Noël : la nouveauté chrétienne

« La « nouveauté » arrive comme un cambrioleur dans la nuit », disait-on récemment sur une radio nationale. La nouveauté, en effet, est toujours inattendue ; comme le passage d’un voleur ! Elle ne surgit jamais comme on l’avait prévue ! Voyez les découvertes des savants : ils cherchaient dans une direction et c’est dans une autre qu’ils trouvent. Le premier surpris, c’est le chercheur lui-même.

La nouveauté chrétienne ne fait pas exception à la règle. Le mystère de Noël, qui en célèbre le commencement, ressemble bien au passage d’un cambrioleur dans la nuit. Lorsque l’Enfant de Bethléem naît, les habitants de la terre sommeillent. Le fameux recensement qu’a ordonné l’Empereur et que relaie sur place le roi Archelaüs, occupe les esprits et déplace les familles. L’hôtellerie est pleine. Le cambrioleur peut s’introduire sous le toit de l’humanité sans crainte d’être inquiété. Il peut opérer tranquillement ! D’ailleurs, qui irait soupçonner l’arrivée d’une nouveauté vraiment « nouvelle » dans l’accoutrement où il paraît : un bébé dans une mangeoire ! Seuls, les plus pauvres du voisinage ont eu l’intuition de sa souveraine majesté !

Ce cambrioleur est d’un genre particulier ; il ne vient ni pour piller ni pour dérober ! Il vient laisser sa nouveauté en cadeau. En parlant d’elle, l’Apôtre Paul dira : « Ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l’homme n’avait pas imaginé, voilà ce que Dieu nous a préparé !  » (1 Co 2, 9).

C’est bien cela que le mystère de Noël nous donne de célébrer. Un pont insensé est jeté entre les deux rives d’un abîme que l’on croyait infranchissable. Dans toutes les civilisations, on repère la croyance en Dieu ; mais avec Noël, c’est son incarnation qui est célébrée ! Cette nouveauté est d’une telle amplitude qu’elle deviendra un objet permanent d’étude. On ne cessera plus d’en scruter le contenu jusqu’à la fin des temps. Même ses détracteurs qui concentrent leur force à en démontrer la fausseté ne pourront plus dormir tout à fait tranquilles ! La secousse imprimée à notre terre se répercutera jusqu’à la fin ; elle ne laissera plus personne indifférent !

Noël gardera toujours la marque de l’inattendu, de l’imprévu, du non programmé, comme le passage du voleur dans la nuit qui peut travailler en toute quiétude parce qu’il échappe à toute vigilance ! A l’inattendu s’ajoute aussi la fraîcheur. Alors qu’elle a traversé vingt siècles d’histoire, la nouveauté chrétienne ne manifeste aucun signe de vieillissement. On croirait le voleur passé cette nuit-même ! Les chrétiens peuvent paraître diminués, affaiblis, mais le vase d’argile de leur faiblesse, comme dit saint Paul, ne rend que plus incandescente la lumière de Bethléem. Entre leurs mains fatiguées, la fleur n’a pas fané !

On en voit la preuve dans l’universalité de sa diffusion. Partout, on retrouve la trace des valeurs que renferme le message évangélique : dans les Conventions de tout genre, dans les multiples Déclarations, celles des Droits de l’Homme, de l’Enfant, des Minorités, etc… ; Et quand elles s’éloignent de l’esprit évangélique, elles s’entourent de bien des précautions comme si, même dans le refus de l’Évangile, on conservait avec lui un attachement secret. La lumière de Bethléem – qui demeure l’innommée – alimente, par en-dessous, les floraisons de surface !

Mais à Noël, ce n’est pas des valeurs que l’on célèbre ; on se réjouit de l’arrivée d’un Enfant, salué comme la Source de toutes les valeurs ! Et c’est Lui que nous accueillons. A la suite des sages de l’Orient, nous nous approchons de Lui pour l’adorer.

A tout homme, il est demandé d’avoir « l’oreille assez fine pour repérer le pas feutré du cambrioleur dans la nuit » Une oreille assez fine… mais aussi une main tendue, des lèvres ouvertes, pour recevoir en nourriture Celui qui a été couché dans une « mangeoire », c’est-à-dire le lieu où l’on vient s’alimenter. A peine arrivé dans l’humanité, il se désigne comme un Pain qui nourrit. Car Noël, ce n’est pas seulement l’appel à l’adoration, c’est aussi l’appel à mettre en oeuvre sa Parole ! Et il faut bien une force venue de Lui pour incarner sa Nouveauté !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 25 décembre 2005