Remue-ménage au parlement !

La classe politique se trouve aujourd’hui bien embarrassée. Une loi vient d’être votée à la Chambre des Députés, rangeant parmi les délits « l’interruption involontaire de grossesse » (I.I.G.). La loi a été votée en fin d’après-midi, devant une hémicycle clairsemé. Au réveil, le lendemain, grand émoi chez les Parlementaires et les membres du Gouvernement ! C’est que l’I.I.G. pourrait remettre en cause l’I.V.G. !
Ce que recherche cette nouvelle loi, c’est d’apporter de la clarté dans certaines situations. Ainsi, par exemple, le cas de cette femme qui perd l’enfant qu’elle attend dans un accident de voiture. Son véhicule a été heurté violemment par un automobiliste qui n’a pas respecté le code. Elle s’en tire, heureusement, sans trop de dommage, mais l’enfant, lui, meurt. Elle porte plainte. C’est alors la surprise : on ne peut recevoir sa plainte, car la loi ignore qu’elle attendait un enfant, « son » enfant. La loi ne fait pas de différence entre celle qui attend un enfant et celle qui n’en attend pas !
Supposons que la Justice reçoive la plainte ! Elle sera obligée d’identifier « ce » que portait cette femme : un enfant ou « quelque chose » d’autre qu’on ne peut nommer. Elle est donc conduite, de gré ou de force, à donner un statut à l’embryon et au f?tus. C’est justement ce que la législation refuse ! Actuellement, une femme qui attend un enfant porte en elle, aux yeux de la loi, quelque chose qui est indéchiffrable, sur lequel le législateur ne veut pas se prononcer. C’est bien « quelque chose », mais on évite de l’identifier.
L’avantage, dans cette position – si l’on peut parler ainsi – c’est que l’on peut agir sur ce « quelque chose » en toute liberté. Comment pourrait-on accuser quelqu’un qui porte atteinte à quelque chose d’inconnu ! Mais, à l’inverse, on ne pourrait prendre la défense de quelqu’un qui veut protéger quelque chose d’inconnu. Les deux situations sont renvoyées dos à dos pour motif d’ignorance.
C’est pourquoi cette loi dérange sérieusement ! On ne peut pas à la fois considérer une I.I.G. comme un délit – un acte poursuivi par la loi parce que… c’est un mal – et une I.V.G., non poursuivie par la loi, parce que l’acte est jugé comme un bien. On ne peut pas avoir le droit d’interrompre une grossesse et refuser le droit de la poursuivre. L’incohérence est trop voyante. Ça passe mal ! Donc, en l’état, il est préférable de rester silencieux. Ainsi, en l’absence d’une législation, la Justice ne peut rendre son jugement.
Sans doute, dans le langage courant, on continuera bien de dire qu’une femme attend un enfant ; et le bon sens fera de lui-même la différence entre une femme enceinte et une autre qui ne l’est pas, surtout quand on arrive dans les derniers mois, comme c’était le cas de la conductrice accidentée.
Mais, face à la Loi, le bon sens doit se résoudre à renoncer à lui-même. On doit dire : « j’ignore de quoi il s’agit »… comme on dit, dans le langage populaire : »Je ne veux pas le savoir !  »
Il y a quelque chose de dramatique à refuser ainsi de se prononcer. Bien – Mal, tout se mélange dans la tête des gens ! Comment alors se plaindre d’un manque de repères dans notre société, puisque les Responsables se refusent, délibérément, à apporter l’éclairage nécessaire aux consciences !
Ce choix du silence sur l’identité du f?tus est d’autant plus intenable que les échographies pratiquées en grand nombre – en moyenne quatre pour chaque femme qui attend un enfant – montrent sur écran l’enfant qui vit dans le sein de sa mère. On distingue nettement sa bouche, ses bras, ses jambes. On en voit même qui tètent leur pouce. Et on en voit aussi se défendre désespérément quand on s’en prend à leur vie ! On a parlé du « cri silencieux » ! Tout montre que le f?tus a une vie autonome dès la conception.
Sans doute il ne peut pas se développer en dehors du corps de sa mère. Mais à l’intérieur de ce corps, il a une autonomie propre. Relié à la mère, il est différent d’elle Il « n’est pas » purement et simplement le « corps » de sa mère.
Qu’il y ait des ambiguïtés dans cette loi qu’il faille lever, c’est certain. Mais enfin, soyons clairs : la future mère qui porte plainte pour la perte de son enfant est dans son droit ; et l’avortement reste une atteinte mortelle portée contre un être humain innocent qui ne demande qu’à vivre. Il faut avoir le courage de le dire.
C’est faute d’avoir ce courage que les esprits finissent par être totalement dans le brouillard et ne perçoivent même plus la gravité des actes qui sont posés.
Nous devrions avoir l’audace d’écouter la voix des Prophètes de notre temps qui ne manquent pas de s’élever, celle de la bienheureuse Mère Térésa, par exemple. Voici ce qu’elle disait à l’occasion de la remise du Prix Nobel de la Paix, à Oslo, en 1979, devant un parterre de Chefs d’État et de Personnalités : »J’ai une conviction dont je voudrais vous faire part à vous tous : aujourd’hui, le plus grand ennemi de la paix est le cri de l’embryon innocent. Si une mère est capable de tuer l’enfant qu’elle porte en elle, qu’est-ce qui pourrait nous empêcher de nous tuer les uns les autres ? Mais aujourd’hui on tue des millions d’enfants innocents et nous ne disons rien. Nous lisons ceci et cela dans les journaux, mais personne ne parle de ces millions de petits qui ont été conçus du même amour que vous et moi, avec la vie de Dieu… Pour moi, les nations les plus pauvres sont celles qui ont légalisé l’avortement. Elles ont peur des petits, elles ont peur de l’embryon. Et l’enfant doit mourir parce qu’on le refuse… C’est pourquoi je vous invite aujourd’hui, Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs, vous tous qui êtes venus ici de nombreux pays du monde : priez pour que nous ayons tous le courage de protéger la vie embryonnaire. »

Mgr Guy-Marie Bagnard, 5 décembre 2003