Témoignage : Demain, la vie de nos communautés chrétiennes – 6 novembre 2009

(Voi­ci l’es­sen­tiel du « té­moi­gnage » don­né par le Père Evê­que à l’As­sem­blée Plé­nière des Évê­ques de France à Lour­des le 4 no­vem­bre 2009, à la de­mande du Se­cré­ta­riat de l’Epis­co­pat.)

Pré­am­bule
L’ac­tuel dio­cèse de Bel­ley-Ars n’existe que de­puis oc­to­bre 1822. Il cor­res­pond au Dé­par­te­ment de l’Ain. Si­tué en­tre Lyon, Ge­nève et Mâ­con, son ter­ri­toire est as­sez dis­pa­rate. Par rap­port à l’an­cien dio­cèse de Bel­ley, il a été no­ta­ble­ment agran­di. Il a re­pris à l’an­cien dio­cèse de Ge­nève, le Pays de Gex, à ce­lui de Saint-Claude, le Haut-Bu­gey, à ceux de Lyon et de Mâ­con, la Dom­bes et la Bresse. Du fait de ces chan­ge­ments, la ville ca­thé­drale de Bel­ley s’est trou­vée très ex­cen­trée. C’est pour­quoi, le 3 mai 1992, l’église No­tre-Dame de Bourg-en-Bresse, a été éri­gée par Rome en co-ca­thé­drale. Par ailleurs, le 4 août 1988, la dé­no­mi­na­tion du dio­cèse de Bel­ley a été mo­di­fiée : il est de­ve­nu le dio­cèse de Bel­ley-Ars.
Dans le der­nier quart de siè­cle, la po­pu­la­tion des Pays de l’Ain, comme on dit, est pas­sée de 420.000 à près de 600.000 ha­bi­tants. Le Dé­par­te­ment est des­ser­vi par un ensem­ble au­to­rou­tier dense et un ré­seau fer­ro­viaire qui met­tent Bourg-en-Bresse à moins de deux heu­res de Pa­ris, à une heure de Ge­nève et à trois-quarts d’heure de Lyon. Une ac­ti­vi­té éco­no­mi­que sou­te­nue per­met l’un des plus bas taux de chô­mage en France. La do­mi­nante ru­rale ne peut pas faire ou­blier les bas­sins in­dus­triels d’Oyon­nax (sur­nom­mé la Plas­ti­ques-Val­lée) et de la plaine de l’Ain. Avec plus de 20.000 PME, le tis­su in­dus­triel cou­vre pra­ti­que­ment tout le dé­par­te­ment. Le monde scien­ti­fi­que est bien re­pré­sen­té dans le Pays de Gex : le CERN, par exem­ple, a ins­tal­lé cer­tains de ses équi­pe­ments sur le dé­par­te­ment et une bonne par­tie du per­son­nel des or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­na­les éta­blies en Suisse ré­side dans l’Ain.

Une nou­velle con­fi­gu­ra­tion pa­rois­siale
Au­jourd’hui, le dio­cèse de Bel­ley-Ars com­porte 65 grou­pe­ments pa­rois­siaux. Nous avons cher­ché à faire tra­vailler les chré­tiens en­sem­ble, sans tou­cher à l’iden­ti­té ni à la dé­no­mi­na­tion des pa­rois­ses. On parle donc de grou­pe­ments pa­rois­siaux plu­tôt que de pa­rois­ses nou­vel­les. A vrai dire, il n’y a pas de pa­rois­ses nou­vel­les. Il n’y a pas non plus d’équi­pes d’ani­ma­tion pas­to­rale mais des con­seils pas­to­raux de pa­rois­ses et de sec­teur. Les Or­don­nan­ces qui les ont gé­né­ra­li­sés da­tent de sep­tem­bre 1992 et, après 5 an­nées d’ex­pé­rience, el­les ont été dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­tées en 1997. Par ailleurs, le sta­tut des laïcs en mis­sion ec­clé­siale a été pu­blié en avril 1999, avec la créa­tion d’une com­mis­sion dio­cé­saine de dis­cer­ne­ment. On en comp­te une cin­quan­taine.

