Paul Couturier, apôtre de l’unité

On lit dans la chronologie de ce prêtre lyonnais, mort à 72 ans : 24 mars 1953 : Paul Couturier meurt au petit matin, vers 1 heure, à son domicile, 5, rue du Plat, d’une nouvelle crise cardiaque – 27 mars 1953 : Funérailles à l’église Saint Bruno des Chartreux, en présence du Cardinal Gerlier.
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Il y aura donc 50 ans, ce 24 mars 2003, que l’Abbé Paul Couturier a cessé d’être parmi nous. Il a disparu à nos yeux, mais il a redonné une nouvelle vitalité aux paroles de Jésus : « Que tous soient un, Père, comme Toi et Moi, nous sommes Un. » Plus que d’autres, il a éprouvé le scandale que suscitent les séparations entre chrétiens. Il en a profondément souffert ; il a touché du doigt combien cette désunion neutralisait l’annonce de l’Évangile à ceux qui ne connaissaient pas le Christ. Sa vie n’aura été qu’un appel pressant, adressé à tous les chrétiens, pour les inviter à retrouver le chemin de l’unité.
Cet appel urgent a été recueilli. Il s’est répercuté et amplifié au fil des ans. Aujourd’hui, toutes les communautés chrétiennes ressentent cette séparation comme une blessure ! Quelle joie ce serait si, enfin, les chrétiens pouvaient vivre au sein d’une même famille et donner ensemble le même témoignage de foi ! De quelle force nouvelle se trouverait revêtu l’élan missionnaire !
Mais le temps passe et les mouvements d’impatience se font plus nombreux ! La souffrance grandit. Nous voudrions que la marche vers l’unité soit plus rapide, que les dépassements s’accomplissent avec plus de fermeté et que l’on ne s’attarde plus à des combats d’arrière-garde ! La tentation est grande de rendre les autres responsables de ces lenteurs et, au nom de l’unité, d’accentuer les divisions.
Mais ne pourrait-on déclarer « bienheureuse » cette souffrance qui nous rend insupportables nos désunions ? La souffrance n’est-elle pas purificatrice ? N’est-elle pas un stimulant pour l’ouverture des intelligences et l’élargissement des coeurs ? N’est-elle pas favorable au travail souterrain des consciences et la transformation des esprits ?
En 1945, l’Abbé Couturier écrivait :
« La véritable solution du remembrement de la chrétienté est dans la lente maturation sous le souffle et la chaleur de l’Esprit, de tous les groupes chrétiens, y compris l’Église romaine. Le péché, Satan… auraient-ils définitivement engagé tous les groupes chrétiens dans des voies indéfiniment parallèles ? (…) C’est le Christ qui est vainqueur. Que chaque groupe chrétien avance en Lui en suivant son chemin particulier de sanctification.(..) Le même amour du Christ amènera une même pensée. L’unité existera complète, dogmatique. Elle n’aura plus qu’à se déclarer. Peut-être sera-ce dans un vaste concile de la chrétienté tout entière. »
Ce voeu de l’Abbé Paul Couturier, animé d’une profonde espérance, n’empêchait pas le Père Varillon, en cette même année 1945, d’appeler les chrétiens à la conversion :
« Nous l’avons entendu prier son Père pour que nous soyons Un, consommés dans l’unité. Mais nous n’avons pas encore permis que le Père exauçât la prière du Fils. Nous avons fait obstacle ; nous continuons de faire obstacle au Don suprême de l’unité. Pas un seul d’entre nous qui puisse jurer qu’il est innocent du péché collectif de la chrétienté. »
Si aujourd’hui, nous voulons recueillir les fruits de l’apostolat de l’Abbé Couturier, nous devons entretenir en nous la souffrance de « l’unité non encore réalisée » et travailler à l’avènement de « l’unité à venir ».
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C’est bien dans cet esprit que sont organisées à Lyon, par le « Centre Unité Chrétienne », deux journées ?cuméniques en mémoire de l’Abbé Paul Couturier, les samedi 22 et dimanche 23 mars. Elles veulent renforcer notre désir de l’unité puisqu’elles sont intitulées : « Printemps de l’Unité : sur les traces de l’Abbé Couturier ».
Notre diocèse est spécialement invité à se joindre à cette manifestation par la prière. N’oublions pas que l’Abbé Couturier, en instaurant le « Groupe des Dombes », a laissé son empreinte sur notre diocèse. Ne laissons pas se perdre l’héritage qu’il nous a laissé. Il est tellement lié aux paroles testamentaires de Jésus : « Que tous soient Un, Père !  » Être chrétien s’identifie avec la volonté de l’Unité.
Moi-même, je rejoindrai les participants pour la célébration ?cuménique à la cathédrale S. Jean, ce samedi 22 mars à 18 heures.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 21 mars 2003