 26).

C’est au moment où le doute pourrait le plus facilement s’installer et s’emparer du coeur des hommes, face à la violence et la haine qui semblent l’emporter, que l’espérance chrétienne montre à quel point elle s’enracine dans la foi en la Résurrection du Christ. Nous connaissons les paroles ardentes du même saint Paul : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? (…) Oui, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. » (Ro 8, 35-37) L’humanité a besoin d’hommes et de femmes d’espérance pour l’empêcher de se laisser engloutir par le mal commis. Car l’homme désespère devant l’ampleur du mal dont il est l’auteur.

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C’est dans le cadre de la Semaine de prière pour l’unité que nous recevons ce verset de saint Paul. Comment ne pas trouver dans ce rapprochement un second enseignement ! Les hommes ont été capables, pour asseoir leur orgueilleuse domination, de bafouer ce qu’il y a de plus sacré dans l’homme ; même l’innocence de l’enfance ne les a pas arrêtés.

Nous ne pouvons pas oublier, nous chrétiens, qui pourtant nous inspirons du message évangélique, que nous n’avons pas craint de nous entre-déchirer.

Au cours des siècles, nous nous sommes combattus, nous mettant en contradiction avec les ultimes paroles de Jésus : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21).

De cette division, venue du passé, nos communautés d’aujourd’hui portent les stigmates. Nous savons d’expérience que la crédibilité de nos paroles s’en trouve affaiblie ; parfois même, la vérité de l’Evangile est remise en cause. Sans tomber dans un plaidoyer larmoyant, et encore moins dans un discours doloriste, nous devons nous rendre compte que souvent, nous ne souffrons pas assez de nos divisions. Car souffrir d’un mal, c’est déjà se remettre en chemin pour remédier à ce mal qui nous ronge ! N’éprouver aucune souffrance, c’est se satisfaire du statu quo.

Mais, dans le même temps, il ne serait pas évangélique de penser que l’unité est au bout de nos forces humaines ! On ne peut pas avancer vers l’unité à marches forcées, sous l’effet d’une seule décision volontariste. Il y faut une surabondance de grâces ! « Il y a une ten-tation, écrit Jean-Paul II, celle de penser que les résultats dépendent de notre capacité de faire et de programmer. Certes, Dieu nous demande une réelle collaboration à sa grâce, et il nous invite donc à investir toutes nos ressources d’intelligence et d’action dans notre service de la cause du Royaume. Mais prenons garde d’oublier que, « sans le Christ, nous ne pouvons rien faire. » (cf.Jn 15,5). » (Novo Millennio n. 38).

C’est pourquoi, accompagnant nos efforts d’accueil et de compréhension mutuelle, la prière commune est l’espace dans lequel se retisse l’unité brisée puisque nous demandons à Dieu d’agir et d’accomplir ce que Lui seul peut faire. La prière de l’abbé Couturier nous le rappelle : « Accorde-nous de nous rencontrer tous en toi afin que de nos âmes et de nos lèvres monte incessamment ta prière pour l’unité des chrétiens telle que tu la veux, par les moyens que tu veux. »

Peut-être aussi, avec ce verset qui nous parle du terme de l’histoire et du retour du Christ, devons-nous nous regarder les uns les autres comme tous destinés à entrer dans la gloire du Père. Quand on a la même destinée, on se sent plus proches les uns des autres.

? Père Guy-Marie Bagnard
Evêque de Belley-Ars