Pour une catéchèse pascale

Dans quelques jours, ce sera Pâques ; la plus grande des fêtes chrétiennes. C’est à elle que se rattache tout le mystère chrétien, puisqu’elle nous fait célébrer la résurrection du Seigneur et qu’avec Saint Paul tout chrétien peut dire : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. » (1 Co 15, 14). En France, le travail actuel en catéchèse cherche précisément à redonner au mystère pascal sa primauté dans l’ensemble de la vie chrétienne. C’est ce qu’est venu nous exposer, à la Maison Jean-Marie Vianney, le Père André Dupleix, Directeur du Service national du Catéchuménat, le jeudi 3 avril, au cours d’une journée organisée par le Service diocésain de la Catéchèse.
Certains pourraient s’étonner de cet axe qui oriente la recherche actuelle dans la catéchèse. Est-ce seulement aujourd’hui que l’on prend conscience de cette place centrale du mystère pascal, comme si on en avait jusque là ignoré l’importance ?
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Pour répondre au mieux à cette réaction, il faut se reporter au changement profond qui est intervenu dans le paysage ecclésial depuis une vingtaine d’années.
Dans l’opinion la plus répandue, la catéchèse est l’affaire des enfants, plus précisément, des 7-11 ans. Il ne viendrait à l’idée de personne de demander, par exemple, à un adulte s’ « il va au catéchisme  » ! C’est bien le signe que la catéchèse – dans la mentalité générale – ne s’adresse qu’aux seuls enfants.
Mais on ressent de plus en plus vivement comme une incohérence la situation d’un enfant qui entendrait contredire en famille ce qu’il reçoit au catéchisme, ou même dont la famille serait totalement indifférente à ce qu’il fait au catéchisme.
Si l’on conçoit la vie chrétienne comme un dynamisme qui se développe à la manière d’un organisme vivant, on ne peut que se préoccuper de la terre nourricière qui va alimenter l’enfant. Cette terre nourricière ne peut plus être seulement l’heure hebdomadaire de catéchèse. Il faut lui adjoindre les soutiens qui viennent des Proches de l’enfant.
Cette exigence est d’autant mieux perçue que la société elle-même s’est progressivement organisée en dehors des références chrétiennes. La culture qu’elle diffuse est et veut rester strictement « laïque ». Un enfant catéchisé a donc besoin de trouver des soutiens pour sa vie chrétienne, ne serait-ce que, très concrètement, pour lui permettre de participer à l’Eucharistie communautaire du dimanche.
Autrement dit, on assiste à « un désenclavement » de la Catéchèse. Certes, celle-ci demeure offerte aux enfants avec la régularité d’un programme à respecter, mais dans le même temps, les parents sont invités à s’y associer pour que leur foi, à eux aussi, grandisse !
C’est dans cette dynamique qu’a été organisé « l’éveil de la foi » pour les plus petits. Tous les âges sont désormais concernés. La catéchèse devient l’affaire de la communauté chrétienne tout entière. Aucun chrétien ne peut prétendre connaître parfaitement les mystères dont il vit. Jusqu’à la fin de sa vie, une formation lui sera nécessaire.
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Autre changement significatif : des adultes demandent aujourd’hui le baptême ou la confirmation. Ils réclament une préparation, se rendant compte qu’ils ont besoin de saisir l’enjeu d’une telle démarche. Voilà donc des hommes et des femmes – de tout âge – qui prennent le chemin de l’initiation chrétienne. Osons reprendre l’expression qui, aujourd’hui, ne suscite plus de moquerie : « Ils font du catéchisme ».
On rencontre également des baptisés adultes qui éprouvent le besoin de renouer avec la foi de leur enfance. Ils se sont éloignés de la vie chrétienne pendant un temps, parfois des années ! À la suite d’événements importants survenus dans leur histoire personnelle, ils retrouvent le sens de Dieu et le désir de reprendre le chemin de l’Église.
Il y a aussi le cas de ces jeunes qui demandent le sacrement de mariage et qui, au moment de s’engager dans cette phase nouvelle de leur existence, désirent s’approcher de Dieu à ce moment capital de leur vie. Ils sont invités à approfondir leur vie chrétienne lors des rencontres qui leur sont proposées. D’une certaine façon, eux aussi entrent en catéchèse. En tout cas, ils y sont fortement incités.
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Tous ces changements contribuent à élargir le regard que l’on porte sur la catéchèse. Si l’on admet qu’elle est destinée à tous, qu’elle est une nourriture et un facteur de développement chrétien pour tous les âges de la vie, elle va prendre, tout naturellement, une place prépondérante dans la vie en Église. La communauté en fera l’une de ses préoccupations majeures. Se pose alors la question : quel est le pôle autour duquel elle va pouvoir s’enraciner et s’unifier ?
La réponse, nous la connaissons : c’est la vigile pascale ! En effet, la fête du Christ ressuscité offre comme un résumé du message évangélique et permet de revenir au coeur de la foi.
o Elle donne à l’histoire sainte une place éminente. À travers un choix varié de lectures bibliques, elle présente la Parole de Dieu telle qu’elle s’est toujours donné à entendre à l’homme : une invitation pressante à faire alliance. Il s’agit bien d’un « enseignement », mais qui renvoie sans cesse à une relation vivante ! Ce qui est de l’ordre des connaissances est au service de ce lien privilégié que l’on appelle « l’Amour ».
o Elle situe l’expérience individuelle à l’intérieur d’une communauté. C’est en effet tout le peuple chrétien qui est convoqué à ce rendez-vous annuel. La foi de chacun – petits et grands – prend place au sein d’un ensemble vivant. De plus, en se rassemblant dans une même célébration, la foi de chacun est rendue visible et devient témoignage pour le monde. Communion et mission sont liées.
o Elle permet d’instaurer un lien vivant entre ce que nous avons toujours tendance à opposer : la prière et l’engagement, la louange gratuite et l’action. C’est particulièrement sensible lors du renouvellement des promesses du baptême. Chacun est mis en face de questions simples, mais décisives, qui appellent des choix de vie concrets. C’est manifeste quand il s’agit de la renonciation au péché : – Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ? – Pour échapper au pouvoir du péché, rejetez-vous ce qui conduit au mal ? – Pour suivre Jésus-Christ, rejetez-vous Satan qui est l’auteur du péché ?
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À la veille de célébrer la fête de Pâques, nous pouvons nous réjouir de voir combien la démarche catéchétique donne une place éminente la célébration pascale. Celle-ci nous offre un enseignement comme une source de vie. Elle s’adresse à un peuple en marche. Elle est évangélisatrice et envoie chacun en mission.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 11 avril 2003