La mis­sion du prê­tre dans ce nou­veau con­texte
Le re­grou­pe­ment de plu­sieurs pa­rois­ses en un même en­sem­ble ec­clé­sial est con­fié à la res­pon­sa­bi­li­té d’un curé, as­sis­té par­fois d’un ou plu­sieurs prê­tres, se­lon l’im­por­tance des ter­ri­toi­res. Un des ef­fets de l’élar­gis­se­ment de la res­pon­sa­bi­li­té du prê­tre, c’est d’éloi­gner sa pré­sence de la po­pu­la­tion. Les con­tacts sont moins fré­quents ; ils sont plus ra­pi­des, moins gra­tuits. Le prê­tre est ame­né à ren­con­trer da­van­tage des grou­pes que des per­son­nes in­di­vi­duel­les.
Cet état de fait a des con­sé­quen­ces par­ti­cu­liè­re­ment sen­si­bles dans la pas­to­rale or­di­naire. Un seul exem­ple : au mo­ment des ins­crip­tions au ca­té­chisme, l’en­voi par La Poste de cour­riers rap­pe­lant la ren­trée pro­chaine des ca­té­chis­mes ou même les dis­tri­bu­tions tou­tes boî­tes n’ont gé­né­ra­le­ment pas beau­coup d’ef­fet. Par con­tre, les ren­con­tres per­son­nel­les ont un im­pact cer­tain. Il en va de même dans tou­tes les au­tres dé­mar­ches; cel­les des au­mô­ne­ries sco­lai­res ou des grou­pes de pré­pa­ra­tion à la con­fir­ma­tion ; pour les ren­con­tres avec les jeu­nes cou­ples qui ont cé­lé­bré le sa­cre­ment de ma­riage une an­née au­pa­ra­vant et avec les­quels on re­prend con­tact : rien ne rem­place le lien per­son­nel. Ce fait a dé­ter­mi­né, pour une part, l’orien­ta­tion pas­to­rale du dio­cèse à la­quelle est liée l’ave­nir des com­mu­nau­tés chré­tien­nes. Il s’agit d’épou­ser le mou­ve­ment de l’in­car­na­tion : « Dieu s’est ap­pro­ché »; il a abo­li les dis­tan­ces.

Une dé­mar­che dio­cé­saine d’évan­gé­li­sa­tion
Le prê­tre dis­po­sant de peu de temps du fait de l’éten­due de sa charge, les pa­rois­siens ap­pren­nent à redé­cou­vrir leur place dans la mis­sion. C’est pour­quoi, de­puis trois ans, nous avons cher­ché à at­ti­rer l’at­ten­tion sur cette di­men­sion mis­sion­naire de la vie chré­tienne. Plu­sieurs rai­sons frei­nent ou font obs­ta­cle à cette au­dace évan­gé­li­sa­trice :
– la peur de se dire chré­tien, l’amour pro­pre, le res­pect hu­main, la peur de par­ler de sa foi, la crainte d’es­suyer des re­fus, le dés­ar­roi de se trouve de­vant l’in­con­nu ;
– une cer­taine con­cep­tion de la mis­sion et de la li­ber­té sou­lève aus­si des in­ter­ro­ga­tions : est-on suf­fi­sam­ment res­pec­tueux des per­son­nes ? Ne cher­che-t-on pas à in­fluen­cer ? N’est-ce pas une ma­nière sub­tile d’at­ten­ter à la li­ber­té ? On con­naît les cri­ti­ques à l’en­droit de tout pro­sé­ly­tisme et com­ment, dans le cli­mat de la so­cié­té d’au­jourd’hui, la foi est ap­pe­lée à se te­nir dans les li­mi­tes de la stricte vie pri­vée. Par ailleurs, l’im­por­tance du té­moi­gnage si­len­cieux sem­ble l’em­por­ter sur les pa­ro­les. L’Evan­gile ne donne-t-il pas la pré­fé­rence aux ac­tes ?
