Quel avenir pour le monde ?

L’Espagne pleure ses morts. De presque tous les pays du monde, des messages de compassion sont parvenus à ce peuple meurtri. Stupéfiante situation où des millions d’hommes et de femmes accompagnent une nation en deuil ! Se sentir ainsi atteint par un événement qui s’est déroulé à des milliers de kilomètres de là est le signe que chacun pressent – plus ou moins confusément – que le même drame pourrait se reproduire sur les lieux où il vit. Aucune région du globe n’est à l’abri d’un tel cataclysme ! Pleurer avec les Espagnols, c’est, d’une certaine façon, pleurer sur soi-même. C’est pleurer sur un monde où le malheur s’abat sur les hommes par la faute des hommes !
Le malheur rapproche… mais il élève aussi de gigantesques murailles ! Comme on voudrait que les trompettes de Jéricho sonnent à nouveau et fassent tomber les murs derrière lesquels des hommes, transis de peur, se tiennent tapis, prêts à frapper !
En notre temps de tourmente, une interrogation se fait pressante : où découvrir le chemin qui mène à la paix ? Certainement pas en faisant plier le genou de l’adversaire !
Oui, dans l’immédiat, il faut mettre les terroristes hors d’état de nuire, mais ce n’est pas en tuant les terroristes que l’on met fin au terrorisme. C’est sur le terreau d’où germe cette plante vénéneuse qu’il faut agir. Et l’on verra que partout où les portes du dialogue ont été fermées, partout où se sont multipliées les humiliations, où les injustices se sont accumulées, partout le terrorisme s’est développé.
Si les hommes ne parviennent pas à s’entendre sur des idées, sur une religion, sur des stratégies économiques ou politiques, que du moins ils reconnaissent ensemble que le monde tels qu’ils le font est devenu invivable. Il faut s’asseoir à la même table, quoi qu’il en coûte, même s’il faut abandonner certains privilèges.
Jean-Paul II nous a rappelé au début du troisième millénaire : « L’humanité peut faire de ce monde un jardin ou le réduire à un amas de cendres. » Il n’y a pas d’autre alternative. Choisissons le jardin !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 19 mars 2004