« Paix sur la terre ! »

Nous aimons solenniser l’entrée dans une nouvelle année, comme il en va des moments significatifs de l’existence. Bien sûr nous savons que, lorsque ce seuil aura été franchi, nous ne prêterons plus guère attention au nouveau millésime inscrit sur nos calendriers. Toutefois, à l’heure où se fait le passage, on prend le temps du recul, pas seulement pour se retourner sur l’année écoulée, mais surtout pour regarder celle qui vient.

Comment ne pas s’interroger quand l’avenir apparaît souvent incertain ! Le monde semble toujours sous tension, à la limite de la rupture. Les violences dont nous avons été les témoins, au cours du mois de novembre, dans les grandes villes, comme parfois aussi dans les villages, révèlent la fragilité de nos sociétés. Elles donnent l’impression que l’on marche sur un volcan toujours prêt à se réveiller !

Aussi, quand on se demande ce que l’on peut attendre de plus désirable, nous nous trouvons pleinement accordés à l’objectif assigné à cette journée du premier janvier. Sous l’impulsion de toutes les grandes Organisations Internationales et celle de l’Église, elle est devenue la journée, par excellence, de la paix. Partout dans le monde, les hommes de bonne volonté, ce jour-là, s’unissent pour appeler la paix sur la terre.

Aspirer à la paix est un sentiment élevé ; mais il est encore mieux de travailler à son avènement. Comment y prendre part ? Le fondateur de la Communauté Sant’Egidio – qui s’y connaît en matière de paix ! – parle ainsi de l’artisan de paix :

« Être homme et femme de paix veut dire vivre avec amour et générosité sa vie de chaque jour, en affaiblissant en soi ce sentiment d’opposition, de haine, de rancoeur, qui existe dans les mécanismes d’une vie sociale commune. »

Et il poursuit avec l’exemple de François d’Assise :

« Dans un monde rude et belliqueux dans les relations sociales, François d’Assise a enseigné les valeurs de la « courtoisie ». L’homme pacifique vit de manière généreuse les relations avec tous, même les plus occasionnelles. »

Autrement dit, la paix n’est pas la seule affaire de ceux qui ont des responsabilités dans le gouvernement des Nations. L’homme le plus modeste y a sa place.

Chacun sait que le climat de paix exige des conditions pour qu’il se réalise. La justice d’abord, la solidarité, le développement, la liberté de conscience, l’égalité des chances, le dialogue des cultures, le respect des droits humains, le soutien des plus faibles, etc… A toutes ces causes, chacun doit travailler, mais il reste l’ordinaire de nos vies. Et c’est dans ce quotidien que nous sommes appelés à oeuvrer le plus habituellement.

Le Pape, dans son message du 1er janvier, développe un aspect qui oriente justement nos relations humaines de tous les jours. Il s’appuie sur cette vérité première : « tous les hommes appartiennent à une unique et même famille ». Et donc, l’exagération de ce qui les différencie – dans les domaines aussi variés que ceux de l’histoire, de la culture, du politique, de la religion… – , transforme les différences en oppositions et entraîne ce que nous appelons les communautarismes et les fondamentalismes fermés à tout dialogue.

Le premier fruit de la paix vécue au quotidien, c’est la convivialité. Celle-ci « appelle tous les hommes à entretenir des relations fécondes et sincères, à parcourir la voie du pardon et de la réconciliation, à être transparents dans les discussions et fidèles à la parole donnée ». Les chrétiens doivent être spécialement sensibles à cette mise en oeuvre de la paix au quotidien.

Nous avons pour cela le bel exemple d’Assise. Jean-Paul II, en réunissant là-bas les chefs religieux des plus grandes religions du monde a montré que « chaque religion, quand elle exprime le meilleur d’elle-même, tend vers la paix. » En priant côte à côte et chacun dans sa propre identité, ces Responsables démontraient que les différences – même considérables – ne devenaient pas des murs interdisant toute rencontre et nous rendant ennemis les uns des autres. Certes, la religion, en elle-même, est faible ; elle reste étrangère aux armes, à l’argent, à la puissance politique, mais elle porte en elle quelque chose d’invincible : l’appel à la transformation intérieure.

Les chrétiens affirment que c’est la sainteté qui établit la paix, et donc, c’est elle qui sauve le monde. L’actualité récente de notre Église nous y invite. Dernièrement, elle a béatifié Charles de Foucauld, bien connu sous le beau nom de « petit frère universel ». Voilà qui dessine sous nos pas le chemin que nous aurons à parcourir tout au long de cette nouvelle année. En vivant la fraternité universelle à l’intérieur de nos familles, de nos paroisses, nous rendons gloire à la paternité unique de Dieu. Car il ne peut y avoir de fraternité universelle s’il n’y a pas un Père commun.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 13 janvier 2006