Il s’agit donc de faire en­trer les chré­tiens des pa­rois­ses dans une nou­velle pers­pec­tive en leur rap­pe­lant que la mis­sion est vrai­ment leur af­faire ! Sans doute la pa­roisse n’est-elle pas le seul ac­teur, Mais beau­coup pen­sent en­core que la mis­sion reste ré­ser­vée aux Mou­ve­ments et au­jourd’hui, avec les évo­lu­tions, aux « Nou­vel­les Com­mu­nau­tés ». Un­ bon nom­bre de pa­rois­siens es­ti­ment ne pas avoir d’ini­tia­ti­ves à pren­dre en ce do­maine, en de­hors de leur im­pli­ca­tion pour en­tre­te­nir les roua­ges de la pa­roisse. Dans ces con­di­tions, la pa­roisse se pré­sente for­cé­ment dans une po­si­tion de re­pli : au­tre­fois, il y avait un prê­tre sur place, par la suite un prê­tre à 10 ki­lo­mè­tres, puis main­te­nant un prê­tre à 20 ki­lo­mè­tres, etc… Ce re­trait pro­gres­sif donne l’im­pres­sion qu’il n’y a plus qu’une seule so­lu­tion : at­ten­dre la fin ! On est sur la voie de la dis­pa­ri­tion ! Fai­sons en sorte que tout se passe bien ! D’où la né­ces­si­té de don­ner la prio­ri­té à l’évan­gé­li­sa­tion. C’est l’ave­nir qui est en jeu !
Nous avons donc fait le pari de lan­cer tout le dio­cèse dans cette dy­na­mi­que avec la con­science que nous ne som­mes pas plus « ma­lins » que les au­tres. Cette charge a été con­fiée à un prê­tre, nou­vel­le­ment nom­mé Vi­caire Gé­né­ral. Il avait comme pre­mière charge de cons­ti­tuer une équipe opé­ra­tion­nelle au­tour de lui : un groupe d’une dou­zaine de per­son­nes qui se ré­unit ré­gu­liè­re­ment, tous les mois.
Parce qu’un dio­cèse est une ins­ti­tu­tion lourde, lente à se met­tre en mou­ve­ment, nous avons choi­si de pren­dre le temps, donc d’éta­ler la mise en ?u­vre du pro­jet sur un mi­ni­mum de cinq an­nées. Pour cela, nous nous som­mes ins­pi­rés de ce qui a été inau­gu­ré dans quel­ques gran­des ca­pi­ta­les eu­ro­péen­nes et en par­ti­cu­lier à Paris, à la Tous­saint 2004. Pour­quoi ce choix ?
– Parce que l’on fai­sait fond sur les pa­rois­ses, sans bien en­ten­du ex­clure les au­tres réa­li­tés ec­clé­sia­les. Mais la pa­roisse était le lieu prio­ri­taire d’où de­vait sur­gir l’élan mis­sion­naire.
– Parce que le prin­cipe adop­té était la mé­thode in­duc­tive. C’est-à-dire que d’en haut ne vien­nent que des en­cou­ra­ge­ments et aus­si des moyens, mais c’est sur le ter­rain que se dé­ci­dent les ini­tia­ti­ves et s’éla­bo­rent les pro­jets. Les ac­teurs sont li­bres de dé­ter­mi­ner leurs choix !
– Parce que l’une des pré­oc­cu­pa­tions était de ren­dre la com­mu­nau­té chré­tienne vi­si­ble, par­ti­cu­liè­re­ment à tra­vers le bâ­ti­ment de l’église. C’est sur les lieux de la vie or­di­naire que le mes­sage doit être en­ten­du et reçu !
– Parce que l’un des fruits de cet évé­ne­ment a été de mon­trer que la mis­sion était pos­si­ble. Les chré­tiens ont vu, après coup, que l’on pou­vait au­jourd’hui en­core évan­gé­li­ser, alors qu’au dé­but ils étaient plu­tôt in­cré­du­les.

