MESSAGE PASCAL 2005 : Marcher avec nos jambes !

La Bonne Nouvelle que diffuse le message pascal n’est pas une mode réinventée chaque printemps. Elle demande de la profondeur et une longue durée pour s’enraciner dans le coeur humain. Elle réclame du temps et donc de la patience.
C’est une vertu que connaît bien l’agriculteur. Il sait, lui, qu’il ne faut pas tirer sur les salades pour les faire pousser ou qu’on ne retourne pas la terre quand on vient d’y jeter le grain. Les germinations ont leurs lois ! Comme une goutte d’eau tombe sur la pierre la plus dure et finit par la transpercer, le message évangélique nous est retransmis chaque année pour imprégner nos existences et les transformer. C’est une Bonne Nouvelle, source de liberté, d’amour et de sainteté. Mais il faut du temps pour qu’elle investisse nos existences !
L’un des obstacles que rencontre aujourd’hui cette Bonne Nouvelle c’est qu’elle nous arrive portée par deux millénaires d’histoire. Cette ancienneté lui donne un air de « déjà vu », de « déjà entendu ». Nos sociétés modernes, – qui se hissent à la pointe de tous les progrès – n’ont souvent d’intérêt que pour la dernière découverte, ou comme dans la mode, pour ce qui est du « dernier cri ». Les héritages – surtout ceux qui proviennent du fond des siècles – se heurtent à l’attrait séducteur de la nouveauté qui s’est emparé de nos manières de penser ! On ne peut plus recevoir le christianisme, comme autrefois on revêtait les vêtements de la génération précédente. Ce qu’ont porté les anciens apparaît vieillot, démodé ! Il faut donc que le message chrétien arrive avec un caractère de jeunesse qui lui permet de se présenter comme un printemps et de désaltérer les coeurs comme une source d’eau vive !
Où découvrir le secret de cette fraîcheur ? Dans l’énergie spirituelle qui a habité la vie de nos aînés, dans ce ressort qui leur a donné l’élan d’une vie chrétienne joyeuse et vivante ! C’est ce que l’Église voit dans les saints, ceux qui ont vécu leur Baptême en plénitude ! Il ne s’agit pas pour nous de matérialiser leurs gestes, de mimer leurs comportements ou de recopier leurs conduites, mais de percevoir la présence de l’Esprit qui les habitait ; les saints, ce sont des gens qui marchent, et qui en marchant nous démontrent le bienfait de la marche. Il nous revient de leur emboîter le pas, mais de marcher avec nos jambes à nous, et non avec les leurs !
C’est bien le sens du renouvellement des promesses du Baptême en cette fête de Pâques ! A ce moment privilégié de l’année, chaque chrétien reprend son Baptême et s’engage à ne pas le laisser dormir ; il lui donne la fraîcheur de la jeunesse, en choisissant à nouveau volontairement le Christ ! Ainsi, d’année en année, la vie du Christ descend plus profondément en lui et pénètre des zones non encore évangélisées de son être. On voit à quelles exigences répond ce renouvellement : celle de la fidélité déjà, et aussi celle de la persévérance ! Mais sans doute faut-il y ajouter aussi la confiance en la miséricorde de Dieu. « Seigneur, prends patience avec moi ! L’arbre que je suis pourra encore produire des fruits à l’avenir ! Donne-moi encore du temps !  »
À tous les diocésains, je souhaite de bonnes fêtes pascales ! Elles le seront vraiment si le nouveau temps qui nous est accordé nous fait grandir dans la vie chrétienne !
Mgr Guy-Marie Bagnard, 2005