Message pour le Jubilé du Saint Curé d’Ars – 5 décembre 2008

Une année pas comme les autres !

Le diocèse de Belley-Ars s’apprête à entrer dans une année jubilaire. L’année prochaine, en effet, il y aura 150 ans que saint Jean-Marie Vianney s’est éteint dans son presbytère d’Ars, entouré de ses plus proches collaborateurs. C’était le 4 août 1859. Quelques jours auparavant, il était encore à son confessionnal.

Depuis cette date, la figure de ce prêtre, curé d’une bien modeste paroisse rurale, n’a cessé de s’imposer à la conscience de l’Église. Il a été béatifié en 1905, canonisé en 1925, solennellement proclamé patron des curés de l’univers en 1929. Le Pape Jean XXIII lui consacra une encyclique en 1959, pour le centenaire de sa mort.

Et plus récemment, en octobre 1986, Jean-Paul II vient en simple pèlerin à Ars. A cette occasion, il prêche une récollection aux évêques, aux prêtres, aux diacres et aux séminaristes de France, comme le ferait un curé pour ses paroissiens. Il reprend les termes même qu’il avait utilisés pour les prêtres réunis à Notre-Dame de Paris en 1980 : « Le Curé d’Ars demeure pour tous les pays un modèle hors pair, à la fois de l’accomplissement du ministère et de la sainteté du ministre. »

Cette visite d’un Pape pèlerin a contribué fortement à tirer de l’ombre la figure de ce saint curé, dont on pensait un peu trop facilement qu’elle n’était plus guère d’actualité. Son extrême pauvreté, la rigueur de ses pénitences, ses nuits sans sommeil, ses combats contre Satan, ses heures interminables de confessions semblaient relever d’un autre âge. Comment le prêtre d’aujourd’hui pouvait-il lui emboîter le pas ? Et pourtant, quand le Curé d’Ars jeûne et sa sacrifie, il donne à ces démarches leur sens profond : « Je me sanctifie moi-même pour sancti­fier les autres. » « Accordez-moi, mon Dieu, la conversion de ma paroisse, et je suis prêt à souffrir ce que vous voudrez, tout le reste de ma vie. »

Quand l’action du démon se manifeste, Jean-Marie Vianney sait que de grandes conversions se préparent et se produiront dans les jours suivants. Quand il se laisse enfermer au confessionnal, il sait que la grâce de Dieu cherche à atteindre l’homme à l’intime de l’âme et que c’est dans le secret du coeur humain que se livrent les combats les plus décisifs entre la lu­mière et les té­nèbres. C’est jusque là que la grâce doit parvenir. Et quand il fait de la pauvreté la compagne de sa vie, paradoxalement, il devient le curé le plus riche de tout le diocèse : aucun prêtre de son temps n’a eu autant d’argent qui lui soit passé en­tre les mains !

Et que dire de son amour des plus délaissés, lorsqu’il construit une maison d’accueil pour les orphelines qui traînent, abandonnées, hors de toute famille, dans les suites éprouvantes de la Révolution française. Que dire encore de ce prêtre si peu cultivé quand il se préoccupe de l’instruction des petits paysans et ouvre une école pour les garçons, puis bientôt, une école pour les filles. Que dire, sinon reconnaître l’admirable pasteur qu’il fut !

Le Curé d’Ars reste un prêtre pour aujourd’hui parce qu’il s’est ingénié à trouver des initiatives adaptées à son temps, tout en puisant son inspiration dans le sacerdoce de toujours. C’est parce qu’il a voulu mener la vie radicale du pasteur, à laquelle il se sentait appelé par Jésus, qu’il a trouvé les solutions pastorales ajustées à son époque. En cela, il sera toujours d’actualité. Et c’est bien pourquoi il est bon de le recevoir encore aujourd’hui comme le Patron des curés de l’univers.

Une année jubilaire, c’est une année où l’on se réjouit du cadeau qu’est la vie d’un saint. Jean-Paul II, lui-même, dans une conversation familière avec les chrétiens d’Ars, avait dit : « J’arrive ici en pèlerinage, pour me mettre à genoux devant ces merveilles de Dieu.

d’après EPA n°20 du 5 décembre 2008