Les prin­ci­pa­les éta­pes de cette dé­mar­che
? La pre­mière an­née a été une an­née de sen­si­bi­li­sa­tion avec de mul­ti­ples ren­con­tres dans le dio­cèse pour ré­flé­chir à ces trois ques­tions : qu’est-ce qu’évan­gé­li­ser ? Pour­quoi évan­gé­li­ser ? Com­ment évan­gé­li­ser ? Nous avons in­vi­té le Père Jean-Yves Nah­mias et le Père Thier­ry Ma­gnin, pour ai­der à la ré­flexion.
? La deuxième an­née a été une an­née de pré­pa­ra­tion spi­ri­tuelle. Pour nous ai­der à nous lan­cer dans l’aven­ture de l’évan­gé­li­sa­tion et à ne pas fon­cer tête bais­sée dans des ini­tia­ti­ves, le li­vre des Ac­tes de Apô­tres a été choi­si comme texte de base. Il a été remis so­len­nel­le­ment au cours d’une cé­lé­bra­tion, le même di­man­che, dans tou­tes les pa­rois­ses, à tous les pa­rois­siens, avec la con­si­gne d’en faire une lec­ture at­ten­tive. Des grou­pes de ré­flexion se sont cons­ti­tués pour étu­dier ce li­vre à par­tir de fi­ches. Le slo­gan de l’an­née était « Pas­sons aux Ac­tes ! »
En même temps, les mou­ve­ments, les ser­vi­ces et les pa­rois­ses ont été in­vi­tés à faire un tra­vail de mé­moire pour se rap­pe­ler les ini­tia­ti­ves mis­sion­nai­res dont ils avaient été té­moins, ac­teurs ou bé­né­fi­ciai­res. Etre fi­dèle au pas­sé, c’est avoir l’au­dace dans le pré­sent de lan­cer des ini­tia­ti­ves qui cons­trui­ront l’ave­nir. L’au­dace n’éli­mine pas l’hu­mi­li­té : la mis­sion ne com­mence pas avec nous. Cest une des rai­sons pour les­quel­les nous som­mes res­tés très dis­crets vis à vis des mé­dias.
Pa­ral­lè­le­ment, nous avons lan­cé le par­cours d’une croix de l’évan­gé­li­sa­tion qui a été re­çue so­len­nel­le­ment à la Pen­te­côte 2008, en pré­sence d’un mil­lier de chré­tiens ve­nus de tou­tes les ré­gions du dio­cèse. De­puis, elle cir­cule d’une pa­roisse à l’au­tre ; chaque grou­pe­ment pa­rois­sial la re­çoit, au moins pen­dant une se­maine. Elle a par­cou­ru, l’an­née der­nière, une bonne tren­taine de lieux. Elle pour­suit au­jourd’hui son iti­né­raire. Au terme, elle sera pla­cée dans la ca­thé­drale.
? La troi­sième an­née a été une an­née de mise en route d’ini­tia­ti­ves nou­vel­les, mo­des­tes mais bien réel­les, pour al­ler au de­vant de ceux dont nous som­mes loin. Elle a été mar­quée par l’or­ga­ni­sa­tion d’un « fo­rum de l’évan­gé­li­sa­tion », fréquen­té par 700 per­son­nes en­vi­ron. Ce fo­rum a été un temps fort de la vie en Eglise. L’ob­jec­tif était tout sim­ple : par­ta­ger en­tre nous tout ce que nous avons déjà es­sayé de réa­li­ser pour al­ler un peu plus au de­vant de ceux que nous ren­con­trons peu ou mal, ou même plus du tout, ou que nous n’avons ja­mais ren­con­trés. Le slo­gan de cette an­née était : »Il suf­fit d’une foi ! « .
