Questions d’actualité avec Mgr Bagnard

Écologie, messe dominicale, nouvelle évangélisation, pièces de théâtre : Monseigneur Bagnard fait le point sur les sujets abordés lors de l’Assemblée plénière des Évêques à Lourdes.

Interview parue dans le numéro de décembre 2011 d’EPA

Monseigneur, vous avez participé il y a quelques semaines à l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France. Quels ont été les principaux sujets dont les évêques ont débattu cette année ?

Nous avons parlé en particulier de l’écologie, et nous avons tenté de définir une approche chrétienne de l’écologie, basée sur ce que la Bible nous dit du rapport entre l’homme et la nature.

Dieu a confié la Terre à l’homme, il la lui a offerte comme un jardin à cultiver (Gn 2, 15) ; l’homme est donc seulement un gestionnaire, et il doit rendre des comptes à son Créateur. Il ne peut pas agir n’importe comment, il est obligé de faire preuve de discernement, surtout à notre époque où la technique lui permet de se sentir tout puissant. Pour cela, il faut remettre en cause la notion de progrès issue des Lumières. Car ce progrès sans règles finit par être néfaste pour l’homme et pour la création.

Pour aider les chrétiens à mieux prendre conscience de cette vision de l’écologie, les évêques ont proposé que la liturgie insiste plus sur le lien avec la nature que Dieu nous a confiée. Il faudrait peut-être créer un dimanche de la Création ; par exemple, à l’occasion de la fête du Christ Roi, nous pourrions insister sur la royauté du Christ sur l’Univers, sur la création toute entière. Nous devrions aussi nous souvenir de la fête des rogations qui était célébrée autrefois, au cours de laquelle les chrétiens priaient Dieu de leur donner les récoltes dont ils avaient besoin et Le remerciaient pour les merveilles de la nature.
Par ailleurs, pour mieux respecter notre monde, il faut certainement réduire notre consommation. Cela fait écho à la pratique du jeûne : en plus de nous unir plus intimement au Christ, le jeûne nous fait acquérir l’esprit de pauvreté et de frugalité qui peut nous aider à mieux respecter et aimer la nature que Dieu nous a donnée.
Pour conclure sur ce sujet, il serait bon d’éduquer les jeunes chrétiens à voir dans la nature l’oeuvre de Dieu. C’est l’un des objectifs de mouvements de jeunesse comme le scoutisme. Cela renforce et développe cette vision chrétienne de l’écologie que nous souhaitons promouvoir.

Vous avez également abordé le sujet de la défense de la vie humaine…

C’est une question très liée à l’écologie ! On veut protéger la nature et garantir la vie, mais on tue les enfants à naître ? Ce n’est pas cohérent…

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Monseigneur Vingt-Trois a particulièrement insisté lors de son discours de clôture sur la question du dimanche.

J’ai noté que les avis des évêques français avaient beaucoup évolué en une dizaine d’années sur les rassemblements dominicaux. Nous avons surtout insisté sur la messe, alors que les assemblées dominicales en l’absence de prêtres (ADAP) ont été mises de côté dans la plupart des diocèses. Les ADAP laissaient penser que la présence du prêtre était facultative, et qu’une célébration organisée par des laïcs était équivalente à une messe. Mais une ADAP ne peut pas remplacer l’Eucharistie, c’est pourquoi les fidèles ne peuvent pas communier lors des ADAP. Cependant, il est bon que les communautés qui ne peuvent avoir de prêtre mettent en place un temps de prière autour de la Parole de Dieu.

Il en va de même pour les « dimanches des familles » ou les « dimanches autrement ». En dédiant un dimanche aux familles, on a pu laisser penser que participer à la messe une fois par mois était suffisant pour un chrétien. Mais pour vivre pleinement sa vie de chrétien, on a besoin de vivre l’Eucharistie chaque semaine.

Cette question du dimanche rejoint celle de la nouvelle évangélisation, qui est particulièrement étudiée par l’Eglise depuis plusieurs années…

En 2012 aura lieu à Rome un synode pour la nouvelle évangélisation. Dans ce cadre, les évêques du monde entier ont pu faire part de leurs réflexions.