? La qua­trième an­née (2009-2010) de­vrait nous per­met­tre de con­ti­nuer les pro­jets déjà ini­tiés et d’oser al­ler plus loin. Le fo­rum a don­né des idées, cer­tains avaient com­men­cé à oser, d’au­tres res­tent en­core sur l’ex­pec­ta­tive. Cette qua­trième an­née nous in­vite à oser lan­cer au moins un pro­jet d’évan­gé­li­sa­tion dans cha­que grou­pe­ment pa­rois­sial, un pro­jet qui ne cher­che pas à faire vi­vre ce qui existe déjà ou à mieux ren­con­trer ceux que nous ren­con­trons déjà, mais un pro­jet qui fait sor­tir des es­pa­ces ha­bi­tuels.
Le point fort de cette qua­trième an­née sera la « Quin­zaine de la mis­sion » du 8 au 24 mai. Elle sera lan­cée à Ars, le 8 mai 2010, à l’oc­ca­sion du pè­le­ri­nage pro­vin­cial pour les vo­ca­tions. Dans cha­que grou­pe­ment pa­rois­sial – les mou­ve­ments ou ser­vi­ces et les com­mu­nau­tés nou­vel­les peu­vent eux aus­si, bien sûr, éla­bo­rer un pro­jet – on cher­che­ra à or­ga­ni­ser un temps fort qui per­met­tra de sor­tir, d’al­ler à la ren­con­tre de ceux dont nous som­mes ha­bi­tuel­le­ment trop loin. C’est ain­si que nous es­pé­rons voir fleu­rir au moins au­tant de pro­jets qu’il y a de grou­pe­ments pa­rois­siaux. L’un des plus ori­gi­naux – or­ga­ni­sé à l’éche­lon du dio­cèse – sera la mar­che avec une rou­lotte, ti­rée par un vrai che­val, qui con­dui­ra l’équipe d’évan­gé­li­sa­tion de­puis Ars jus­qu’à Bel­ley en sillon­nant une bonne par­tie du dio­cèse. L’au­dace et l’ima­gi­na­tion sont les maî­tres mots ; d’où le slo­gan de cette qua­trième an­née : « N’ayez pas peur ! « 
Du­rant cette an­née pas­to­rale, qui coïn­cide avec l’an­née sa­cer­do­tale, un « trip­ty­que » – avec des fi­ches de priè­res et de chants – est con­fié à cha­que pa­roisse. Il doit cir­cu­ler dans les fa­milles afin de ré­ap­pren­dre la prière en fa­mille, avec une in­ten­tion par­ti­cu­lière pour les prê­tres et pour les vo­ca­tions sa­cer­do­ta­les. Na­tu­rel­le­ment, la pré­sence d’Ars dans le dio­cèse fa­ci­lite, pour une part, l’im­pul­sion.
Les com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses – les con­tem­pla­tifs en par­ti­cu­lier – sont as­so­ciés à la dé­mar­che, ain­si que les per­son­nes âgées et les ma­la­des.
Le pro­gramme de la cin­quième an­née est en­core à ré­flé­chir. Il y aura un ras­sem­ble­ment dio­cé­sain au cours du­quel nous ai­me­rions don­ner une place à tous les « Re­com­men­çants » et les en­voyer en mis­sion. L’in­ten­tion est sim­ple : « Vous avez eu la joie de re­com­men­cer un che­min de foi grâce à une per­sonne qui vous a in­vi­té à par­ti­ci­per à telle ma­ni­fes­ta­tion, ou qui vous a ac­cueilli à l’oc­ca­sion de tel évé­ne­ment im­por­tant de vo­tre vie… « Eh bien ! vous aus­si, al­lez et fai­tes de même ! » Les re­com­men­çants, les con­fir­més adul­tes, sont un sti­mu­lant pour tous les au­tres.

Quel­ques élé­ments mar­quants
Sur cet ar­rière-plan, plu­sieurs faits mar­quants res­sor­tent avec net­te­té.
1. La « pre­mière an­nonce » tient for­cé­ment une place non né­gli­gea­ble, non parce qu’elle suf­fise à tout ou qu’elle re­cou­vre tou­tes les for­mes de la mis­sion. Mais elle rap­pelle aux chré­tiens que le té­moi­gnage mis­sion­naire com­porte tou­jours un as­pect ké­ryg­ma­ti­que, c’est-à-dire quel­que chose d’inat­ten­du, qui peut être même par­fois bru­tal. La sur­prise du mes­sage, sa nou­veau­té, sa ver­ti­ca­li­té, sa sim­pli­ci­té, ne peu­vent ja­mais être gom­mées a prio­ri. Le mis­sion­naire se trouve alors for­cé­ment ex­po­sé, car le ké­ryg­me n’est ja­mais une in­for­ma­tion qui n’en­gage à rien. Il ne laisse en re­pos ni ce­lui qui écoute ni ce­lui qui té­moi­gne. Les Ac­tes des Apô­tres four­nis­sent de nom­breux exem­ples de cette vé­ri­té. On ne sait ja­mais à l’avance ce que pro­dui­ra dans les coeurs la pa­role de l’Evan­gile (cf. l’en­fant du ca­té­chisme).
2. Parce qu’elle en­gage le mis­sion­naire à té­moi­gner de sa foi, on cons­tate que l’ac­tion mis­sion­naire for­ti­fie la foi de ce­lui qui té­moi­gne. « On se ca­té­chise en ca­té­chi­sant ». Dans cer­tai­nes pa­rois­ses, on voit des chré­tiens qui sor­tent de leur tor­peur, sim­ple­ment parce qu’ils ont osé al­ler au de­vant, même quand il s’agit de dé­mar­ches mo­des­tes. Quel­que chose bouge en eux.
3. Quand l’évan­gé­li­sa­tion prend place dans la vie du chré­tien, le be­soin de se re­cen­trer sur l’es­sen­tiel se fait da­van­tage sen­tir. En­tre au­tre, on voit mieux, par exem­ple, com­bien l’Eu­cha­ris­tie est une nour­ri­ture qui donne force et élan ; une des pa­rois­ses du dio­cèse a inau­gu­ré de­puis deux ans l’ado­ra­tion per­pé­tuelle, avec 220 en­ga­gés. En re­ve­nant à l’es­sen­tiel, les que­rel­les in­ter­nes font ap­pa­raî­tre leur ca­rac­tère dé­ri­soire ; les in­com­pré­hen­sions sont re­la­ti­vi­sées. Je suis té­moin que, dans les pa­rois­ses où s’est or­ga­ni­sée l’ado­ra­tion, l’uni­té gran­dit au sein de la com­mu­nau­té ! les chré­tiens sont da­van­tage sou­dés et plus dé­si­reux de pren­dre leur place dans la mis­sion. On peut vé­ri­fier ce que Jean-Paul II écri­vait dans « Novo Millen­nio » (n. 29) : « Ce n’est pas une for­mule qui nous sau­ve­ra, mais une Per­sonne, et la cer­ti­tude qu’elle nous ins­pire : « Je suis avec vous ».»
4. De même, les chré­tiens com­men­cent à mieux ac­cep­ter le fait que le pro­pre de la mis­sion est d’of­frir une mes­sage que l’on n’en­tend pas en d’au­tres lieux. C’est sa spé­ci­fi­ci­té qui jus­ti­fie la mis­sion. En ef­fet, à quoi bon re­dire ce que tout le monde dit ! « Nos con­tem­po­rains, quand ils nous ren­con­trent, di­sait na­guère Be­noît XVI aux évê­ques du Bré­sil, veu­lent voir ce qu’ils ne voient nulle part ailleurs ». L’étran­ge­té d’une pa­role qui vient d’ailleurs com­mence à être mieux ac­cueillie chez ceux qui ac­cep­tent d’être évan­gé­li­sa­teurs. On se sent da­van­tage prêt à as­su­mer la dif­fé­rence chré­tienne et à l’ex­pri­mer !