A Lourdes, nous avons établi une distinction entre le christianisme d’héritage et le christianisme de proposition. Le christianisme d’héritage est une foi sociologique, mais elle n’est pas personnelle. Or, une foi qui n’est pas accueillie au plus profond de son coeur par une personne n’est rien, elle n’est pas solide. A l’opposé, le christianisme de proposition est une foi profonde, qui permet de témoigner de sa foi, de son amour pour Dieu. Soyons audacieux : quittons le silence et la stratégie de l’enfouissement ! Osons parler au monde de notre foi en Dieu.

Ensuite, il faut que nos communautés chrétiennes soient vivantes. Pour cela, les prêtres doivent s’engager sans compter et les fidèles doivent être en communion en tout temps, et pas seulement à la messe dominicale. On doit pouvoir dire « Voyez comme ils s’aiment ! » à l’exemple des premières communautés chrétiennes. C’est cet amour visible qui attirera les gens. Nos communautés doivent aussi être attentives aux plus fragiles : les plus pauvres bien sûr, mais aussi les malades, les personnes isolées, tous ceux qui sont mis de côté dans notre société.

Par ailleurs, il ne faut pas opposer une pastorale extraordinaire, avec de grands évènements, à une pastorale ordinaire. Les paroisses doivent être le premier lieu d’évangélisation, en préparant aux sacrements, en accordant la plus belle place à la Parole de Dieu, en mettant en valeur la prédication. Dans leur enseignement, les prêtres doivent faire apparaître le kérygme, le noyau central de la foi. Il faut savoir parler du sacrement du pardon, de la charité, du jugement dernier, même si c’est dérangeant. Le cardinal Ravasi disait il y a quelques semaines que nos homélies étaient trop souvent incolores, inodores et sans saveur… Il faut nous réveiller, et tenir les communautés en éveil !

Enfin, il ne faut pas oublier que l’Esprit-Saint est le Maître de l’évangélisation. Faisons preuve d’humilité : c’est son action, sa Parole qui oeuvre dans les coeurs, au-delà de ce que nous pouvons percevoir.

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Un autre point qui a fait l’actualité ces dernières semaines, c’est la question de la culture contemporaine et de certaines pièces de théâtres jugées offensantes pour le Christ. Comment les chrétiens peuvent-ils réagir face à cela ?

Les évêques étaient assez partagés sur ce sujet. Faut-il dialoguer avec les auteurs de ces pièces de théâtre ou dénoncer ces atteintes à la personne du Christ ? Je crois qu’il ne faut pas en tout cas céder à une opposition violente. Comme Jésus l’a dit à Pierre, « Rentre ton épée ». Il faut aborder ce spectacle objectivement, sans préjugés, avec discernement.

Mais ces provocations, ces insultes nous touchent, le visage de notre Sauveur est maltraité et nous devons nous manifester contre ces injures, notamment auprès des pouvoirs publics. Nous voulons être respectés dans nos convictions profondes, nous avons le droit de dénoncer ce qui attaque notre foi. Si on ne respecte pas l’autre dans sa foi, si on laisse s’exercer une certaine liberté qui devient liberticide, on ne peut plus vivre ensemble. Il faut du respect entre les membres de la société et les réactions de chrétiens face à des pièces de théâtre dérangeantes ont le mérite de réveiller la société, et de lui faire prendre conscience de l’importance du respect !

Un dernier point abordé au cours de cette semaine à Lourdes, le cinquantième anniversaire du concile Vatican II.

Nous fêtons en effet l’anniversaire du concile, et nous le fêterons en 2012 avec une année de la Foi que vient de proclamer Benoît XVI. Quelle belle idée ! Quelle meilleure manière y a-t-il pour les catholiques de célébrer ce concile qu’en revitalisant leur propre foi ?

Propos recueillis par Solange Gouraud et Guilhem Duval, SDPC