5. Quand on parle de la pa­roisse, on évo­que for­cé­ment la per­sonne du prê­tre. Comme ailleurs, no­tre dio­cèse souf­fre de leur trop pe­tit nom­bre. De­puis une ving­taine d ‘an­nées, on comp­te en moyenne trois or­di­na­tions par an. Mais, dans le même temps, cha­que an­née, en­tre 7 et 8 prê­tres dis­pa­rais­sent. A la lon­gue, on fi­nit par con­si­dé­rer cette si­tua­tion comme in­évi­ta­ble, donc comme nor­male. Les pa­ro­les du Curé d’Ars aver­tis­sent le prê­tre du dan­ger qui les guette tous : ce­lui de se lais­ser ga­gner par l’in­dif­fé­rence : « Ce qui est un grand mal­heur pour nous au­tres cu­rés, c’est que l’âme s’en­gour­dit. Au com­men­ce­ment, on était tou­ché de l’état de ceux qui n’ai­maient pas le Bon Dieu. Après, on dit : en voi­là qui font bien leur de­voir, tant mieux ! En voi­ci qui s’éloi­gnent des sa­cre­ments, tant pis ! Et l’on n’en fait ni plus ni moins ! »
Si bien que le fait d’en­ga­ger, à l’éche­lon dio­cé­sain, une ini­tia­tive d’évan­gé­li­sa­tion amène le prê­tre à re­lire son mi­nis­tère. Au pre­mier abord, l’an­nonce de cette ini­tia­tive était plu­tôt per­çue comme un « ajout » sup­plé­men­taire au tra­vail quo­ti­dien. Donc, une ac­ti­vi­té de plus ! Où la ca­ser dans le pro­gramme ? Or la mis­sion en elle-même ne ré­clame pas de « faire plus », mais de faire au­tre­ment. Elle re­nou­velle la vi­sion, elle mo­di­fie l’état d’es­prit. Elle aide à pas­ser d’une « fonc­tion » à une « do­na­tion de soi. » Ce qui im­pli­que une mar­che vers l’in­té­rio­ri­té jus­qu’à mieux faire ap­pa­raî­tre la rai­son d’être, la si­gni­fi­ca­tion de la pré­sence du prê­tre dans la com­mu­nau­té. Le rap­port prê­tre-laïcs s’en trouve mieux équi­li­bré.
L’ap­pel mis­sion­naire donne à la vie du prê­tre une di­men­sion d’au­then­ti­ci­té et de vé­ri­té. Les laïcs – ceux qui par­mi eux ont sai­si les en­jeux – con­tri­buent for­te­ment au re­nou­vel­le­ment du prê­tre en éla­bo­rant avec lui les pro­jets sus­cep­ti­bles d’être me­nés à bien dans la pa­roisse, en lien avec le reste du dio­cèse. Ces trois an­nées ont per­mis de per­ce­voir l’in­té­rêt qu’il y avait au­tre­fois dans l’or­ga­ni­sa­tion des mis­sions pa­rois­sia­les. Jean-Ma­rie Vian­ney en a été un fer­vent pro­mo­teur à tra­vers les som­mes con­si­dé­ra­bles qu’il a don­nées pour leur réa­li­sa­tion dans bien des dio­cè­ses de France.
Nous re­mar­quons le bien­fait qui dé­coule de ce que l’ap­pel mis­sion­naire soit lan­cé par le dio­cèse lui-même et à tout le dio­cèse ! La mis­sion uni­fie les pa­rois­ses en­tre el­les et elle for­ti­fie la fra­ter­ni­té en­tre prê­tres. Les chré­tiens dé­cou­vrent que l’on a be­soin d’eux, qu’ils ont une place à te­nir au­tre­ment qu’en par­ti­ci­pant au De­nier de l’Eglise. Cer­tains re­trou­vent la fier­té d’être chré­tiens ! Peut-être aus­si se sen­tent-ils moins seuls !
En dé­fi­ni­tive, si l’on veut sau­ver la pa­roisse, il faut la ren­dre mis­sion­naire. L’ave­nir des com­mu­nau­tés chré­tien­nes – leur sa­lut – est bien dans l’évan­gé­li­sa­tion !
? Père Guy Ba­gnard
Évê­que de Bel­ley-Ars